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24 janvier 2015 6 24 /01 /janvier /2015 00:25

Rena Dourou : « Syriza, seule capable de guérir la crise démocratique »

 

Photo : Stefania Mizara
« La Grèce a besoin de réformes structurelles. Mais c’est Syriza qui est la mieux placée pour les conduire », déclare Rena Dourou. Sur la photo, la présidente de l’Attique lors du congrès de Syriza le 3 janvier.
Photo : Stefania Mizara
Rena Dourou est présidente de l’Attique, la plus grande des régions grecques. Figure de Syriza, elle estime que les Grecs savent gré à la gauche radicale d’avoir eu « la lecture la plus rationnelle de cette crise ».

Envoyée spécialeÀ la veille du scrutin législatif, Christine Lagarde, la directrice générale du FMI, a encore mis en garde les Grecs contre toute volonté de renégocier la dette. Elle exhorte le pays à procéder à des « réformes structurelles ». Comment vivez-vous cette incroyable pression internationale ?

Rena Dourou Le défi posé par le scrutin de ce 25 janvier ne concerne pas seulement la Grèce et son économie. Il est posé à toute l’Union européenne (UE). Soyons clairs : tirons, avec Mme Lagarde, le bilan des politiques du FMI. En Grèce et avant elle, dans d’autres pays. Il est désastreux. Cette crise de la dette doit nous offrir l’occasion historique de réorienter l’UE, d’opter ensemble pour d’autres choix. Mme Lagarde a raison, il faut procéder à des réformes structurelles. Pourquoi la troïka, qui contrôle le gouvernement grec, qui se trouve ici depuis cinq ans dans une posture néocoloniale, n’a-t-elle pas encouragé de telles réformes ? Pourquoi ne se sont-ils pas attaqués à la corruption, aux cadeaux fiscaux ? Seuls les retraités et les travailleurs ont payé l’addition, avec la compression continue des pensions et des salaires. Nous sommes ici, à Athènes, dans une capitale européenne. J’ai trouvé, en arrivant à la tête de la région Attique, un système de gestion des déchets archaïque, digne du XIXe siècle. Depuis des années, nous payons des pénalités à Bruxelles, faute de respecter les normes européennes dans ce domaine. Certains quartiers sont privés d’adduction d’eau, d’électricité. Oui, la Grèce a besoin de réformes structurelles. Mais c’est Syriza qui est la mieux placée pour les conduire. Pas la Nouvelle Démocratie et le Pasok (social-démocrate).

À l’échelle de la région Attique, comment faites-vous face à la crise humanitaire ?

Rena Dourou Nous avons révisé le budget régional, réorienté des crédits pour tisser un réseau de solidarité au service des familles que l’austérité a précipitées dans la pauvreté. Nous consacrons 2,5 millions d’euros au plan Électricité pour tous, cofinancé par l’UE et destiné aux foyers ayant subi des coupures suite à des impayés. Mais cela ne suffit pas. Nous ne pouvons pas nous en tenir là. Notre programme est tourné vers la croissance, le développement. Dans la région la plus peuplée de Grèce, nous devons impérativement endiguer le chômage et initier, avec l’appui d’un gouvernement de gauche, des politiques créatrices d’emplois.

Vous avez récemment affirmé que la gauche n’avait jamais eu le pouvoir depuis la fondation de l’État grec moderne. Comment définissez-vous la gauche ?

Rena Dourou Nous sommes lucides. Nous ne considérons pas que 30 % de l’électorat grec s’est soudainement converti aux principes de la gauche radicale. Cela dit, le vote pour Syriza n’est plus seulement l’expression d’une protestation. Ce n’est pas un vote de désespoir. Syriza ne s’est pas non plus transformée en nouveau Pasok. Revenons en arrière. En octobre 2009, lorsque le premier ministre Pasok Georges Papandréou assurait « il y a de l’argent disponible » pour faire face à la dette, lorsque Kostas Karamanlis plaidait pour des mesures d’austérité drastiques, Syriza, qui dépassait à peine les 4 %, posait déjà le bon diagnostic. Nous affirmions alors qu’il était impossible de surmonter cette crise de la dette sans nouveaux emprunts, tout en appelant à la plus grande prudence sur les conditions. Nous mettions déjà en garde contre le choix de l’austérité qui n’a jamais, nulle part au monde, allégé le fardeau de la dette. Enfin, pour nous, cette crise ne pouvait se résumer à sa dimension nationale. Nous étions face à une crise européenne ! À cette époque, MM. Papandréou et Karamanlis, le Pasok et la Nouvelle Démocratie méprisaient nos arguments. Cinq ans plus tard, tout le monde peut constater que les politiques d’austérité n’ont pas permis de résorber la dette. Ni en Grèce ni ailleurs. Nous n’avions pas d’argent, donc nous avons eu recours à l’emprunt. Mais avec des conditions dont les résultats sont tragiquement visibles dans la société grecque. Enfin il est évident que cette crise ne s’arrête pas aux frontières de notre pays. Les Grecs ont la mémoire longue. Ils savent qui a eu, dès le départ, la lecture la plus rationnelle de cette crise. Ils voient aujourd’hui dans Syriza le seul acteur politique capable de surmonter enfin cette crise de la dette et de guérir la crise démocratique dont le symptôme le plus inquiétant est le poids d’Aube dorée. Nous désigner comme des anti-européens obsédés par la sortie de l’euro n’a pas de sens. Les questions que nous posons sont posées à toute l’UE. Une victoire de Syriza peut être le déclencheur de nouveaux choix politiques. Le Grèce est le premier pays d’Europe à avoir expérimenté des recettes jusque-là réservées au tiers-monde. Elle peut, demain, devenir le premier pays d’Europe à emprunter une voie originale pour sortir de la crise. Ce combat ne sera pas aisé. On ne nous laissera pas si facilement prendre les bonnes décisions. Je le sais pour rencontrer moi-même de sérieux obstacles, comme présidente de région, depuis que j’ai gagné les élections.

La gauche de transformation présente à Athènes.  Solidaire des Grecs contre l’austérité, Pierre Laurent, secrétaire du PCF 
et président du Parti de la gauche européenne (PGE), sera présent à Athènes ce dimanche. « Si le peuple grec choisit Syriza, le respect de la démocratie impose de permettre au nouveau gouvernement d’appliquer son programme », a-t-il déclaré lundi à Paris, lors d’un meeting 
de soutien à Syriza. Seront également présents d’autres responsables de forces du PGE : sa vice-présidente, Maite Mola (Espagne), et le secrétaire du Parti 
de la refondation communiste, Paolo Ferrero (Italie). Plusieurs députés européens membres de la Gauche unitaire européenne ont aussi fait le déplacement.
http://www.humanite.fr/rena-dourou-syriza-seule-capable-de-guerir-la-crise-democratique-563520

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Published by Stéphane Parédé
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