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23 janvier 2015 5 23 /01 /janvier /2015 23:56

Syriza promet de rendre des couleurs à l'écran noir d'ERT

Photo : Stefania Mizara
Les journalistes bénévoles d’« ERT open » dans leurs locaux, à Athènes.
Photo : Stefania Mizara
La fermeture sans préavis de la radiotélévision publique grecque, le 11 juin 2013, avait entraîné la mise à la porte de près de 2 700 salariés. Opposés au « coup d’État de l’écran noir », plusieurs centaines d’anciens de l’ERT continuent de produire bénévolement des programmes

Un curieux mélange d’effervescence,d’euphorie et d’inquiétude règne, ce matin, dans les locaux d’« ERT open ». L’épilogue de près de vingt mois de lutte est-il aussi proche que nous l’assurent les journalistes de l’audiovisuel public licenciés qui font vivre, bénévolement, la radio publique ? Tous en sont convaincus : si la gauche arrivait au pouvoir à Athènes, dimanche prochain, la réouverture de la radiotélévision publique serait son premier geste. L’écran noir de l’ERT avait suscité un profond émoi dans la société grecque. Il est devenu, bien audelà des frontières du pays, un symbole de la brutalité des mesures d’austérité dictées par la troïka et appliquées avec zèle par le gouvernement de coalition dirigé par le conservateur Antonis Samaras.

Ils tiennent à bout de bras 19 chaînes de radios locales

La fermeture sans préavis de la radiotélévision publique grecque, le 11 juin 2013, avait entraîné la mise à la porte de près de 2 700 salariés, dont 677 journalistes, licenciements jugés « non valides » en première instance par la justice. Depuis, la chaîne Nerit, créée pour remplacer l’ERT, n’a pas tenu les promesses d’indépendance éditoriale. Les accusations de népotisme et de gaspillage dont le gouvernement Samaras accablait l’ERT n’épargnent pas la nouvelle chaîne, qui, sèche et hésitante, connaît un naufrage en termes d’audience.

Plusieurs centaines d’anciens de l’ERT opposés au « coup d’État de l’écran noir » continuent, eux, de produire bénévolement des programmes radiophoniques et télévisés. Ils tiennent à bout de bras 19 chaînes de radios locales et une chaîne de télévision régionale, à Thessalonique. Sans salaires, avec la seule énergie d’une lutte, qui, répètent-ils, ne concerne pas seulement leurs emplois, mais la démocratie. Vaggelis Papadimitriou est de ceux-là. Nous le retrouvons dans les étroits studios qu’occupent ces quelques irréductibles dans la banlieue d’Athènes, juste en face de l’imposant immeuble historique de l’ERT, aujourd’hui surmonté du glacial logo de Nerit. Après vingt ans d’expérience comme reporter au service politique de la radio publique, ce journaliste a appris sa mise à l’écart et celle de ses confrères en découvrant l’écran noir de l’ERT. Si sa situation matérielle est, comme celles de tous les bénévoles en lutte, désastreuse, il a découvert avec l’expérience d’« ERT open » une nouvelle façon de faire son métier.

« Syriza l’emportera et nous retrouverons notre travail. Mais il est hors de question de jouer les petits soldats d’une quelconque propagande, comme celle que distille la nouvelle chaîne Nerit. Nous rêvons d’une radio télévision libre, avec plus de démocratie et une réelle liberté d’opinion. Nous n’accepterons aucune tutelle gouvernementale », tranche-t-il. Face au micro, l’invité de l’émission politique du jour est Odysséas Boudouris. Ce médecin, fondateur de la section grecque de Médecins du monde, siège au Parlement. D’abord élu sous les couleurs du Pasok, il en a été exclu en 2012 pour avoir refusé de voter pour le second plan d’austérité. Passé par Dimar (Gauche démocrate), il est aujourd’hui candidat à Athènes pour Syriza. « Participer à des émissions d’“ERT open” n’est pas seulement un acte de solidarité. Les programmes alternatifs proposés ici rencontrent une large audience, assure-t-il. La fermeture de l’ERT symbolise l’autoritarisme avec lequel se sont imposées les politiques néolibérales. Il leur fallait bafouer la démocratie et la légalité pour contrôler l’opinion publique. Si la gauche gagne ces élections législatives, la réouverture de l’ERT devra être immédiate et revêtir un aspect symbolique positif. »

L’austérité a durement affecté le secteur des médias

Au-delà de l’affaire ERT, l’austérité a durement affecté le secteur des médias, jugé trop peu rentable ou trop récalcitrant. Dans le classement mondial de Reporters sans frontières, la Grèce a perdu plus de cinquante places en l’espace de cinq ans. En 2013, le pays se classait à la 99e place. « La mise au pas de ceux qui produisent l’information est une condition de l’austérité. Depuis quatre ans, sur ordre du pouvoir politique, les grands médias répètent aux Grecs qu’ils méritent ce qui leur arrive. Des milliers de journalistes ont été licenciés, des reporters sont régulièrement cibles de violences policières lorsqu’ils couvrent des manifestations et des luttes sociales », constate George Youkakis, du syndicat des journalistes de la presse écrite.

Un épisode récent résume bien l’idée que les tenants de l’austérité se font de la liberté de la presse et du rôle des journalistes. À la veille de l’élection avortée du président grec par le Parlement, le premier ministre Antonis Samaras s’est invité sur les écrans de télévision. Il a fait lui-même les questions et les réponses, concluant par ces mots : « C’est fini, bonne nuit. » « Les deux journalistes censés conduire l’entretien n’ont pas décroché un mot. Ils se sont contentés de hocher la tête. De vrais pots de fleurs », grince Vaggelis Papadimitriou. Dans la ruche de l’« ERT open », tous sont absorbés par la couverture de la campagne électorale. Suspendus aux résultats de dimanche, les journalistes veulent croire que l’ERT, « fermée pour des raisons politiques, rouvrira grâce à une décision politique ».

 

http://www.humanite.fr/syriza-promet-de-rendre-des-couleurs-lecran-noir-dert-563204

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Published by Stéphane Parédé
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