Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
23 janvier 2015 5 23 /01 /janvier /2015 23:14

« La coalition actuelle est en faillite »

291006 Image 0
Analyse Pour l’universitaire Stavros Konstantakopoulos, les résultats du vote de ce lundi sont avant tout l’échec total des politiques d’austérité menées par le gouvernement Samaras.

Comment analysez-vous la séquence politique actuelle qui voit la coalition au pouvoir, composée de conservateurs et de sociodémocrates, obligée de convoquer des élections législatives anticipées ?

Stavros Konstantakopoulos Le fait que Stavros Dimas, ancien commissaire européen et candidat naturel du gouvernement à la présidence de la République, n’ait pas recueilli le nombre de voix nécessaires pour être élu est le résultat normal d’une politique inadéquate menée depuis deux ans par Antonis Samaras. En deux ans, la situation économique de la Grèce n’a fait qu’empirer. Le chômage a augmenté, la pauvreté a explosé. La dette même s’est creusée. Il y a aujourd’hui dans notre pays des enfants qui n’ont pas assez à manger. Pendant ces fêtes de fin d’année, les coupures de courant sont de plus en plus fréquentes, les menaces d’expulsion se multiplient. La politique d’austérité menée à marche forcée montre tous les jours son inefficacité. Du coup, les Grecs reprochent profondément à ce gouvernement de ne pas avoir composé avec la réalité en restant cramponné à une politique autoritaire, y compris du point de vue parlementaire. C’est ce qui explique aujourd’hui la défection de partenaires potentiels qui au sein de la Vouli (Parlement grec) n’ont pas voulu donner leurs voix.

Quel scénario prévoyez-vous pour les législatives anticipées du 25 janvier prochain ?

Stavros Konstantakopoulos Une chose est sûre, la coalition actuelle est en faillite. Et si Georges Papandréou réussit à monter son nouveau parti (situé au centre gauche), alors la défaite sera bel et bien consommée. C’est pour cela que Samaras a voulu convoquer au plus vite ces élections, dès le 25 janvier, pour empêcher l’ancien premier ministre de constituer son parti dans les temps.

Syriza a, selon vous, déjà gagné ?

Stavros Konstantakopoulos Oui. Je ne vois pas qui aujourd’hui pourrait empêcher Alexis Tsipras d’accéder au pouvoir. Les Grecs en ont assez et mettent d’ailleurs peut-être trop d’espoir en Alexis Tsipras. Comme si la situation allait s’éclaircir d’un coup de baguette magique. C’est là que se situe le plus grand piège. Tsipras pourra certes imposer de rouvrir le dialogue avec la troïka (Commission européenne, Banque centrale européenne, FMI), notamment pour alléger la dette, mais le plus dur commencera ensuite.

Quelles sont les conditions pour que Syriza, s’il gagne les législatives, puisse gouverner avec un minimum de pouvoir ?

Stavros Konstantakopoulos Tout dépendra d’abord du nombre de partis qui seront représentés. Si Nouvelle Démocratie (droite), de Samaras, le KKE (Parti communiste), la Rivière (centre) et malheureusement aussi Aube dorée (parti néonazi) sont représentés au Parlement, alors Syriza, s’il réussit à rallier pendant la campagne les petits partis, les écologistes et aussi Dimar (qui a quitté Syriza en 2010), pourra peut-être avoisiner les 40 % et donc, grâce au système de bonus, obtenir une majorité solide. Mais, malgré cela, il faudra s’attendre à une résistance farouche de la droite conservatrice et des financiers grecs mais aussi européens. L’autre difficulté pour Syriza sera en effet de trouver des partenaires sur le continent. Or, aujourd’hui, mis à part Podemos en Espagne, les partis progressistes européens sont en difficulté. Reste qu’un échec de Syriza n’est guère souhaitable. Cela permettrait à Aube dorée – pourtant reconnue coupable de meurtres – de s’engouffrer dans la brèche avec, au bout, une politique du pire assurée.

Stavros Konstantakopoulos Politologue 
et sociologue

 

http://www.humanite.fr/la-coalition-actuelle-est-en-faillite-561464

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Stéphane Parédé
commenter cet article

commentaires