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23 janvier 2015 5 23 /01 /janvier /2015 18:25

 

 

Grèce: les salariés de l'audiovisuel public se battent contre l'écran noir

Athènes (Grèce), envoyé spécial. Après trois jours d’occupation des locaux, la dénonciation de la fermeture abusive du groupe audiovisuel public ERT, reste de mise. Reportage.

Il aura fallu une averse pour que la foule rassemblée devant le siège Ert se disperse jeudi soir. La foule compacte, unie dans la protestation contre la fermeture du groupe public de radio et de télévision, arrivait depuis le matin, en métro ou en voiture pour dire son indignation. Les syndicats avaient appelé à la grève générale. Ils dénonçaient une « tentative de coup d’Etat »

Radio pirate

Pour l’instant, les citoyens résistent. Le syndicat des journalistes a même décidé de prolonger la grève jusqu’à lundi. Et dans les locaux de Ert, les occupants tentent de s’organiser. Des salles de presse sont improvisées pour les journalistes étrangers qui, eux-aussi, affluent en masse. Les journalistes et techniciens du groupe sont assaillis de questions. Et pour ne pas se laisser bâillonner, les équipes ont monté une radio pirate, continuent d’essayer de maintenir le rythme habituel de travail, de diffuser par des canaux parallèles, d’enregistrer les émissions, filment des reportages qui ne passeront peut-être jamais, recueillent les avis des journalistes étrangers présents ou des manifestants avant de monter leurs sujets qui ne passeront jamais sur les antennes… mais sur internet. Savas Robolis, directeur de l’Institut du Travail, a été régulièrement invité de ces émissions : « C’est à la fonction démocratique de la démocratie qu’ils s’en prennent », a-t-il expliqué. Sans information publique, et plurielle, pas de débats.

Merkel et Hollande

Ce message, les manifestants le portent aussi. Pour Eleni, « c’est une première étape. Si ça marche, s’ils arrivent à fermer Ert, alors, ils fermeront toutes les entreprises qu’ils ne leur conviennent pas ensuite ». Car le décret comporte en effet ce danger. Comme l’expliquait l’humanite.fr dès mardi, le texte offre la possibilité à tous les ministres de fermer les entreprises qu’il ne juge pas rentable. Si la démocratie est attaquée sur plusieurs fronts en Grèce, tous les pans de la société sont visés. Certaines rumeurs circulent. Angela Merkel aurait appelé le premier ministre Antonis Samaras, furieuse. Puis, c’est au tour de  François Hollande d’être cité pour avoir décroché son téléphone et remonté les bretelles du Premier ministre grec. Le cabinet de François Hollande, contacté par l’humanite.fr, a démenti.

Samaras persiste

« Je suis contente d’être ici et de voir le plus grand projet de radio pirate que j’ai jamais vu », explique la vice-présidente du Groupe des Verts au parlement européen, Rebecca Harms qui fustige la « décision négative et mauvaise du gouvernement grec ». « Je ne peux pas croire que Samaras ne démissionne pas et que le gouvernement survive », poursuit-elle. Pour elle, cette fermeture « n’est pas compatible avec les valeurs de la démocratie ». Les voix étrangères qui viennent à Athènes, les réactions unanimes des syndicats, personnalités politiques, intellectuelles seront-elles entendues ? Antonis Samaras, pour l’instant, n’a donné aucun signe réel de remise en cause de son projet, se bornant à convoquer une réunion avec les deux chefs des partis dans sa coalition gouvernementale.

 

Zoé Constandopoulou: "Une violation de la constitution"

Zoé Constandopoulou est députée Syriza. «Tous les députés de Syriza viennent à Ert depuis le premier jour de l’annonce de la fermeture de la radio et télévision publique grecque. Cette décision est un véritable coup porté au fonctionnement démocratique et une atteinte aux droits et libertés des citoyens, y compris à la liberté d’expression et au libre-accès à l'information. La procédure employée est une violation flagrante de la Constitution grecque. Au lieu d’une proposition de loi sur laquelle il y aurait une délibération au Parlement, le gouvernement et le président de la République ont opté pour un vingtième acte exécutif à contenu législatif. Sans que le Conseil des ministres se réunisse, l’acte a été signé par quelques ministres, individuellement, pour fermer la radio et télévision publique en un après-midi et pour licencier 2650 employés en invoquant un cas d’urgence extrême et imprévu. C’est une atteinte à la démocratie et un acte conscient de fraude. »

 

http://www.humanite.fr/grece-les-salaries-de-laudiovisuel-public-se-battent-contre-lecran-noir

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Published by Stéphane Parédé
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