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23 janvier 2015 5 23 /01 /janvier /2015 23:40

Une gauche de transformation face au trop-plein d’austérité

Photo : Louisa Gouliamaki/AFP
« L’espoir vient ». Une affiche de Syriza dans le centre-ville d’Athènes.
Photo : Louisa Gouliamaki/AFP
La coupe de l’austérité est pleine. La résistance s’est organisée dans la rue cet automne : grèves générales en Italie, en Grèce, en Belgique. 
Elle pourrait aussi s’exprimer dans les urnes en Grèce, en Espagne, en Irlande, pays où la gauche anti-austérité est en progression.

Cette année 2015 est une année électorale. Particulièrement pour ceux qui souhaitent ouvrir une brèche dans les politiques d’austérité. Sans la sanglante attaque contre Charlie Hebdo mercredi 7 puis les assassinats porte de Vincennes par des djihadistes, les yeux des Européens seraient tous aujourd’hui tournés vers Athènes. Le 25 janvier, les Grecs sont appelés à voter pour tourner la page des années des premiers ministres Georges Papandréou et Antonis Samaras. Pour battre en brèche l’austérité, une force politique est en passe de se hisser comme vainqueur des élections, la Coalition de la gauche radicale (Syriza). Les sondages lui accordent, c’est selon, entre 28 et 35 % des suffrages, de deux à cinq points devant Nouvelle Démocratie, le parti de droite de Samaras.

Le pays a été secoué par les politiques d’austérité. Il a perdu 25 % de son PIB depuis 2009. Le taux de chômage dépasse 20 %. Le taux réservé aux jeunes pousse une partie d’entre eux à partir. Et c’est sans compter la mise sous tutelle du pays. Le Parlement est devenu une chambre d’enregistrement : certaines lois voulues par la troïka (Commission européenne, Fonds monétaire international, Banque centrale européenne) sont composées d’un seul article s’étalant sur une dizaine de pages pour éviter les amendements…

La progression de Syriza
n’est pas due au hasard

Le pays aspire à recouvrer sa souveraineté. Antonis Samaras lui-même a tenté de jouer cette carte, en réclamant de ses créanciers, à la fin de l’année, la possibilité de ne plus être sous tutelle. Échec : ses partenaires européens n’ont pas voulu lâcher la bride. La progression de Syriza, dont les composantes étaient peu influentes avant 2012, n’est pas due au hasard. Elle fait suite à une formidable mobilisation populaire. On ne compte plus les grèves générales, les mobilisations sectorielles. La place Syntagma, face au Parlement, a été le théâtre de manifestations citoyennes d’ampleur dans le sillage du mouvement espagnol des Indignés. De plus, au niveau local, une vie associative se reconstruit, faite de solidarités concrètes, de la soupe populaire à l’échange de services.

C’est la première fois depuis que le communiste Dimitris Christofias a été président de la République chypriote, entre 2008 et 2013, qu’un parti de la gauche de transformation est en capacité de remporter une élection nationale et de former un gouvernement. Tout n’est pas joué : le parti arrivé en tête obtient 50 sièges de prime au vainqueur, les 250 autres sièges de la Vouli se répartissant à la proportionnelle. S’il ne parvient pas à obtenir à lui seul la majorité absolue, Syriza devra trouver des alliés, Dimar (centre gauche) ou même les souverainistes Grecs indépendants.

De plus, un gouvernement grec anti-austérité risque de rencontrer l’hostilité de ses partenaires européens, qui craignent une annulation de la dette et la fin des réformes structurelles. Mais la donne a changé : certains commentateurs, jusqu’au très autorisé New York Times, soulignent qu’une victoire de Syriza pourrait être bénéfique, car elle favoriserait les politiques de croissance – et non plus seulement d’austérité en Europe. Il reste qu’un gouvernement Syriza aura besoin de soutiens. « Le 25 janvier, Syriza remportera une grande victoire », a souligné la vice-présidente du Parti de la gauche européenne (PGE), Maïté Mola, à l’occasion d’un rassemblement de Die Linke devant le monument dédié aux révolutionnaires allemands Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg. « Ce sera notre victoire à nous tous, parce que nous avons montré, en quelques mois, que d’autres politiques sont possibles et des changements se répandront comme un feu de forêt pour rejoindre l’Espagne, le Portugal, l’Italie, etc. », a analysé la dirigeante communiste espagnole. « Le jour après la victoire de Syriza emmené par Tsipras, nous aurons à occuper les rues pour soutenir le peuple grec », a poursuivi Maïté Mola.

Sur la question de la dette, 
Syriza aura besoin de solidarité

En effet, des négociations devraient s’engager entre Athènes et ses créditeurs sur l’épineuse question de la dette. Syriza pourrait avoir des alliés européens plus puissants qu’il y a quelques années. En effet, la coupe de l’austérité est pleine. Et les forces de la gauche de transformation sociale ont le vent en poupe dans plusieurs pays. En Espagne, alors que des élections législatives doivent se tenir avant la fin de l’année, le groupement Podemos, au programme flou mais issu du mouvement des Indignés, caracole dans les sondages, faisant jeu égal avec le Parti populaire (PP, droite) du premier ministre, avec 26 % des intentions de vote. Là aussi, les grèves générales ont été puissantes ces dernières années. Et le mouvement des Indignés de la Puerta del Sol à Madrid a fait tache d’huile dans toutes les villes du pays en 2011. L’Espagne a été saignée, comme la Grèce, par les politiques d’austérité : réforme du marché du travail, diminution des dépenses publiques. Le taux de pauvreté atteint maintenant 28 %. Quant au taux de chômage, il s’établit à 23,7 % de la population active. Chez les moins de 25 ans, il s’élève à 53,5 %. Cela n’a pas empêché la dette publique de bondir, sous l’effet de la crise bancaire, de 35,5 % en 2007 – le royaume était alors l’un des meilleurs élèves du pacte de stabilité – à 96,4 % en juin 2014.

En plus de ces politiques d’austérité, le mouvement Podemos se nourrit de la faible probité des partis politiques traditionnels : les affaires judiciaires s’étalent chaque jour à la une des quotidiens. Outre Podemos, qui organise le 31 janvier une marche à Madrid, la gauche de transformation sociale est aussi représentée en Espagne par la coalition écolo-communiste Izquierda Unida, qui dispose de relais dans les administrations locales.

Il est un troisième pays où la gauche anti-austérité a le vent en poupe : l’Irlande, où Sinn Féin poursuit son ascension, crédité de 22 % des voix, ce qui le place en tête, au détriment des partis établis. Fianna Fail, Fine Gail, Labour n’obtiendraient plus que moins de la moitié des voix, quand, en 2011, ils recueillaient encore 73,1 % des suffrages. L’Irlande a été contrainte de souscrire au plan de sauvetage européen pour sauver ses banques au début de la crise financière. Les partis installés subissent également nombre de dissidences après avoir appliqué avec zèle les politiques d’austérité de la troïka, d’où l’ascension des candidats indépendants qui risquent de rendre difficilement gouvernable le Parlement qui sera issu des prochaines élections, qui se tiendront au plus tard en mars 2016, mais pourraient bien être anticipées.

Preuve de la difficulté d’imposer les politiques d’austérité en Irlande, un puissant mouvement citoyen s’est formé sur la question du rejet de la taxe sur l’eau : certains refusent tout simplement de la payer. Le 1er novembre, les manifestations sur ce sujet ont rassemblé plus de 100 000 personnes, un chiffre inouï dans ce pays. Outre ces trois pays où les forces de la gauche de transformation enregistrent des résultats supérieurs à 20 % des intentions de vote, on voit l’implantation de forces antilibérales ailleurs. En Belgique, les élections de mai 2014 ont permis l’entrée de communistes, membre du Parti des travailleurs belges (PTB) au Parlement. En Allemagne, c’est une première, depuis la fin de l’année dernière, le Land de Thuringe est dirigé par un syndicaliste membre de Die Linke, Bodo Ramelow.

Mobilisation sociale

Outre les progressions électorales, on a noté, 
à la fin de l’année 2014, une combativité forte 
des salariés. La Grèce (27 novembre), l’Italie (12 décembre) et la Belgique (15 décembre) ont connu des grèves générales contre les projets de budgets et de réformes structurelles. En Allemagne, chez Amazon ou chez Lufthansa, les salariés ont demandé l’augmentation de leur rémunération. Les fonctionnaires se sont particulièrement mobilisés au Portugal et au Royaume-Uni en octobre.

 

http://www.humanite.fr/une-gauche-de-transformation-face-au-trop-plein-dausterite-562855

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Published by Stéphane Parédé
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