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23 janvier 2015 5 23 /01 /janvier /2015 23:45

Syriza, l’alternative crédible et, enfin, l’espoir

 

photo : Yorgos Karamalis
À une dizaine de jours des élections parlementaires grecques, syriza porte l’aspiration à une société meilleure, à une dignité internationale retrouvée et à une Europe des peuples. nouvelle démocratie, parti de centre droit d’Antonis Samaras, le premier ministre sortant, brandit la peur en menaçant d’une très improbable sortie de la zone euro et de l’union européenne en cas de victoire du parti de la gauche radicale. Mais le peuple grec n’en a cure : Syriza se voit crédité de 38 % des intentions de vote et pourrait remporter la majorité absolue au parlement. rencontre avec de futurs électeurs qui souhaitent en finir avec les destructions sociales des politiques austéritaires.
À moins de deux semaines des élections législatives grecques, tous les sondages donnent Syriza vainqueur. Pour ses électeurs, cependant, le cheminement vers le parti d’Alexis Tsipras est souvent très différent.
 
SOINS MÉDICAUX GRATUITS
Pour certains, le vote Syriza est un réel vote d’adhésion et la confiance en « Alexis » est absolue. Nikki, enseignante de formation, a 34 ans et combine les petits boulots au noir pour joindre les deux bouts. Débordante d’enthousiasme quand elle parle de Syriza, elle explique : « Alexis (Tsipras), Rena (Dourou) et tous ces jeunes leaders du parti ne vont pas reculer. Ils ont toujours fait de la politique pour leurs idées, pas pour arriver au pouvoir. Il y a 20 ans, quand ils se sont engagés au sein du parti, les jeunes ambitieux, eux, allaient tous s’inscrire aux jeunesses du PASOK ou de Nouvelle Démocratie. Les jeunesses de Syriza, c’était pour les idéalistes, les utopistes. » « Ils ne vont jamais nous trahir. On va mettre fin à la crise humanitaire et redevenir, enfin, un pays civilisé », ajoutet- elle avec un immense sourire. Car, comme le souligne Alexis Tsipras à chaque discours, l’essentiel c’est de « mettre fin à la crise humanitaire ». Avant même de se mesurer à l’Allemagne et de renégocier la dette. Et pour cela il insiste sur des mesures simples et fondamentalement de gauche qui enthousiasment sa base et donnent l’espoir aux bien trop nombreux démunis de la société grecque.
Ses mesures phares sont l’électricité gratuite pour 300 000 foyers qui n’en ont plus ou qui ne peuvent plus la payer, des soins médicaux gratuits pour tout le monde et l’utilisation de tous les bâtiments vides, publics ou privés, à travers le pays pour loger ceux qui ne peuvent plus se loger. Par ailleurs, cette série de mesures « applicables immédiatement », comme insistent tous les députés du parti en campagne, comprend aussi un accès gratuit aux transports publics pour les plus démunis et une baisse de la taxe sur le fioul de chauffage qui a doublé depuis le début de la crise. Appliquées, ces mesures mettraient fin à tous ces problèmes qui n’existaient pas encore il y a cinq ans... Si l’enthousiasme est palpable dans une partie de la société hellénique, à l’approche des élections, c’est surtout auprès de ceux qui se sont toujours définis politiquement très à gauche et qui voient leurs idées enfin proches du pouvoir. Pour d’autres, qui eux aussi vont voter pour Syriza, l’espoir est bien timide.
 
METTRE FIN À LA DESTRUCTION
 
« Croire aux promesses des hommes politiques, c’est un peu comme croire au père Noël... » lance Katerina. À 36 ans, cela fait maintenant près de 4 ans qu’elle n’a plus de travail. Infirmière de formation, sa carrière est détruite par la crise. Travaillant pour un hôpital public, son CDD n’est pas reconduit en 2011 à cause de la première série de coupes budgétaires. Et ces mêmes coupes budgétaires font qu’il n’y aura plus de poste pour elle autre part, dans le public comme dans le privé, malgré plus d’une centaine de CV envoyés. Son mari, Georges, est, lui, employé de bureau. Il a toujours un travail, mais ces revenus ont baissé de près de 40 %. « Si cet argent qu’on nous prend servait à quelque chose, je ne me plaindrais pas. Mais là on ne fait que nourrir les usuriers. La dette a quasiment doublé depuis quatre ans. » Les résultats directs des politiques d’austérité qui ont mené le pays à la plus profonde récession jamais enregistrée dans le monde en temps de paix.
 
« ÇA FAIT MAINTENANT PLUS DE QUATRE ANS QUE NOS GOUVERNANTS COURBENT L’ÉCHINE ET AGISSENT COMME DES MENDIANTS. ÇA NE PEUT PLUS DURER. »
ELENI, AVOCATE À LA RETRAITE
 
Se définissant tous les deux comme centristes, ils se disent trahis par les partis traditionnels. Pour ce couple, en fait, le revenu familial est passé en quatre ans de 2 300 à 850 euros. Ils ont dû déménager dans un appartement qui appartient à quelqu’un de leur famille et qui les héberge gratuitement, eux ne payant que les charges. Et ils ont un mal énorme à joindre les deux bouts... Du coup, les scénarios catastrophes en cas d’arrivée de Syriza au pouvoir ne les touchent pas trop : « Que peutil nous arriver de plus ? Ce qu’on vit aujourd’hui est pire que ce qu’on nous dépeignait comme inévitable en 2010 pour nous contraindre à accepter les mesures d’austér ité », dit Georges avec un sourire amer. Aujourd’hui donc « voter pour Syriza est notre seule option. C’est le seul parti capable de l’emporter et de mettre fin à la destruction. Et s’il ne le fait pas, s’il nous trahit, on votera pour quelqu’un d’autre la prochaine fois », ajoutetil.
 
DANS LES BEAUX QUARTIERS...
 
Dans les beaux quartiers d’Athènes la dynamique est différente. Les scénarios catastrophes annoncés par le premier ministre sortant sont pris au sérieux. Ici, en effet, on a encore beaucoup à perdre. Yannis, bijoutier dans le très huppé quartier de Kolonaki, nous explique : « Ici, les gens ont de nouveau pris peur : ils ne dépensent plus. La phrase que j’entends le plus souvent c’est “Attendons de voir ce qui se passera”. La peur de l’inconnu fait que les gens n’achètent plus, alors que depuis quelques mois mes ventes avaient vraiment augmenté. Quoi qu’il arrive, au final, ces élections vont me coûter très cher. » Mais même ici, le message de Syriza rencontre un certain écho. Des gens de droite, pour qui voter pour Syriza est déjà une révolution, voient ce parti comme un recours pour le pays. Eleni, avocate à la retraite de 72 ans, a, jusqu’aux européennes de mai dernier, toujours voté à droite. Elle a même longtemps milité pour Nouvelle Démocratie. Elle se définit comme « quelqu’un qui aime sa patrie avant tout ». Ce 25 janvier, elle votera Syriza et essaye de convaincre tous ses proches de faire de même. « Lever la tête face à l’Allemagne est aujourd’hui plus important que notre situation économique. Mes petitsenfants doivent savoir qu’on est un peuple fier. Ça fait maintenant plus de quatre ans que nos gouvernants courbent l’échine et agissent comme des mendiants. Ça ne peut plus durer. » Son regard rempli de fierté, elle poursuit. « Pendant la révolution contre l’Empire ottoman, le peuple grec avait un seul slogan : la liberté ou la mort. Nous devons prendre des risques pour espérer retrouver notre dignité. On ne doit plus céder face aux chantages permanents de nos créditeurs. »
 
UNE ALLIANCE LARGE
 
Comment un parti de la gauche radicale atil su fédérer aussi large audelà de son camp ? Pour Giannis Milios, responsable de la politique de Syriza, les choses sont claires : « Aujourd’hui, notre parti représente une alliance bien plus large que notre idéologie. On représente l’autre voie, celle de la logique et de l’indépendance. D’où la victoire électorale qui vient. » La victoire semble donc assurée. Ce qui compte désormais, c’est son ampleur. Gouverner seul semblait jusqu’ici impossible pour le parti d’Alexis Tsipras, et trouver des alliés prêts à gouverner sur la base du programme du Syriza une utopie. Mais ce dimanche 11 janvier aura vu aussi la publication d’un sondage un peu différent : selon l’institut Public. Issue, Syriza, vainqueur avec 38 % contre 30 % pour Nouvelle Démocratie, remporterait aussi la majorité absolue au parlement, la Vouli. Comme le dit si bien le slogan de Syriza pour ses élections : « L’espoir arrive »...
http://www.humanite.fr/syriza-lalternative-credible-et-enfin-lespoir-562992

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Published by Stéphane Parédé
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