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23 janvier 2015 5 23 /01 /janvier /2015 23:34

La tentation autoritaire des libéraux ne date pas d’hier

Photo : Louisa Gouliamaki/AFP
Banderole « Troïka dehors » sur un bâtiment où les représentants du FMI ont loué des bureaux en 2010 à Athènes.
Photo : Louisa Gouliamaki/AFP
En 2005 en France et en Hollande avec le référendum sur le traité européen, en 2009 en Irlande, en 2012 déjà pour éviter la victoire de Syriza, 
les eurocrates ne ménagent pas leurs efforts pour empècher les peuples de décider par eux-mêmes.

Il y a tout juste dix ans, les institutions européennes entamaient contre les citoyens un travail de sape toujours en vogue aujourd’hui aux quatre coins de l’Europe, comme on peut l’observer ces derniers jours avec la déferlante anti-Syriza qui s’abat sur le continent. C’est qu’en ce moment, à Bruxelles, on s’inquiète : le parti anti-austérité grec pourrait l’emporter lors des élections législatives anticipées du 25 janvier prochain.

En 2005, en France et aux Pays-Bas, semaine après semaine jusqu’aux derniers jours d’avant le référendum qui soumettait le projet de Constitution européenne à ces deux peuples, les médias dominants n’ont cessé de déverser leurs armées de chiens de garde pour expliquer à la plèbe pourquoi il fallait dire oui à ce projet. Las, et malgré des sondages très orientés jusqu’à la dernière minute donnant le oui vainqueur, c’est un non qui, dans un élan de démocratie conscient, l’emportait largement, avec 55 % des voix pour la France et 63 % pour les Pays-Bas. Pour les Français, l’arrivée au pouvoir de la droite sarkozyste allait changer la donne. Dès février 2008, elle faisait adopter le traité de Lisbonne (c’est-à-dire le même texte mais encore plus contraignant que le précédent) à marche forcée. Les parlementaires ont voté en congrès la modification de la Constitution préalable à la ratification du traité de Lisbonne. La même histoire se répétera quasiment jour pour jour aux Pays-Bas.

Il s’agissait là d’un des premiers coups portés à la démocratie en Europe

Quelques années plus tard en Irlande, bis repetita. Nous sommes en juin 2009. Les Irlandais doivent retourner aux bureaux de vote un an après avoir « mal » voté en juin 2008. Lors de la seconde campagne pour le oui, tous les moyens sont déployés pour tenter de faire changer d’avis les Irlandais. Une campagne de communication très onéreuse financée par des grandes entreprises comme Ryanair et Intel est mise en route pour la cause du oui qui l’emportera finalement. « Mais un oui obtenu dans la peur et l’insécurité provoquées par la gravité de la crise de 2008 et confortant de fait la voie néolibérale dans laquelle est engagée l’Union européenne », rappelle alors l’association altermondialiste Attac.

Quelques années plus tard, en novembre 2011, c’est sur la Grèce que se pose la patte de la troïka (Commission européenne, Banque centrale européenne, Fonds monétaire international). La décision du premier ministre grec Georges Papandréou d’organiser un référendum sur le plan de sauvetage européen provoque une crise majeure, non seulement au sein du gouvernement hellène pro-Bruxelles, mais aussi parmi ses alliés européens, furieux d’avoir été mis devant le fait accompli. Comme lors des derniers chapitres de la récente histoire grecque, l’annonce de ce référendum fait brutalement chuter les Bourses du monde entier. Les dirigeants européens et le FMI réussiront à convaincre Papandréou de revenir à des méthodes moins dangereuses pour leurs intérêts... Ce qui aboutit à la démission du chef du Pasok ! La question qui devait être posée aux Grecs était alors en substance la suivante : « Voulez-vous rester dans la zone euro ? »

Entre le 10 novembre 2011 et ce 20 juin 2012, le gouvernement grec technocratique de transition n’a eu donc aucune légitimité démocratique. Et lors des deux scrutins législatifs de mai et juin 2012, le spectre, déjà, de la victoire de Syriza a provoqué une nouvelle levée de boucliers de la troïka. Malgré de longues semaines de dénigrement, le parti passe en quelques mois de 4 % d’intentions de vote à 27 %. Profitant du manque d’expérience de la formation de gauche radicale, la troïka réussit une fois encore à renverser la tendance et propulse Antonis Samaras, le leader du parti de droite Nouvelle Démocratie, à la tête d’un gouvernement de coalition avec le Pasok.

Deux ans plus tard, l’histoire se répète avec toutefois un bémol à la clé. Entre-temps, les politiques d’austérité ineptes et mortifères menées par le gouvernement Samaras ont plongé le pays à un niveau de pauvreté jamais atteint dans un pays européen depuis la période de reconstruction post-Seconde Guerre mondiale et, cerise sur le gâteau, avec une dette passée à 175 % du PIB aujourd’hui contre 120 % en 2009 !

 

http://www.humanite.fr/la-tentation-autoritaire-des-liberaux-ne-date-pas-dhier-562064

 

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Published by Stéphane Parédé
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