Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
23 janvier 2015 5 23 /01 /janvier /2015 19:09

 

270875 Image 0
Greek leftist opposition leader Alexis Tsipras speaks during a parliament session before a vote for an omnibus reforms bill in Athens March 30, 2014. REUTERS/Alkis Konstantinidis (GREECE - Tags: POLITICS BUSINESS)
REUTERS
Candidat de la Gauche européenne à la tête de la Commission, le chef de Syriza pourrait hisser son parti en tête du scrutin dans son pays.

Athènes (Grèce), envoyée spéciale. Est-ce dans la mémoire des luttes de son peuple qu’Alexis Tsipras a puisé le goût de la politique ? À la fin des années 1990, quand il accueillait, sur l’île de Syros, les camps d’été de la jeunesse progressiste européenne, il mettait un point d’honneur à faire visiter à ses camarades étrangers les lieux de déportation des opposants à la dictature. Que reste-t-il de l’affable et souriant jeune homme aux cheveux longs, qui a fait ses premières armes à la Jeunesse communiste et dans le mouvement étudiant ? Qu’est devenu le militant altermondialiste matraqué par les carabiniers en 2001 sur le port d’Ancône, en tentant de rejoindre le contre-sommet du G8 à Gênes ? « Sa détermination et sa vision politique n’ont pas changé. Il reste attaché aux mêmes valeurs », assure l’Italien Fabio Amato, vieil ami de Tsipras.

Éclaicir le désordre

La crise, puis la mise sous tutelle de la Grèce par la troïka (FMI, Banque et Commission européennes) ont rebattu les cartes du jeu politique, projetant la gauche anti-austérité sur le devant de la scène. Au point que les élections législatives anticipées du 17 juin 2012 ont pris des allures de séisme politique, avec 26,9 % des suffrages à Syriza. En talonnant la droite de Nouvelle Démocratie et en supplantant les sociaux-démocrates du Pasok, la coalition de gauche, devenue, depuis, un parti, s’est imposée au centre du débat politique. Son chef, lui, est devenu un sérieux prétendant au poste de premier ministre. « Syriza est passé en très peu de temps du statut de petite force d’opposition de gauche à celui de force appelée à gouverner. Alexis Tsipras est très conscient des responsabilités qui sont ainsi devenues les siennes », remarque Pierre Laurent, secrétaire national du PCF et président du Parti de la gauche européenne (PGE). L’ingénieur de quarante ans, qui a pris les rênes de Synaspismos en 2008, a réussi son pari : transformer une coalition de groupes protestataires en parti de gouvernement. « Nous avons un programme crédible, une visée politique et nous sommes prêts à prendre le pouvoir, voilà le message qu’il a su faire passer », résume l’économiste Maria Karamessini. Soutien remarqué de Syriza, le philosophe Slavoj Zizek salue cette stratégie comme étant « la voix de la raison » contre « la folie de l’idéologie du marché ». « Dans leur volonté de prendre leurs responsabilités, ils ont banni la crainte de la gauche de prendre le pouvoir, ils ont le courage d’éclaircir le désordre créé par d’autres », écrit le célèbre intellectuel dans un récent article de la London Review of Books. Dans un contexte social et politique plus incertain que jamais, certains, à gauche, reprochent à Tsipras d’avoir dilué ses idées et de vouloir occuper l’espace politique laissé libre par le ralliement du Pasok à la coalition du premier ministre de droite, Antonis Samaras.

Avec le complaisant relais des médias dominants, ses adversaires politiques dépeignent au contraire un dangereux démagogue de la « gauche radicale », un eurosceptique prêt à faire sortir le pays de la zone euro. Cet admirateur de Keynes se définit en fait comme un pro-européen convaincu, sûr que l’Union est menacée d’éclatement si elle reste sourde à la colère et au désarroi des peuples. « Ceux qui ont semé le chômage et la misère sur le continent récoltent aujourd’hui le rejet de l’Europe et la montée du fascisme. Ce sont eux qui menacent la cohésion de l’Europe, pas nous ! » assène celui qui a préféré boycotter les débats télévisés avec les autres candidats au poste de président de la Commission européenne. Au fil des meetings, il fustige « l’Europe des banques et des marchés », exhorte les Grecs à reconquérir leur « souveraineté populaire » et appelle à une « refondation du projet européen sur des bases sociales et démocratiques ». Son premier geste, s’il devait prendre la tête d’un gouvernement ? La dissolution de la troïka, « qui n’a aucune légitimité démocratique », et la renégociation de la dette, qui ferait l’objet d’un moratoire. Alexis Tsipras aime à rappeler, non sans malice, que l’Allemagne a bénéficié en 1953, à l’issue de la Conférence internationale de Londres, de l’effacement d’une grande partie de sa dette. « Nous nous appuierons sur les mobilisations populaires et nous rechercherons des alliances à l’extérieur pour imposer cette renégociation. C’est en Grèce que se jouent l’avenir de l’Europe et sa réorientation », assure-t-il.

Dans le désastre social que laisse derrière lui le rouleau compresseur de l’austérité, 
le chef de Syriza, père de deux enfants, cultive une sincère empathie pour ces milliers de Grecs qui ont vu du jour au lendemain leurs vies brisées par la perte d’un emploi. N’appartient-il pas à cette génération broyée par l’exclusion sociale de masse, contrainte à l’exil ou au retour sous le toit des parents ? « Je dois représenter les angoisses et les luttes du peuple grec », affirme-t-il, en avouant le sentiment d’une « lourde responsabilité ». « Alexis est un trait d’union entre l’Europe et notre mouvement populaire, affirme en écho le résistant Manolis Glezos. Plus qu’un parti, Syriza est devenu la conscience politique du peuple grec. »

 

http://www.humanite.fr/alexis-tsipras-conscience-grecque-527993

Partager cet article

Repost 0
Published by Stéphane Parédé
commenter cet article

commentaires