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23 janvier 2015 5 23 /01 /janvier /2015 23:54

Jean-Marie Harribey : « La troïka tremble, c’est bon signe »

Photo : Jacques Demarthon/AFP
Jean-Marie Harribey, université 
de Bordeaux, membre d’Attac et des Économistes atterrés.
Photo : Jacques Demarthon/AFP

La proximité des élections législatives en Grèce et la probabilité non négligeable que Syriza arrive en tête ont provoqué des réactions montrant quel degré de considération pour la démocratie ont les classes dirigeantes et les responsables de la troïka (Commission européenne, Banque centrale européenne, Fonds monétaire international). L’enjeu doit être de taille pour qu’un si petit pays au regard de l’ensemble de l’Union européenne et du monde nourrisse autant d’hostilité et fasse l’objet de tant de pressions pour qu’il reste dans le droit chemin néolibéral.

Il y a d’abord un enjeu économique. Le système bancaire a été ébranlé par la crise déclenchée en 2007. Tout l’effort des institutions a consisté à le sauver, lui, pas la Grèce. L’objectif réel de la troïka est de garantir que les détenteurs de titres financiers pourront faire valoir les promesses de plus-values que celles-ci représentent. Or, la crise a atteint un point tel que la menace de l’effondrement du capital fictif constitué par l’immensité de la valorisation boursière et des innombrables produits dérivés reste suspendue sur la tête des propriétaires de titres qui savent pertinemment qu’ils ne peuvent jamais retrouver tous ensemble la liquidité qu’ils convoitent. Pour éloigner le plus loin possible ce spectre, les classes bourgeoises n’ont alors pas d’autre solution que d’agrandir constamment la base de l’enrichissement véritable, c’est-à-dire la sphère productive où le capital se valorise globalement, réellement et non pas de manière fictive. Ainsi, il leur faut comprimer salaires et droits salariaux et imposer des politiques d’austérité qui laminent les espaces non marchands où se produisent les services répondant à des besoins sociaux.

Mais pourquoi la Grèce ? Pourquoi tant de cris poussés contre l’expression démocratique ? Parce qu’il ne faudrait surtout pas que les citoyens grecs envoient le « mauvais signal ». Exactement la raison qui, au contraire, doit nous inciter à espérer et soutenir un projet radical de transformation politique. La restructuration de la dette publique s’élevant à 175 % du PIB grec ? Elle ne pourra, de toute façon, jamais être totalement remboursée, autant l’éponger immédiatement. Comment ? En partie par son effacement, et aussi par un impôt sur la fortune et le capital, prélude à une profonde réforme fiscale globale. À quoi servirait celle-ci ? Aux urgences : fournir l’électricité gratuite à 300 000 foyers, redonner accès aux soins médicaux, loger tous ceux qui sont dehors. On est aux antipodes de ce qu’annonce le premier ministre actuel Samaras qui veut alléger encore plus l’impôt des riches et poursuivre les privatisations.

Alexis Tsipras a répété plusieurs fois que la Grèce ne sortirait pas de l’euro. C’est préférable, d’abord pour les Grecs qui pâtiraient de la réévaluation de leur dette publique extérieure. Et aussi pour les autres peuples qui entendraient peser dans le sens d’une transformation politique dans leur propre pays et qui pourraient collaborer.

Car voici le deuxième enjeu, d’ordre politique. Ce que redoutent les dirigeants européens, c’est l’effet d’entraînement qu’aurait une victoire de Syriza sur Podemos en Espagne et ailleurs. Pas seulement en termes de résultats électoraux. Mais aussi parce que les questions qui fâchent ne pourraient plus être éludées : quand imposera-t-on à la BCE l’obligation d’être un prêteur en dernier ressort pour les États et que sera officiellement levée l’interdiction d’accepter des titres publics ? Jusqu’à quand les investissements d’avenir dépendront-ils quasi exclusivement de fonds privés visant la rentabilité à court terme, ainsi que le prévoit le plan Juncker ? Quand la question de l’emploi sera-t-elle vue autrement que comme une affaire de coût du travail qui se résoudrait par la baisse des salaires et de la protection sociale ?

Bientôt huit ans après l’éclatement de la crise, les institutions européennes refusent toujours de changer leurs politiques. Si l’on comprend bien qu’il épouse les intérêts des financiers, cet entêtement est tout de même absurde. La BCE est coincée : d’un côté, elle renâcle à annoncer une politique monétaire accommodante qui la conduirait à accepter des titres publics, parmi lesquels les Grecs ; de l’autre, elle hésite à déléguer à chaque banque centrale nationale le soin d’acheter des titres nationaux, car il s’ensuivrait des écarts croissants entre les taux d’intérêt exigés de chacun des États. Quant à la Commission européenne, elle a perdu toute légitimité et ce n’est pas M. Juncker qui va la restaurer, lui qui a couvert les pratiques d’évasion fiscale au Luxembourg. Tout plaide donc pour donner un coup de pied dans le modèle néolibéral. Mais les Grecs n’y réussiront pas tout seuls. Donnons-leur un bon coup de main.

 

(1) Auteur de la Richesse, la Valeur 
et l’Inestimable, LLL, 2013 ; 
les Feuilles mortes du capitalisme, 
Le Bord de l’eau, 2014.
http://www.humanite.fr/jean-marie-harribey-la-troika-tremble-cest-bon-signe-563098
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23 janvier 2015 5 23 /01 /janvier /2015 23:53

Des soutiens de dernière minute

À l’approche de la possible victoire de Syriza en Grèce, dimanche, les socialistes français multiplient les déclarations pour ne pas insulter l’avenir.

À quelques jours du scrutin législatif en Grèce qui pourrait voir la coalition de la gauche radicale (Syriza) l’emporter, les socialistes français essaient de raccrocher les wagons. Coup sur coup, dimanche, le premier secrétaire du PS et le président de l’Assemblée nationale, respectivement sur Europe 1 et RTL, ont souhaité la victoire de la gauche en Grèce.

« Je veux la victoire de la gauche », a lancé Jean-Christophe Cambadélis, précisant qu’il n’était donc « pas sur la position de défendre la droite en Grèce », tandis que Claude Bartolone se prononçait pour « que la gauche gagne en Grèce et surtout (…) qu’aucun responsable européen ne leur fasse la leçon ». Mieux encore, comme s’il regrettait d’y avoir échoué, le président de l’Assemblée a estimé que « la victoire de la gauche en Grèce amènera la Commission européenne et les responsables européens à se poser un certain nombre de questions sur l’Europe de la règle, l’Europe de la rigueur, et voir comment on peut redonner un peu d’espérance à un peuple ».

Pierre Moscovici, l’ancien ministre socialiste devenu commissaire européen, appréciera. « Nous préférerions que l’actuel Parlement élise un président », avait-il déclaré en décembre, lors d’une visite à Athènes à la veille du vote qui a finalement conduit aux élections législatives anticipées. Un soutien à peine voilé aux conservateurs. D’où la nécessité pour Cambadélis et Bartolone d’apporter toutes ces précisions.

Mais pas question pour le premier dirigeant du PS d’abandonner pour autant son allié naturel, le Pasok. « Syriza, s’il l’emporte, ce qui n’est pas encore fait, n’aura pas la majorité absolue. Donc, il faut que l’ensemble de la gauche soit en capacité de gouverner ensemble », a-t-il immédiatement précisé, répétant à l’envi qu’il ne souhaitait « pas la victoire de l’un sur l’autre ». Un appel au rassemblement que le dirigeant du PS décline aussi en France mais sans jamais ouvrir la voie au compromis programmatique à gauche qu’il semble espérer de Syriza. D’ailleurs, il a pris soin de glisser au détour d’une phrase que la gauche qu’incarne Syriza « n’est pas aussi radicale qu’ils veulent bien le rêver ». Au programme : annulation d’une partie de la dette, accès gratuit aux services publics de santé, retour du salaire minimum… On aurait aimé voir autant de « non-radicalité » en France.

 

http://www.humanite.fr/des-soutiens-de-derniere-minute-563190

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23 janvier 2015 5 23 /01 /janvier /2015 23:52

« Le travail doit se faire en profondeur, avec l’adhésion et la mobilisation permanente du peuple »

Photo : DR
Aliki Papadomichelaki est une ancienne déportée sur l’île de Makronissos
Photo : DR
Économiste, ancienne responsable du département de politique extérieure de Syriza, Aliki Papadomichelaki était enfant pendant la guerre civile et fut déportée sur l’île de Makronissos.

Envoyée spéciale. 

Votre histoire est celle d’une enfant déportée… Comment cela a-t-il forgé votre conscience politique ?

Aliki Papadomichelaki Je suis la fille unique de deux cadres communistes, antifascistes et partisans. Mon père, Stelios Papadomichelaki, et ma mère, Dionysia Costadoulou, ont été arrêtés en 1937 par la dictature grecque de Ioannis Metaxas (1937-1940). Ils se sont mariés en prison. Ma mère est l’une des fondatrices de l’organisation antifasciste Solidarité nationale (Ethniki Allileggii), dont l’objectif était de sauver la population d’Athènes d’une famine atroce, sous l’occupation nazie. Plus tard, durant la guerre civile, en 1947, mes parents furent arrêtés de nouveau. J’avais deux ans et demi, j’ai suivi ma mère et ma tante dans le plus affreux camp de concentration de l’histoire grecque, celui de Makronissos, une île déserte, rocailleuse, balayée par les vents et les vagues. Hommes ou femmes, les prisonniers politiques subissaient la même brutalité. J’en garde encore des souvenirs vivaces, bercés par les poèmes de Yannis Ritsos, la musique de Mikis Theodorakis, le théâtre de Manos Katrakis, tous les trois déportés, avec tant d’autres, sur cette même île. Il ne s’agit pas d’une histoire exceptionnelle. Des milliers de militants antifascistes et communistes ont subi ce sort après la guerre civile qui a suivi le combat de libération nationale auquel ils avaient pris part. J’ai poussé sur ce terreau fertile d’une gauche combative.

Comment expliquez-vous la place prise par Syriza, ces cinq dernières années, sur la scène politique ?

Aliki Papadomichelaki Dès 2008, la Grèce est devenue le cobaye du néolibéralisme national et européen. Les élites politiques ont choisi de faire porter à la population le fardeau de la crise économique structurelle que traverse, à des degrés divers, le continent européen. Les gouvernements du Pasok et de Nouvelle Démocratie ont démantelé le secteur public, détruit les services sociaux, privatisé une grande partie du patrimoine national. Le chômage se maintient à des niveaux jamais atteints depuis cinquante ans. Cette situation alarmante suscite la colère. Syriza éclaire les causes de la crise néolibérale, participe aux luttes sans prétentions hégémoniques et propose des solutions alternatives pour sortir de cette impasse.

Les pressions extérieures n’entraveront-elles pas toute politique de gauche ?

Aliki Papadomichelaki C’est une question de rapport de forces. Bruxelles, la troïka, les autres gouvernements et les marchés agissent en fonction de ces rapports de forces. Le capital financier devient de plus en plus spéculatif. N’est-il pas nécessaire de faire front, tous les peuples ensemble, pour lui barrer la route ? La devise communiste était « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ». Cette exigence me paraît d’une grande actualité, avec l’accélération de la mondialisation. Certes, il ne sera pas facile de renégocier la dette et de faire face à l’austérité. Le travail devra se faire en profondeur et par étapes, avec l’adhésion et la mobilisation permanentes du peuple. Nous aurons besoin de solidarité européenne et internationale. Notre lutte vous concerne. Votre solidarité est pour nous d’une importance majeure.

 

http://www.humanite.fr/le-travail-doit-se-faire-en-profondeur-avec-ladhesion-et-la-mobilisation-permanente-du-peuple-563188

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23 janvier 2015 5 23 /01 /janvier /2015 23:50

De toute l’Europe, s’élèvent des voix solidaires avec le peuple grec

 

photo : Yorgos Karamalis
Alors que la coalition de la gauche radicale, Syriza, pourrait arriver en tête dimanche lors des législatives anticipées, les citoyens grecs qui souhaitent tourner la page de l’austérité peuvent compter sur de nombreux soutiens, dont certains se retrouveront en meeting ce lundi soir à Paris.
En finir avec les politiques d’austérité imposées par la funeste troïka (composée de l’Union européenne, de la Banque centrale européenne et du Fonds monétaire international) et appliquées avec zèle par les premiers ministres Georges Papandréou puis Antonis Samaras. Telle est l’opportunité que pourraient saisir dimanche prochain les électeurs grecs appelés aux urnes pour des élections législatives anticipées. Un scrutin dans lequel la coalition de la gauche radicale (Syriza) fait figure de favorite. Mais tourner cette page nécessite de braver les injonctions des nombreux tenants de cette politique qui n’a fait qu’aggraver la crise, d’Angela Merkel à François Hollande.
Pour contribuer à lever ces pressions, d’autres voix cherchent à se faire entendre, des voix solidaires. Dénonçant les « tentatives actuelles d’ingérence et de désinformation », c’est à un meeting pour soutenir « le droit du peuple grec à prendre en main son destin » qu’appellent lundi soir 19 janvier , au gymnase Japy à Paris, des forces politiques de gauche mais aussi syndicales et associatives. « L’arrivée au gouvernement d’une force de rupture avec l’austérité en Grèce peut ouvrir la voie à un bouleversement politique à l’échelle européenne », souligne cet appel cosigné par les partis du Front de gauche, Nouvelle Donne, Europe Écologie-les Verts, des représentants en France des partis de gauche européens, des organisations syndicales de SUD et de la CGT, des associations comme Attac, la Fondation Copernic ou le Collectif Roosevelt et des personnalités comme Gérard Filoche, Liêm Hoang Ngoc, Henri Sterdyniak…
C’est dans ce même élan de solidarité que s’inscrit l’Humanité. Dans nos colonnes résonneront les voix de ceux qui, en France et au-delà, ne se résignent pas à la perspective d’une austérité perpétuelle qui sacrifie l’avenir du plus grand nombre au profit de quelquesuns. Dès aujourd’hui, l’économiste Thomas Piketty, Jean-Marie Harribey, membre d’Attac et des Économistes atterrés, et le philosophe slovène Slavoj Zizek nous livrent leurs analyses et leurs espoirs de voir une autre page s’écrire en Europe. Plus juste et plus démocratique.
 

D’athènes à Madrid, l’Europe qui bouge. Et si c’était la lucidité ?

35,4 % C’est la dernière estimation de l’institut Metron Analysis pour Syriza, soit 
une avance de 4,6 points sur la droite 
au pouvoir, et 147 sièges potentiels. « La défaite des commanditaires politiques de l’austérité, de l’insécurité et de la peur, 
de la corruption et des scandales s’annonce dans nos pays, déclare Alexis Tsipras, dans une tribune publiée vendredi dans El Pais. La Grèce n’est que le début du changement qui vient du sud de l’Europe. Nous verrons bientôt comment il arrive aussi en Espagne », où le mouvement Podemos secoue
le paysage avant les élections locales de mai et les législatives de l’automne. « Les sondages montrent que la peur n’est pas un critère 
qui touche l’électorat. » Thomas Gerakis, chef 
de l’institut de sondages Marc.

 

http://www.humanite.fr/de-toute-leurope-selevent-des-voix-solidaires-avec-le-peuple-grec-563016

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23 janvier 2015 5 23 /01 /janvier /2015 23:49

Thomas Piketty : « Pour une refondation démocratique de l’Europe »

 

Photo : Fred Dufour/AFP

Alors même que l’économie est repartie partout ailleurs, aux États-Unis comme dans les pays de l’Union européenne restés en dehors de la zone euro, le nouveau traité budgétaire adopté en 2012 sous la pression de l’Allemagne et la France, qui organise l’austérité en Europe (avec une réduction excessivement rapide des déficits et un système de sanctions automatiques totalement inopérant), a conduit à une récession généralisée en zone euro. En vérité, une monnaie unique ne peut fonctionner avec 18 dettes publiques et 18 taux d’intérêt sur lesquels les marchés financiers peuvent librement spéculer. Il faudrait investir massivement dans la formation, l’innovation et les technologies vertes. On fait tout le contraire.

Le plus triste, dans la crise européenne, est l’entêtement des dirigeants en place à présenter leur politique comme la seule possible, et la crainte que leur inspire toute secousse politique susceptible d’altérer cet heureux équilibre. Face à cet entêtement, on peut se poser la question de savoir quels chocs pourraient permettre de faire bouger les lignes ? Il y a, en gros, trois possibilités : une nouvelle crise financière ; un choc politique venant de la gauche ; ou bien un choc politique venant de la droite. Les dirigeants européens actuels devraient avoir l’intelligence de reconnaître que la deuxième possibilité est de loin la meilleure : les mouvements politiques qui prospèrent aujourd’hui à la gauche de la gauche, comme Podemos en Espagne ou Syriza en Grèce, sont fondamentalement internationalistes et pro-européens. Plutôt que de les rejeter, il faudrait au contraire travailler avec eux pour formuler les contours d’une refondation démocratique de l’Union européenne. Faute de quoi, on risque fort de se retrouver avec un choc autrement plus inquiétant, venu de la droite : compte tenu du mode de scrutin, il est tout à fait possible que le FN emporte des régions lors des régionales de décembre 2015.

On peut aussi, car c’est encore l’heure des vœux, espérer l’impossible. Au point où il en est, François Hollande serait bien inspiré de reconnaître ses erreurs de 2012, et de tendre la main à l’Europe du Sud, afin de formuler enfin des propositions audacieuses pour notre continent.

Aujourd’hui, il ne suffit plus de s’excuser : il est temps de reconnaître que ce sont les institutions européennes elles-mêmes qui sont en cause, et que seule une refondation démocratique de l’Europe permettrait de mener des politiques de progrès social. Concrètement, si l’on veut vraiment éviter que de nouveaux scandales LuxLeaks ne se reproduisent, il faut sortir de la règle de l’unanimité en matière fiscale, et prendre toutes les décisions concernant l’imposition des grandes sociétés (et idéalement des plus hauts revenus et des plus grandes fortunes) suivant la règle de la majorité. Et si le Luxembourg et d’autres pays le refusent, cela ne doit pas empêcher les pays qui le souhaitent de constituer un noyau dur avançant dans cette voie, et de prendre les sanctions qui s’imposent contre ceux qui continuent de vouloir vivre de l’opacité financière.

 

http://www.humanite.fr/thomas-piketty-pour-une-refondation-democratique-de-leurope-563099

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23 janvier 2015 5 23 /01 /janvier /2015 23:47
« ÇA FAIT MAINTENANT PLUS DE QUATRE ANS QUE NOS GOUVERNANTS COURBENT L’ÉCHINE ET AGISSENT COMME DES MENDIANTS. ÇA NE PEUT PLUS DURER. »

ELENI, AVOCATE À LA RETRAITE
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23 janvier 2015 5 23 /01 /janvier /2015 23:45

Syriza, l’alternative crédible et, enfin, l’espoir

 

photo : Yorgos Karamalis
À une dizaine de jours des élections parlementaires grecques, syriza porte l’aspiration à une société meilleure, à une dignité internationale retrouvée et à une Europe des peuples. nouvelle démocratie, parti de centre droit d’Antonis Samaras, le premier ministre sortant, brandit la peur en menaçant d’une très improbable sortie de la zone euro et de l’union européenne en cas de victoire du parti de la gauche radicale. Mais le peuple grec n’en a cure : Syriza se voit crédité de 38 % des intentions de vote et pourrait remporter la majorité absolue au parlement. rencontre avec de futurs électeurs qui souhaitent en finir avec les destructions sociales des politiques austéritaires.
À moins de deux semaines des élections législatives grecques, tous les sondages donnent Syriza vainqueur. Pour ses électeurs, cependant, le cheminement vers le parti d’Alexis Tsipras est souvent très différent.
 
SOINS MÉDICAUX GRATUITS
Pour certains, le vote Syriza est un réel vote d’adhésion et la confiance en « Alexis » est absolue. Nikki, enseignante de formation, a 34 ans et combine les petits boulots au noir pour joindre les deux bouts. Débordante d’enthousiasme quand elle parle de Syriza, elle explique : « Alexis (Tsipras), Rena (Dourou) et tous ces jeunes leaders du parti ne vont pas reculer. Ils ont toujours fait de la politique pour leurs idées, pas pour arriver au pouvoir. Il y a 20 ans, quand ils se sont engagés au sein du parti, les jeunes ambitieux, eux, allaient tous s’inscrire aux jeunesses du PASOK ou de Nouvelle Démocratie. Les jeunesses de Syriza, c’était pour les idéalistes, les utopistes. » « Ils ne vont jamais nous trahir. On va mettre fin à la crise humanitaire et redevenir, enfin, un pays civilisé », ajoutet- elle avec un immense sourire. Car, comme le souligne Alexis Tsipras à chaque discours, l’essentiel c’est de « mettre fin à la crise humanitaire ». Avant même de se mesurer à l’Allemagne et de renégocier la dette. Et pour cela il insiste sur des mesures simples et fondamentalement de gauche qui enthousiasment sa base et donnent l’espoir aux bien trop nombreux démunis de la société grecque.
Ses mesures phares sont l’électricité gratuite pour 300 000 foyers qui n’en ont plus ou qui ne peuvent plus la payer, des soins médicaux gratuits pour tout le monde et l’utilisation de tous les bâtiments vides, publics ou privés, à travers le pays pour loger ceux qui ne peuvent plus se loger. Par ailleurs, cette série de mesures « applicables immédiatement », comme insistent tous les députés du parti en campagne, comprend aussi un accès gratuit aux transports publics pour les plus démunis et une baisse de la taxe sur le fioul de chauffage qui a doublé depuis le début de la crise. Appliquées, ces mesures mettraient fin à tous ces problèmes qui n’existaient pas encore il y a cinq ans... Si l’enthousiasme est palpable dans une partie de la société hellénique, à l’approche des élections, c’est surtout auprès de ceux qui se sont toujours définis politiquement très à gauche et qui voient leurs idées enfin proches du pouvoir. Pour d’autres, qui eux aussi vont voter pour Syriza, l’espoir est bien timide.
 
METTRE FIN À LA DESTRUCTION
 
« Croire aux promesses des hommes politiques, c’est un peu comme croire au père Noël... » lance Katerina. À 36 ans, cela fait maintenant près de 4 ans qu’elle n’a plus de travail. Infirmière de formation, sa carrière est détruite par la crise. Travaillant pour un hôpital public, son CDD n’est pas reconduit en 2011 à cause de la première série de coupes budgétaires. Et ces mêmes coupes budgétaires font qu’il n’y aura plus de poste pour elle autre part, dans le public comme dans le privé, malgré plus d’une centaine de CV envoyés. Son mari, Georges, est, lui, employé de bureau. Il a toujours un travail, mais ces revenus ont baissé de près de 40 %. « Si cet argent qu’on nous prend servait à quelque chose, je ne me plaindrais pas. Mais là on ne fait que nourrir les usuriers. La dette a quasiment doublé depuis quatre ans. » Les résultats directs des politiques d’austérité qui ont mené le pays à la plus profonde récession jamais enregistrée dans le monde en temps de paix.
 
« ÇA FAIT MAINTENANT PLUS DE QUATRE ANS QUE NOS GOUVERNANTS COURBENT L’ÉCHINE ET AGISSENT COMME DES MENDIANTS. ÇA NE PEUT PLUS DURER. »
ELENI, AVOCATE À LA RETRAITE
 
Se définissant tous les deux comme centristes, ils se disent trahis par les partis traditionnels. Pour ce couple, en fait, le revenu familial est passé en quatre ans de 2 300 à 850 euros. Ils ont dû déménager dans un appartement qui appartient à quelqu’un de leur famille et qui les héberge gratuitement, eux ne payant que les charges. Et ils ont un mal énorme à joindre les deux bouts... Du coup, les scénarios catastrophes en cas d’arrivée de Syriza au pouvoir ne les touchent pas trop : « Que peutil nous arriver de plus ? Ce qu’on vit aujourd’hui est pire que ce qu’on nous dépeignait comme inévitable en 2010 pour nous contraindre à accepter les mesures d’austér ité », dit Georges avec un sourire amer. Aujourd’hui donc « voter pour Syriza est notre seule option. C’est le seul parti capable de l’emporter et de mettre fin à la destruction. Et s’il ne le fait pas, s’il nous trahit, on votera pour quelqu’un d’autre la prochaine fois », ajoutetil.
 
DANS LES BEAUX QUARTIERS...
 
Dans les beaux quartiers d’Athènes la dynamique est différente. Les scénarios catastrophes annoncés par le premier ministre sortant sont pris au sérieux. Ici, en effet, on a encore beaucoup à perdre. Yannis, bijoutier dans le très huppé quartier de Kolonaki, nous explique : « Ici, les gens ont de nouveau pris peur : ils ne dépensent plus. La phrase que j’entends le plus souvent c’est “Attendons de voir ce qui se passera”. La peur de l’inconnu fait que les gens n’achètent plus, alors que depuis quelques mois mes ventes avaient vraiment augmenté. Quoi qu’il arrive, au final, ces élections vont me coûter très cher. » Mais même ici, le message de Syriza rencontre un certain écho. Des gens de droite, pour qui voter pour Syriza est déjà une révolution, voient ce parti comme un recours pour le pays. Eleni, avocate à la retraite de 72 ans, a, jusqu’aux européennes de mai dernier, toujours voté à droite. Elle a même longtemps milité pour Nouvelle Démocratie. Elle se définit comme « quelqu’un qui aime sa patrie avant tout ». Ce 25 janvier, elle votera Syriza et essaye de convaincre tous ses proches de faire de même. « Lever la tête face à l’Allemagne est aujourd’hui plus important que notre situation économique. Mes petitsenfants doivent savoir qu’on est un peuple fier. Ça fait maintenant plus de quatre ans que nos gouvernants courbent l’échine et agissent comme des mendiants. Ça ne peut plus durer. » Son regard rempli de fierté, elle poursuit. « Pendant la révolution contre l’Empire ottoman, le peuple grec avait un seul slogan : la liberté ou la mort. Nous devons prendre des risques pour espérer retrouver notre dignité. On ne doit plus céder face aux chantages permanents de nos créditeurs. »
 
UNE ALLIANCE LARGE
 
Comment un parti de la gauche radicale atil su fédérer aussi large audelà de son camp ? Pour Giannis Milios, responsable de la politique de Syriza, les choses sont claires : « Aujourd’hui, notre parti représente une alliance bien plus large que notre idéologie. On représente l’autre voie, celle de la logique et de l’indépendance. D’où la victoire électorale qui vient. » La victoire semble donc assurée. Ce qui compte désormais, c’est son ampleur. Gouverner seul semblait jusqu’ici impossible pour le parti d’Alexis Tsipras, et trouver des alliés prêts à gouverner sur la base du programme du Syriza une utopie. Mais ce dimanche 11 janvier aura vu aussi la publication d’un sondage un peu différent : selon l’institut Public. Issue, Syriza, vainqueur avec 38 % contre 30 % pour Nouvelle Démocratie, remporterait aussi la majorité absolue au parlement, la Vouli. Comme le dit si bien le slogan de Syriza pour ses élections : « L’espoir arrive »...
http://www.humanite.fr/syriza-lalternative-credible-et-enfin-lespoir-562992
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23 janvier 2015 5 23 /01 /janvier /2015 23:42

Slavoj Žižek: "Le 25 janvier 2015, nous sommes tous Grecs!"

par Bradley Smith

Dimanche, 18 Janvier, 2015
Slavoj Žižek
Reuters
Ceux qui critiquent nos démocraties institutionnelles déplorent souvent que les élections ne présentent pas de véritable choix. D’une manière générale, nous sommes appelés à choisir entre un parti de centre droit et un parti de centre gauche, dont les programmes sont presque indifférenciables. Le 25 janvier prochain sera une exception à la règle : tout comme le 17 juin 2012, les électeurs grecs devront trancher entre, d’une part, l’establishment, d’autre part, Syriza.

Rien d’étonnant à ce que ce moment de choix véritable sème la panique dans les rangs de l’establishment. On dépeint une société sombrant dans le chaos, la pauvreté et la violence si le « mauvais » parti l’emportait. La simple possibilité d’une victoire de Syriza fait trembler de peur les marchés du monde entier. C’est sans surprise que la prosopopée idéologique reprend de plus belle : les marchés se mettent de nouveau à parler comme des personnes vivantes, exprimant leur « inquiétude » quant aux conséquences d’une élection qui ne produirait pas un gouvernement avec un mandat populaire résolu à poursuivre le programme d’austérité fiscale.

Petit à petit, un idéal se profile derrière la réaction de l’establishment européen face à la menace d’une victoire de Syriza en Grèce. On trouve la meilleure expression de cet idéal dans le titre d’un article publié par GideonRachman dans Financial Times (19/12/2014) : « Le maillon faible de la zone euro, ce sont ses électeurs » [Europe’sweakestlinkis the voters]. Dans le monde idéal qu’envisage l’establishment, l’Europe se débarrasserait de son « maillon faible » et donnerait aux experts le pouvoir d’imposer directement les mesures économiques nécessaires. Si des élections devaient encore avoir lieu, leur seule fonction serait de confirmer le consensus des experts.

De ce point de vue, les élections grecques auraient tout d’un cauchemar. Alors comment éviter la catastrophe ?

La façon la plus évidente serait de jouer la carte de la peur et de dire aux électeurs grecs: « Vous pensez souffrir maintenant ? Vous n’avez encore rien vu ! Si Syriza prend le pouvoir, vous regretterez la douceur de vivre de ces dernières années ! » On pourrait aussi imaginer que Syriza délaisse le projet européen(ou s'en fasse exclure), avec des conséquences imprévisibles, ou encore qu’on en arrive à un « sale compromis ». Cette dernière possibilité entraînerait une autre peur : non pas celle du comportement « irrationnel » de Syriza après sa victoire, mais, au contraire, la peur que Syriza consente à un compromis « rationnel » qui déçoive les électeurs, avec le mécontentement qui s’ensuivrait, sans que Syriza puisse le canaliser cette fois…

De quelle marge de manœuvre jouirait un éventuel gouvernement Syriza? Pour paraphraser le président Bush, on ne doit surtout pas sous-estimer le pouvoir destructeur du capital international, surtout s’il est conjugué au sabotage d’un État grec bureaucratique, corrompu et clientéliste. Dans de telles conditions, un nouveau gouvernement peut-il parvenir à imposer des changements radicaux ?

Le piège qui se tend ici se perçoit assez clairement dans Le Capital au XXIe siècle de Thomas Piketty. Ce dernier explique qu’il faut accepterle capitalisme comme le seul système valable ; ainsi, la seule solution envisageable serait de permettre à l’appareil capitaliste de fonctionner dans sa sphère propre, tandis que la justice égalitaire serait assurée politiquement par un pouvoir démocratiquequi réglementerait le système économique et se chargerait de la redistribution des richesses.

Une telle solution est utopique au sens le plus strict du terme. Piketty sait bien que le modèle qu’il propose nepourrait marcher que s’il était appliqué au niveau international, au-delà des limites des États-nations (sinon le capital n’aurait qu’à se réfugier dans les États où les impôts sont moins élevés). Une telle mesure internationale présuppose l’existence d’un pouvoir supranational doté de la puissance et de l’autorité d’en faire respecter les termes. Or, un tel pouvoir est inimaginable dans les limites du capitalisme mondial contemporain et des mécanismes politiques que celui-ci implique. En un mot, si un tel pouvoir existait, le problème des injustices du capitalisme aurait déjà été résolu.

La seule issue de ce cercle vicieux est de trancher le nœud gordien et d’agir. Il n’existe jamais de conditions parfaites pour l’action : chaque acte survient par définition trop tôt ; il faut bien commencer quelque part, avec une intervention particulière. Il faut juste tenir compte des complications ultérieures auxquelles tel ou tel acte va conduire. Ainsi, c’est parfaitement utopique d’imaginer qu’on puisse maintenir le capitalisme mondial tel qu’on le connaît aujourd’hui, avec le même fonctionnement, et qu’on puisse simplement y ajouter le taux d’imposition plus élevé que propose Piketty.

Quid de la dette pharaonique ?

La politique européenne vis-à-vis des pays très endettés comme la Grèce peut se résumer ainsi : « prolonger et faire semblant » (prolonger les échéances de remboursement et faire semblant que toutes les dettes finiront par être remboursées). Pourquoi l’illusion du remboursement est-elle si tenace ? Ce n’est pas seulement parce qu’elle rend le prolongement des échéances plus acceptable pour les électeurs allemands.Ce n’est pas non plus seulement parce que l’annulation de la dette grecque conduirait vraisemblablement d’autres pays, comme le Portugal, l’Irlande ou l’Espagne, à faire la même demande. 

Non. C’est avant tout parce que ceux au pouvoir ne tiennent pas à ceque la dette soit intégralement remboursée. Les créditeurs et les gérants de la dette accusent les pays endettés de ne pas se sentir suffisamment coupables ; on les accuse même de se sentir innocents. Cette pression correspond parfaitement au Surmoi de la psychanalyse. Comme Freud l’avait très bien vu, le paradoxe du Surmoi est que, plus on obéit à ses exigences, plus on culpabilise. Imaginez un enseignant vicieux qui donne des tâches impossibles à ses élèves et qui se moque sadiquement d’eux lorsqu’ils sont saisi d’angoisse et de panique. Le vrai but du prêt d’argent n’est pas son remboursement avec un profit ; c’estle prolongement indéfini de la dette afin de maintenir le débiteur dans un état perpétuel de dépendance et de subordination.

Il y a une dizaine d’années, l’Argentine a décidé de rembourser sa dette au FMI avant l’échéance (avec l’aide financière du Venezuela). Le FMI eut une réaction pour le moins surprenante : au lieu d’être satisfait de voir son argent lui revenir, le FMI (ou, plutôt, ses hauts responsables) s’est inquiété que l’Argentine profite de sa nouvelle liberté et de son indépendance financière vis-à-vis des institutions financières internationales pour abandonner l’austérité fiscale et pour faire des dépenses irresponsables…

La dette sert à contrôler et à réguler le débiteur ; comme telle, elle s’efforce de se reproduire sur une échelle progressive.Ainsi, la seule véritable solution est claire : puisque chacun sait que la Grèce ne remboursera jamais sa dette, il faudra trouver le courage de l’annuler. Les conséquences économiques en seraient tout à fait gérables ; il faut juste de la volonté politique.

C’est là notre seul espoir de briser le cercle vicieux entre la technocratie néolibérale de Bruxelles et les gesticulations anti-immigré. Si nous n’agissons pas, d’autres, comme l’Aube dorée ou l’UKIP, le feront à notre place.

Dans ses Notes Towards a Definition of Culture[Notes pour une définition de la culture, NDT], le grand conservateur T.S. Eliot fait remarquer qu’il y a des moments où le seul choix possible est celui entre l’hérésie et l’incroyance ; autrement dit, parfois la seule manière de faire vivre une religion est de rompre avec l’orthodoxie moribonde. Tel est notre positionnementactuel vis-à-vis de l’Europe : seule une nouvelle « hérésie » (représentée actuellement par Syriza) peut sauver ce qui mérite d’être sauvé de l’héritage européen : la démocratie, la confiance en le peuple, la solidarité égalitaire…

Si Syriza perd l’élection, l’Europe qui triomphera sera l' « Europe des valeurs asiatiques ». Cela n’a évidemment rien à voir avec l’Asie : il s’agit de la tendance claire et nette du capitalisme contemporain à suspendre la démocratie. L’héritage le plus précieux de l’Europe sera alors pris en otage.

 

http://www.humanite.fr/slavoj-zizek-le-25-janvier-2015-nous-sommes-tous-grecs-563012

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23 janvier 2015 5 23 /01 /janvier /2015 23:40

Une gauche de transformation face au trop-plein d’austérité

Photo : Louisa Gouliamaki/AFP
« L’espoir vient ». Une affiche de Syriza dans le centre-ville d’Athènes.
Photo : Louisa Gouliamaki/AFP
La coupe de l’austérité est pleine. La résistance s’est organisée dans la rue cet automne : grèves générales en Italie, en Grèce, en Belgique. 
Elle pourrait aussi s’exprimer dans les urnes en Grèce, en Espagne, en Irlande, pays où la gauche anti-austérité est en progression.

Cette année 2015 est une année électorale. Particulièrement pour ceux qui souhaitent ouvrir une brèche dans les politiques d’austérité. Sans la sanglante attaque contre Charlie Hebdo mercredi 7 puis les assassinats porte de Vincennes par des djihadistes, les yeux des Européens seraient tous aujourd’hui tournés vers Athènes. Le 25 janvier, les Grecs sont appelés à voter pour tourner la page des années des premiers ministres Georges Papandréou et Antonis Samaras. Pour battre en brèche l’austérité, une force politique est en passe de se hisser comme vainqueur des élections, la Coalition de la gauche radicale (Syriza). Les sondages lui accordent, c’est selon, entre 28 et 35 % des suffrages, de deux à cinq points devant Nouvelle Démocratie, le parti de droite de Samaras.

Le pays a été secoué par les politiques d’austérité. Il a perdu 25 % de son PIB depuis 2009. Le taux de chômage dépasse 20 %. Le taux réservé aux jeunes pousse une partie d’entre eux à partir. Et c’est sans compter la mise sous tutelle du pays. Le Parlement est devenu une chambre d’enregistrement : certaines lois voulues par la troïka (Commission européenne, Fonds monétaire international, Banque centrale européenne) sont composées d’un seul article s’étalant sur une dizaine de pages pour éviter les amendements…

La progression de Syriza
n’est pas due au hasard

Le pays aspire à recouvrer sa souveraineté. Antonis Samaras lui-même a tenté de jouer cette carte, en réclamant de ses créanciers, à la fin de l’année, la possibilité de ne plus être sous tutelle. Échec : ses partenaires européens n’ont pas voulu lâcher la bride. La progression de Syriza, dont les composantes étaient peu influentes avant 2012, n’est pas due au hasard. Elle fait suite à une formidable mobilisation populaire. On ne compte plus les grèves générales, les mobilisations sectorielles. La place Syntagma, face au Parlement, a été le théâtre de manifestations citoyennes d’ampleur dans le sillage du mouvement espagnol des Indignés. De plus, au niveau local, une vie associative se reconstruit, faite de solidarités concrètes, de la soupe populaire à l’échange de services.

C’est la première fois depuis que le communiste Dimitris Christofias a été président de la République chypriote, entre 2008 et 2013, qu’un parti de la gauche de transformation est en capacité de remporter une élection nationale et de former un gouvernement. Tout n’est pas joué : le parti arrivé en tête obtient 50 sièges de prime au vainqueur, les 250 autres sièges de la Vouli se répartissant à la proportionnelle. S’il ne parvient pas à obtenir à lui seul la majorité absolue, Syriza devra trouver des alliés, Dimar (centre gauche) ou même les souverainistes Grecs indépendants.

De plus, un gouvernement grec anti-austérité risque de rencontrer l’hostilité de ses partenaires européens, qui craignent une annulation de la dette et la fin des réformes structurelles. Mais la donne a changé : certains commentateurs, jusqu’au très autorisé New York Times, soulignent qu’une victoire de Syriza pourrait être bénéfique, car elle favoriserait les politiques de croissance – et non plus seulement d’austérité en Europe. Il reste qu’un gouvernement Syriza aura besoin de soutiens. « Le 25 janvier, Syriza remportera une grande victoire », a souligné la vice-présidente du Parti de la gauche européenne (PGE), Maïté Mola, à l’occasion d’un rassemblement de Die Linke devant le monument dédié aux révolutionnaires allemands Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg. « Ce sera notre victoire à nous tous, parce que nous avons montré, en quelques mois, que d’autres politiques sont possibles et des changements se répandront comme un feu de forêt pour rejoindre l’Espagne, le Portugal, l’Italie, etc. », a analysé la dirigeante communiste espagnole. « Le jour après la victoire de Syriza emmené par Tsipras, nous aurons à occuper les rues pour soutenir le peuple grec », a poursuivi Maïté Mola.

Sur la question de la dette, 
Syriza aura besoin de solidarité

En effet, des négociations devraient s’engager entre Athènes et ses créditeurs sur l’épineuse question de la dette. Syriza pourrait avoir des alliés européens plus puissants qu’il y a quelques années. En effet, la coupe de l’austérité est pleine. Et les forces de la gauche de transformation sociale ont le vent en poupe dans plusieurs pays. En Espagne, alors que des élections législatives doivent se tenir avant la fin de l’année, le groupement Podemos, au programme flou mais issu du mouvement des Indignés, caracole dans les sondages, faisant jeu égal avec le Parti populaire (PP, droite) du premier ministre, avec 26 % des intentions de vote. Là aussi, les grèves générales ont été puissantes ces dernières années. Et le mouvement des Indignés de la Puerta del Sol à Madrid a fait tache d’huile dans toutes les villes du pays en 2011. L’Espagne a été saignée, comme la Grèce, par les politiques d’austérité : réforme du marché du travail, diminution des dépenses publiques. Le taux de pauvreté atteint maintenant 28 %. Quant au taux de chômage, il s’établit à 23,7 % de la population active. Chez les moins de 25 ans, il s’élève à 53,5 %. Cela n’a pas empêché la dette publique de bondir, sous l’effet de la crise bancaire, de 35,5 % en 2007 – le royaume était alors l’un des meilleurs élèves du pacte de stabilité – à 96,4 % en juin 2014.

En plus de ces politiques d’austérité, le mouvement Podemos se nourrit de la faible probité des partis politiques traditionnels : les affaires judiciaires s’étalent chaque jour à la une des quotidiens. Outre Podemos, qui organise le 31 janvier une marche à Madrid, la gauche de transformation sociale est aussi représentée en Espagne par la coalition écolo-communiste Izquierda Unida, qui dispose de relais dans les administrations locales.

Il est un troisième pays où la gauche anti-austérité a le vent en poupe : l’Irlande, où Sinn Féin poursuit son ascension, crédité de 22 % des voix, ce qui le place en tête, au détriment des partis établis. Fianna Fail, Fine Gail, Labour n’obtiendraient plus que moins de la moitié des voix, quand, en 2011, ils recueillaient encore 73,1 % des suffrages. L’Irlande a été contrainte de souscrire au plan de sauvetage européen pour sauver ses banques au début de la crise financière. Les partis installés subissent également nombre de dissidences après avoir appliqué avec zèle les politiques d’austérité de la troïka, d’où l’ascension des candidats indépendants qui risquent de rendre difficilement gouvernable le Parlement qui sera issu des prochaines élections, qui se tiendront au plus tard en mars 2016, mais pourraient bien être anticipées.

Preuve de la difficulté d’imposer les politiques d’austérité en Irlande, un puissant mouvement citoyen s’est formé sur la question du rejet de la taxe sur l’eau : certains refusent tout simplement de la payer. Le 1er novembre, les manifestations sur ce sujet ont rassemblé plus de 100 000 personnes, un chiffre inouï dans ce pays. Outre ces trois pays où les forces de la gauche de transformation enregistrent des résultats supérieurs à 20 % des intentions de vote, on voit l’implantation de forces antilibérales ailleurs. En Belgique, les élections de mai 2014 ont permis l’entrée de communistes, membre du Parti des travailleurs belges (PTB) au Parlement. En Allemagne, c’est une première, depuis la fin de l’année dernière, le Land de Thuringe est dirigé par un syndicaliste membre de Die Linke, Bodo Ramelow.

Mobilisation sociale

Outre les progressions électorales, on a noté, 
à la fin de l’année 2014, une combativité forte 
des salariés. La Grèce (27 novembre), l’Italie (12 décembre) et la Belgique (15 décembre) ont connu des grèves générales contre les projets de budgets et de réformes structurelles. En Allemagne, chez Amazon ou chez Lufthansa, les salariés ont demandé l’augmentation de leur rémunération. Les fonctionnaires se sont particulièrement mobilisés au Portugal et au Royaume-Uni en octobre.

 

http://www.humanite.fr/une-gauche-de-transformation-face-au-trop-plein-dausterite-562855

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23 janvier 2015 5 23 /01 /janvier /2015 23:38

Les Grecs de France se cotisent pour pouvoir voter

Photo : Alkis Konstantinidis/Reuters
Place du parlement grec à Athènes.
Photo : Alkis Konstantinidis/Reuters
L’association Grèce-France Résistance a lancé une souscription pour permettre aux électeurs 
de retourner au pays voter. Un meeting de Syriza sera organisé la semaine prochaine.

Avec la crise, la Grèce, c’est aussi un petit peu la France. Immigration oblige. C’est qu’avec un taux de chômage qui dépasse 25% de la population active et 50% pour les jeunes, ces derniers prennent leur valise. C’est une double peine. Ils ne peuvent rester au pays. Et on leur met des bâtons dans les roues pour s’exprimer. Ces citoyens ne pourront pas voter par 
correspondance ou dans les consulats. Ce n’est pas prévu par la loi électorale. Il faut un billet retour pour pouvoir exercer son droit de vote. Le soutien s’organise. L’association Grèce-France Résistance organise « des billets groupés » pour faire baisser les prix, nous confie Vangelis Goulas, dirigeant de Syriza-France. En outre, une collecte de fonds a été lancée, afin de financer le retour de ceux qui n’ont pas de quoi payer un voyage vers la Grèce (1). Ce type d’initiatives existe dans d’autres pays où l’on trouve une diaspora grecque. C’est à Londres que le mouvement a été lancé, avec un appel de fonds : « Donnez nous une chance de rentrer en Grèce et de voter pour la démocratie ». « Le profil des Grecs vivant en France a beaucoup changé avec la France. Le profil de l’intellectuel ou de l’artiste est devenu un mythe. On a affaire à des ouvriers, à des jeunes... », note Vangelis Goulas, qui précise qu’« après un ou deux mois, certains s’en retournent en Grèce, faute d’avoir trouvé du travail ». Une partie des exilés en France est donc mobilisée. « Parce que c’est notre pays », précise le dirigeant. Mais aussi « parce que la victoire de Syriza représenterait aussi quelque chose pour l’Europe toute entière », avance-t-il, avant d’énumérer les autres pays touchés par la crise : « l’Italie, l’Espagne, le Portugal.» Les Français sont les bienvenus pour participer à cet élan. Un meeting devrait être organisé le 15 janvier à Paris, avec la participation de forces politiques françaises, mais aussi d’organisations et d’associations antilibérales.

Chèque à adresser à l’Association Grèce-France Résistance, 11, rue Charles-Péguy, 93260 Les Lilas. Ordre : 
Grèce-France Résistance.
http://www.humanite.fr/les-grecs-de-france-se-cotisent-pour-pouvoir-voter-562066
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