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26 janvier 2015 1 26 /01 /janvier /2015 19:47

Grèce : les six travaux d'Alexis Tsipras

Elections grecques De grands défis attendent Alexis Tsipras

De grands défis attendent Alexis Tsipras (Crédits : Reuters)

 


Au lendemain de sa victoire électorale, le leader de Syriza doit désormais faire face à de grands défis. Voici les six principaux qui l'attendent.

 

Après sa nette victoire électorale, mais privé de majorité absolue, Alexis Tsipras va devoir débuter ce matin un travail digne d'un titan. Voici les principales tâches qui l'attendent.

1. Elire un président de la République

On l'a un peu oublié, mais cette élection anticipée avait pour première fonction de trouver un nouveau chef de l'Etat. Le mandat de Karolos Papoulias arrive à expiration et la précédente Vouli (parlement) n'a pas été capable d'élire son successeur avec une majorité des trois cinquièmes. La tâche sera cette fois a priori plus simple pour Alexis Tsipras car s'il faut une majorité absolue aux deux premiers tous de cette seconde élection pour élire un président, au troisième tour, la majorité relative suffit. Avec 149 sièges, Syriza est donc en mesure de choisir son président. L'élection sera néanmoins intéressante, car elle va permettre de donner le ton. Alexis Tsipras pourra en effet ainsi tester sa capacité à construire une majorité. On peut imaginer que, dans l'accord avec les Grecs Indépendants, un nom pour le prochain président a été trouvé. Il devrait pouvoir être élu dès le premier tour le 6 février prochain.

2. Constituer un gouvernement

C'est le seul point commun entre Alexis Tsipras et Angela Merkel : ils ont tous deux raté de quelques sièges la majorité absolue... Les discussions n'ont cependant pas trainé. Dès lundi matin, Alexis Tsipras a conclu un accord avec Panos Kammenos, le chef de l'ANEL, le parti des Grecs Indépendants. C'est un parti eurosceptique très à droite mais qui soutiendra Syriza sur sa politique européenne. Le mariage sera  détonnant, mais les deux partis ont déjà collaboré lorsqu'ils étaient dans l'opposition. C'est un message clair envoyé à l'Europe : il faut terminer l'austérité. Voilà pourquoi Syriza a préféré l'ANEL à To Potami, parti centriste sans doute plus proche d'Alexis Tsiprs sur le fond, mais hostile à toute épreuve de force avec l'Europe.

On ignore encore la teneur de l'accord avec l'ANEL, mais il va permettre rapidement à Alexis Tsipras de devenir premier ministre. Cette alliance permet aussi de gagner du temps et d'observer si des défections - fréquentes au parlement grec - ne permettent pas de constituer une majorité absolue seule. En cas de désaccord avec l'ANEL, il sera aussi toujours possible de se rapprocher de To Potami. Mais, d'ores et déjà, l'option d'une nouvelle élection est écartée pour le moment. C'est un acte de pouvoir fort qu'a lancé Alexis Tsipras.

3. Négocier un délai de grâce avec la troïka

L'idée de Syriza est de se laisser un peu de temps pour négocier avec les partenaires européens une restructuration ou un rééchelonnement de la dette. Le problème, c'est que les finances publiques grecques ne permettent d'attendre longtemps sans argent frais. L'excédent primaire, hors service de la dette, s'est révélé moins élevé que prévu à fin décembre. Il manquera 1,8 milliard d'euros pour boucler le premier trimestre et, en juin, la Grèce doit en théorie, rembourser plus de 6 milliards d'euros d'économie à la BCE qui avait acheté ces bons en 2010 et 2011 dans le cadre du programme appelé SMP.
Le préalable à toute négociation devrait donc être d'obtenir de l'Eurogroupe un prolongement de six mois du « plan de sauvetage » afin de mener à bien les négociations sur la dette. Syriza peut également leur demander de puiser dans les 11 milliards d'euros d'aides initialement destinées aux banques et qui n'ont pas été utilisées. Reste à savoir si les Européens accepteront d'accorder ce délai pour négocier leurs futures pertes sur la dette grecque. D'autant que la troïka avait, avant le lancement du processus électoral, formulé des exigences inacceptables pour Syriza : hausses d'impôts et nouvelles coupes budgétaires.

Dans ce bras de fer, Syriza et la troïka ont chacun quelques atouts dans leur manche. Alexis Tsipras peut décider de suspendre les remboursements de la dette si la troïka se montre trop inflexible. Le calcul serait alors de vivre sur l'excédent primaire et, éventuellement, sur quelques impôts exceptionnels sur les « oligarques. » Le risque d'une nouvelle récession serait important, mais pas certain. La (faible) croissance grecque tient beaucoup au tourisme et ce secteur ne sera que peu impacté par ces décisions. Certes, les agences de notation replaceraient la Grèce en « défaut », mais rappelons que depuis 2010, l'Etat grec n'a plus accès au marché (si on excepte une adjudication à 5 ans au printemps 2014 qui n'est plus aujourd'hui d'actualité).

Reste que la Grèce dépend encore beaucoup des financements à court terme (emprunts à moins d'un an). Si elle fait défaut, elle devra payer des taux exorbitants sur ce marché. Mais le risque principal viendra de la BCE qui a soumis l'accès des banques grecques au programme d'accès à la liquidité d'urgence (ELA) à un accord avec la troïka. En cas de rupture des négociations entre Athènes et ses créanciers, les banques grecques pourraient alors manquer d'euros et l'économie grecque se trouverait asphyxiée. La seule solution serait alors une sortie de l'euro pour laquelle Alexis Tsipras n'a pas de mandat populaire. Mais là encore, ce sera une guerre des nerfs : la BCE prendra-t-elle le risque de provoquer un « Grexit » qui mettrait en danger l'édifice entier de l'euro en créant un dangereux précédent ? Les créanciers maintiendront-ils leurs exigences au risque de tout perdre ? Et Alexis Tsipras tentera-t-il le diable au risque de se retrouver à cours d'argent ?

4. La négociation avec les créanciers

Si Alexis Tsipras obtient un délai de grâce de la troïka, une nouvelle phase de négociations va s'ouvrir. Le nouveau gouvernement a trois demandes principales : alléger le poids de la dette dans le budget de l'Etat, stopper la politique d'austérité et gérer rapidement la situation de pauvreté en Grèce par un « plan humanitaire. » Les trois éléments sont liés : sans réduction du poids de la dette dans le budget national, l'excédent primaire est incapable d'être utilisé au bénéfice de l'économie et de la société grecque.

Les créanciers de la Grèce sont désormais très majoritairement les Etats membres de la zone euro ou des institutions européennes (MES et BCE), ainsi que le FMI. Ils ne veulent entendre à priori parler d'aucune coupe dans le stock de dette, autrement dit, ils refusent de réduire le capital à rembourser. Ils refusent donc pour eux-mêmes ce qu'ils ont imposé en 2012 aux investisseurs privés qui, alors, rappelons-le, avait perdu jusqu'à 75 % de leur mise. Il est vrai que beaucoup de gouvernements, à commencer par ceux de la France et de l'Allemagne se sont engagés à ne pas perdre un centime dans les prêts à la Grèce devant leur opinion publique.

Syriza a cependant des solutions pour « préserver » le capital des créanciers. Alexis Tsipras peut proposer de rallonger encore les maturités des prêts qui ont été accordés et réduire les intérêts (cela a déjà été fait en 2013). Il peut également proposer un système de swap où le remboursement de la dette est gagé sur la croissance. Dans ce cas, les créanciers ne pourront plus demander avant tout un excédent budgétaire, ils seront intéressés avant tout à la prospérité du pays. Mais ces solutions seront difficiles à faire accepter, notamment à une Allemagne qui y voit une tentative d'échapper à la discipline budgétaire. Là encore, la menace du défaut unilatéral sera, in fine, l'arme la plus redoutable pour les Européens qui verraient s'effondrer l'ensemble de l'édifice (certes assez bringuebalant) construit depuis 2011.

Le principal problème de ces négociations sera sans doute les titres détenus par la BCE. L'institut de Francfort prétend qu'ils doivent être remboursés sans broncher. Syriza estime que, s'appuyant sur un précédent irlandais, il est possible d'aménager cette dette.
L'autre question délicate sera celle du suivi de la Grèce. L'Allemagne n'est absolument pas prête à abandonner une forme de surveillance des finances publiques helléniques, mais Alexis Tsipras a proclamé dimanche sur la place Panepistimiou que la « troïka appartenait au passé », autrement dit qu'il n'y aura plus de tutelle sur la Grèce. Le prix à payer d'une restructuration de la dette sera peut-être le maintien de certains engagements vis-à-vis de l'Europe. Mais il faudra, pour le nouveau premier ministre le faire accepter à son parti et à ses électeurs.

A lire : l'interview de Yanis Varoufakis, pressenti pour diriger les négociations.

5. Maintenir l'unité de Syriza et de sa coalition

Dans les discussions avec l'Europe, Alexis Tsipras devra sans doute faire des concessions pour en obtenir d'autres. Ce sera aussi le cas lors des négociations avec d'éventuels alliés politiques. Il sera alors délicat de faire accepter ces concessions à un parti qui a déjà accepté beaucoup de concessions pour « recentrer » le parti. La tâche d'Alexis Tsipras sera de maintenir une unité toujours précaire : Syriza était encore, voici trois ans, une simple coalition de partis indépendants et parfois divergents dans leurs thèses (maoïstes, troskystes, réformateurs, altermondialistes). Le nouveau premier ministre devra aussi prendre garde de ne pas décevoir un électorat qui attend beaucoup de lui. Le précédent du Pasok reste dans toutes les mémoires.

6. Sauvegarder les banques

Les banques grecques signalaient depuis quelques semaines une baisse des dépôts dans leurs caisses. Alexis Tsipras va devoir éviter toute panique pour ne pas voir la situation financière des banques grecques se dégrader. En cas de crise bancaire, sa situation dans les négociations avec l'Europe sera plus délicate, car il dépendra davantage du programme ELA.

 

http://www.latribune.fr/actualites/economie/union-europeenne/20150126tribd99c39fa2/grece-les-six-travaux-d-alexis-tsipras.html

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Published by Stéphane Parédé
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