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23 janvier 2015 5 23 /01 /janvier /2015 23:19

Grèce : Rarement scrutin national aura eu un enjeu aussi continental

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Alors que le ton monte à Bruxelles, Berlin ou Paris pour dissuader les Grecs de porter leur choix sur Syriza, le parti de la gauche radicale est donné majoritaire par les sondages à près de 30 %. Ici, leur leader Alexis Tsipras, lors de la marche contre l’austérité avec Pierre Laurent et Jean-Luc Mélenchon, à Paris, le 12 avril.
Photo Pierre Pytkowicz
La victoire de Syriza aux législatives anticipées du 25 janvier pourrait être l’amorce d’un tournant, 
dont le besoin se fait de plus en plus sentir dans une Europe minée par les ravages de la doxa austéritaire. Pour les progressistes européens, la campagne va donc déborder largement du cadre grec.

Les électeurs grecs sont l’objet de toutes les sollicitudes européennes. La pression monte alors que la courte campagne des élections anticipées du 25 janvier n’est pas même encore vraiment lancée dans le pays. Alors que le ton monte à Bruxelles, Berlin ou Paris pour dissuader les Grecs de porter leur choix sur Syriza, le parti de la gauche radicale est donné majoritaire par les sondages à près de 30 % des suffrages et avec 3 points d’avance sur la Nouvelle Démocratie (ND), la formation de droite du premier ministre sortant, Antonis Samaras. Après le FMI, qui a suspendu aussitôt lundi ses versements à la Grèce en... attendant le résultat du scrutin, l’un des principaux mercenaires des marchés financiers, l’agence de notation Fitch, sonnait hier le tocsin, affirmant : « Le risque d’une dégradation de la solvabilité de la Grèce a augmenté. » Quant à Antonis Samaras, il affirmait que l’enjeu du scrutin était ni plus ni moins « le maintien du pays dans l’Europe » et confirmait ainsi qu’il ferait de la peur du chaos son principal, sinon son seul argument électoral, compte tenu du désastreux bilan de son gouvernement de grande coalition avec les socialistes du Pasok. Ce tintamarre polyglotte souligne combien ce qui va se jouer en Grèce dépasse les frontières du pays. Rarement 
une élection nationale aura eu un enjeu aussi continental. Les gardiens du modèle ordo-libéral l’ont bien compris. Tel le ministre des 
Finances allemand, Wolfgang Schäuble, qui s’en va répétant depuis deux jours que les réformes austéritaires supportées par les Grecs sont « sans aucune alternative ». Mais leur insupportable immixtion dans le débat électoral trahit aussi une fébrilité toute défensive, alimentée par l’absence de résultats notoires des purges recommandées depuis trois ans, de sommet en sommet, à la Grèce, puis à l’ensemble des pays de la zone euro, France comprise. Toute une politique européenne ne risque-t-elle pas d’être disqualifiée démocratiquement sous les applaudissements d’une bonne partie de ces Européens qui n’en peuvent plus de l’austérité ? Et en tout cas pour tous ceux qui combattent la précarité, les bas salaires, les coupes dans les dépenses publiques et sociales ? Du même coup, l’espoir d’une alternative radicale- pourrait se renforcer, posant le besoin, comme jamais, d’une refondation de la construction européenne.« Une victoire de Syriza », relève Pierre Laurent, secrétaire national du PCF et président du Parti de la gauche européenne, « serait la première pierre d’une solution commune et de progrès pour les Européens qui souffrent ». Des forces considérables peuvent être mises en marche pour faire valoir une telle issue et exiger l’amorce d’un véritable tournant en Europe. Dénonçant « le chantage exercé par la finance et ses serviteurs politiques » sur les électeurs grecs, l’association Attac pointait, hier, combien les mobilisations sociales qui se développent en Belgique, en Italie, en Espagne, au Portugal, en Slovénie et ailleurs « montrent que le peuple grec n’est pas seul en Europe à vouloir prendre un autre chemin ». Y compris outre-Rhin, le « modèle allemand » de précarisation et de modération salariale, si souvent présenté en référence « incontournable » pour les États membres, est extrêmement impopulaire, et combattu de plus en plus ouvertement par les syndicats alors que devrait se confirmer au dernier trimestre la stagnation de la première économie de la zone euro.

Les pressions de la Banque centrale européenne

Le besoin d’amorcer un tournant radical émerge de manière d’autant plus forte que grandit la menace de déflation (baisse des prix et des salaires), pur dérivé des politiques austéritaires. Le calendrier électoral grec va venir ainsi percuter celui de la Banque centrale européenne (BCE). Au menu de la réunion du 22 janvier de l’institut d’émission : de nouvelles mesures « non conventionnelles » pour tenter de relancer l’activité, en panne. Mario Draghi, son président, ne fait plus mystère des préparatifs engagés dans ce sens. Tant l’urgence est manifeste. Le crédit a reculé de 0,9 % le mois dernier, faisait savoir hier la BCE, après une contraction de 1,1 % le mois précédent. La BCE pourrait, après avoir abaissé ses taux d’intérêt à 0,05 %, envisager des achats massifs d’emprunts d’État, comme le fait de longue date la réserve fédérale, la banque centrale états-unienne. Cette rupture annoncée de l’institut de Francfort avec l’orthodoxie monétariste vient illustrer la pertinence des propositions alternatives développées par de nombreuses forces progressistes européennes, et en France, de longue date, par le PCF et le Front de gauche. Il s’agirait de mobiliser la politique monétaire non plus au service des marchés financiers mais de l’emploi, de la formation ou de l’investissement dans des services publics. Qu’ils soient « anciens », quand ils sont exsangues comme aujourd’hui, ou nouveaux, pour faire face, par exemple, aux immenses défis environementaux. Pour éviter que ce crédit gratuit ne soit détourné par la spéculation, des politiques sélectives vers des investissements publiquement et socialement utiles seront décisives. De quoi alimenter des luttes et aussi... une solidarité européenne concrète avec un gouvernement anti-austéritaire grec. Quand Syriza prévoit, entre autres, dans son programme de « créer 300 000 emplois dans le secteur public, privé et dans l’économie solidaire » ou entend assurer « électricité, nourriture et soins gratuits pour les plus pauvres ».

Le fn tente de se faire voir grâce aux grecs  Le Front national est définitivement passé maître dans l’art de l’imposture. Lundi, après le vote des députés grecs, le parti d’extrême droite s’est « réjoui » de l’ « heureux vent de démocratie » soufflant sur la Grèce et de la « victoire du peuple ». Non pas que la perspective d’un succès de Syriza enchante Marine Le Pen mais, comme à son habitude, la présidente 
du FN joue l’échec des partis démocratiques et l’amplification de la crise afin de récupérer la mise. Ainsi entend-elle se faire 
le chantre de la lutte contre l’austérité. Une posture savoureuse lorsque 
la même Marine Le Pen assurait en 2012 que 
 « la France n’en (finissait) plus de se ruiner pour l’euro et la Grèce » ! 
La solidarité tient parfois 
à peu de chose et l’internationalisme ne se décrète pas sur un retournement de veste.

 

http://www.humanite.fr/grece-rarement-scrutin-national-aura-eu-un-enjeu-aussi-continental-561513

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23 janvier 2015 5 23 /01 /janvier /2015 23:16

« Répondre à la situation humanitaire désastreuse qui règne en Grèce »

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Javier Colmenero
Perspectives Une arrivée de Syriza au pouvoir en Grèce pourrait être le point de départ d’une nouvelle orientation politique européenne. Anastasia Theodorakopoulou nous explique quelles seront les grandes lignes de ce changement souhaitable.

Comment votre parti va-t-il mener campagne face aux attaques de la droite et des sociaux-libéraux, et quels partenaires comptez-vous rallier à votre cause ?

Anastasia Theodorakopoulou Concernant nos alliés éventuels, Alexis Tsipras a été très clair quelques heures après l’annonce des législatives anticipées : notre parti est prêt à recevoir toutes les formations qui se reconnaissent dans notre programme, c’est-à-dire tous les partis qui ont lutté contre les politiques d’austérité menées par ce gouvernement aux ordres de la troïka (Commission européenne, BCE, FMI). Quant à notre stratégie, deux ans ont passé depuis les législatives de 2012, et nous avons appris à nous défendre. Ce ne sera pas facile pour la droite et le Pasok de nous diaboliser comme par le passé. Les médias devront également faire avec nous. Et nous ne manquerons pas de rappeler sans cesse le bilan de nos adversaires. Actuellement, la coalition mène déjà bataille sur notre programme, et notamment sur le coût de notre politique.

Quelles sont justement les grandes lignes du programme de Syriza ?

Anastasia Theodorakopoulou Dans un premier temps, il faut répondre à l’urgence de la situation sociale et humanitaire désastreuse qui règne dans le pays. Nous allons débloquer 2 milliards d’euros (sur les 12 ou 13 milliards d’euros prévus), pour aider les foyers en difficulté. L’État subventionnera l’électricité, l’aide alimentaire, il y aura des allégements fiscaux, des aides pour les retraités et les chômeurs. Dans un deuxième temps, il y a la renégociation de la dette (300 milliards d’euros, soit 175 % du PIB du pays avec des intérêts équivalents à 5 % du PIB, soit 10 milliards d’euros par an au titre du remboursement principal de la dette). Comme l’a déjà dit Alexis Tsipras, la majeure partie de la dette grecque, c’est-à-dire la dette non légitime, devra donc être annulée. Nous ferons aussi annuler l’ensemble des lois qui se sont attaquées au droit du travail et autres accords collectifs. Dans le secteur privé, nous augmenterons le salaire minimum pour le remettre au niveau d’avant 2008. Pour que nos dépenses et nos recettes soient à l’équilibre, nous misons aussi sur une réforme fiscale importante, avec notamment la mise en place d’une lutte efficace contre l’évasion fiscale qui devrait nous rapporter trois milliards d’euros par an. Enfin, nous voulons que les biens communs comme les services publics et l’énergie restent dans les mains du peuple grec. Nous sommes contre toute privatisation du secteur de l’énergie et de l’eau.

Que répondez-vous aux Cassandre qui prédisent qu’une fois au pouvoir vous ferez sortir la Grèce de la zone euro ?

Anastasia Theodorakopoulou Syriza n’a jamais dit que la Grèce devait sortir de la zone euro. Ce sont les sociaux-démocrates et les conservateurs de Grèce et d’Europe qui font courir cette rumeur. Nous sommes membres de l’Union européenne et nous comptons y rester. En revanche, nous critiquons la manière dont se construit cette zone euro, notamment le rôle de la BCE dans cette construction. Pour ce faire, nous misons sur la création d’un front social fort dans notre pays pour appuyer notre programme… dans notre pays, et ailleurs en Europe. Car il ne faut pas s’y tromper, le problème de la Grèce, c’est le problème de toute l’Europe. La souffrance du peuple grec attend tous les autres peuples d’Europe si les politiques d’austérité continuent d’être menées de la sorte. Une victoire de Syriza pourrait sonner en revanche le début d’une nouvelle aventure européenne.

Anastasia Theodorakopoulou Membre exécutif 
de Syriza et du PGE

 

http://www.humanite.fr/repondre-la-situation-humanitaire-desastreuse-qui-regne-en-grece-561514

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23 janvier 2015 5 23 /01 /janvier /2015 23:15

Résistance grecque

L'éditorial de Jean-Emmanuel Ducoin Curieux, comme les moments cruciaux de nos démocraties suscitent des interprétations antinomiques.

Curieux, comme les moments cruciaux de nos démocraties suscitent des interprétations antinomiques. Ce qui se passe en Grèce – pays d’expérimentations devenu champ de ruines – l’illustre de manière assez magistrale. D’ici un mois, donc, des élections législatives s’y dérouleront. Cette perspective d’un nouveau vote populaire a le don de mettre sens dessus dessous l’Europe des puissants, ces derniers n’ayant pas de mots assez durs devant ce qui pourrait ­advenir, à savoir une victoire de la coalition anti-austérité, Syriza, que tous les sondages, pour l’instant, prédisent. Comme ils sont nombreux, les exécuteurs d’infamies. Comme ils se ressemblent et s’assemblent dans leurs désirs morbides. La raison de leur haine déchaînée ? Selon le Figaro, « Bruxelles et Berlin observent avec attention », car, voyez-vous, « l’arrivée de la gauche radicale au pouvoir » risquerait « de compromettre les réformes en cours ». Le journal de Dassault ne cache pourtant pas la vérité. « Les Grecs ont accepté des sacrifices dont peu d’Européens mesurent la brutalité », si bien que « la troïka des “sauveurs”, Commission, BCE, FMI, a réussi à se rendre aussi populaire que les cavaliers de l’Apocalypse ». Bien vu. À un détail près : l’arrivée au pouvoir d’Alexis Tsipras, le leader de Syriza, qui incarne la résistance démocratique, serait une bonne nouvelle et pourquoi pas un moment crucial de notre histoire, que tous les Européens asphyxiés, tétanisés ou révoltés par les politiques d’austérité devraient saisir telle une chance ! En Grèce comme ailleurs, entre les lignes et les fractures, des poings se serrent, mûris par l’humiliation, l’injustice et la colère sociale. Toutes les forces austéritaires liguées vont se déchaîner pour bloquer le processus démocratique et empêcher que des alternatives crédibles, celles qui les effraient tant, voient concrètement le jour. De la Commission aux marchés, en passant par Merkel et Hollande lui-même, les pressions ne manqueront pas, leur rage sera sans merci. Les Grecs, dont près d’un tiers sont au chômage, détiennent entre leurs mains une partie de notre avenir – pas la moins importante au regard de l’histoire à laquelle ils ont tant donné, et tant sacrifié dans la dernière période.

 

http://www.humanite.fr/resistance-grecque-561418

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23 janvier 2015 5 23 /01 /janvier /2015 23:14

« La coalition actuelle est en faillite »

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Analyse Pour l’universitaire Stavros Konstantakopoulos, les résultats du vote de ce lundi sont avant tout l’échec total des politiques d’austérité menées par le gouvernement Samaras.

Comment analysez-vous la séquence politique actuelle qui voit la coalition au pouvoir, composée de conservateurs et de sociodémocrates, obligée de convoquer des élections législatives anticipées ?

Stavros Konstantakopoulos Le fait que Stavros Dimas, ancien commissaire européen et candidat naturel du gouvernement à la présidence de la République, n’ait pas recueilli le nombre de voix nécessaires pour être élu est le résultat normal d’une politique inadéquate menée depuis deux ans par Antonis Samaras. En deux ans, la situation économique de la Grèce n’a fait qu’empirer. Le chômage a augmenté, la pauvreté a explosé. La dette même s’est creusée. Il y a aujourd’hui dans notre pays des enfants qui n’ont pas assez à manger. Pendant ces fêtes de fin d’année, les coupures de courant sont de plus en plus fréquentes, les menaces d’expulsion se multiplient. La politique d’austérité menée à marche forcée montre tous les jours son inefficacité. Du coup, les Grecs reprochent profondément à ce gouvernement de ne pas avoir composé avec la réalité en restant cramponné à une politique autoritaire, y compris du point de vue parlementaire. C’est ce qui explique aujourd’hui la défection de partenaires potentiels qui au sein de la Vouli (Parlement grec) n’ont pas voulu donner leurs voix.

Quel scénario prévoyez-vous pour les législatives anticipées du 25 janvier prochain ?

Stavros Konstantakopoulos Une chose est sûre, la coalition actuelle est en faillite. Et si Georges Papandréou réussit à monter son nouveau parti (situé au centre gauche), alors la défaite sera bel et bien consommée. C’est pour cela que Samaras a voulu convoquer au plus vite ces élections, dès le 25 janvier, pour empêcher l’ancien premier ministre de constituer son parti dans les temps.

Syriza a, selon vous, déjà gagné ?

Stavros Konstantakopoulos Oui. Je ne vois pas qui aujourd’hui pourrait empêcher Alexis Tsipras d’accéder au pouvoir. Les Grecs en ont assez et mettent d’ailleurs peut-être trop d’espoir en Alexis Tsipras. Comme si la situation allait s’éclaircir d’un coup de baguette magique. C’est là que se situe le plus grand piège. Tsipras pourra certes imposer de rouvrir le dialogue avec la troïka (Commission européenne, Banque centrale européenne, FMI), notamment pour alléger la dette, mais le plus dur commencera ensuite.

Quelles sont les conditions pour que Syriza, s’il gagne les législatives, puisse gouverner avec un minimum de pouvoir ?

Stavros Konstantakopoulos Tout dépendra d’abord du nombre de partis qui seront représentés. Si Nouvelle Démocratie (droite), de Samaras, le KKE (Parti communiste), la Rivière (centre) et malheureusement aussi Aube dorée (parti néonazi) sont représentés au Parlement, alors Syriza, s’il réussit à rallier pendant la campagne les petits partis, les écologistes et aussi Dimar (qui a quitté Syriza en 2010), pourra peut-être avoisiner les 40 % et donc, grâce au système de bonus, obtenir une majorité solide. Mais, malgré cela, il faudra s’attendre à une résistance farouche de la droite conservatrice et des financiers grecs mais aussi européens. L’autre difficulté pour Syriza sera en effet de trouver des partenaires sur le continent. Or, aujourd’hui, mis à part Podemos en Espagne, les partis progressistes européens sont en difficulté. Reste qu’un échec de Syriza n’est guère souhaitable. Cela permettrait à Aube dorée – pourtant reconnue coupable de meurtres – de s’engouffrer dans la brèche avec, au bout, une politique du pire assurée.

Stavros Konstantakopoulos Politologue 
et sociologue

 

http://www.humanite.fr/la-coalition-actuelle-est-en-faillite-561464

 

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23 janvier 2015 5 23 /01 /janvier /2015 23:13

Grèce : des législatives seront bien convoquées

 

Le Premier ministre Antonis Samaras va devoir convoquer des législatives anticipées.
AFP
C’était prévisible, Stavros Dimas n’a pas recueilli les 180 voix nécessaires à son élection comme président grec. Des législatives vont être convoquées, certainement le 25 janvier, et Syriza caracole en tête des sondages.

Au vu des deux premiers tours, les 17 et 23 décembre, il était quasi-impossible que Dimas réunisse sur son nom les 180 voix nécessaires. Il en avait obtenu 160 au premier tour, et 168 au deuxième après que le Premier ministre Samaras eut promis d'avancer à fin 2015 les législatives programmées pour juin 2016. Dimas n'a à nouveau recueilli que 168 voix ce lundi. Des élections législatives auront bel et bien lieu, sans doute le 25 janvier.

Le parti de gauche anti-austérité Syriza reste en tête des intentions de vote. Autour de 30 %, il devance la coalition gouvernementale de 5 points environ. Dans une interview accordée au quotidien grec Avgi, traduit par le site syriza-fr.org, Alexis Tsipras se dit prêt, avec le soutien du peuple, à reconstruire le pays.  « SYRIZA puise sa force du soutien d’une grande majorité sociale et politique qui lutte pour la dignité et la justice. Sa victoire électorale sera le début d’un grand effort national pour le salut de la société et la reconstruction du pays. Un effort national qui aura cependant un impact international, puisque notre responsabilité nationale est de frayer la voie d’une politique alternative en Europe, en transformant un pays de l’Eurozone en exemple de protection sociale et de croissance. » Pour le président de Syriza,  « le premier pas sera la réalisation du « programme de Thessalonique » pour mettre de la crise humanitaire. Ceci n’est pas négociable. » C’est sur cette base que Tsipras veut rassembler et conquérir la majorité au futur parlement. « Sur la base de ce programme, nous nous efforcerons d’obtenir de larges consensus » explique Tsipras conscient qu’il lui faudra probablement trouver des alliés pour obtenir la majorité, sauf si Syriza dépasse la barre des 35 % aux  législatives.

Comme le dit Tsipras, l’arrivée au pouvoir de Syriza serait un espoir autant qu’un choc dans toute l’Eurozone. Preuve en est, le monde de la finance panique, après avoir chuté de 20 %, la bourse d’Athènes poursuit sa chute à l’annonce des résultats du vote.  C’est que Tsipras entend notamment lancer un moratoire sur les dettes privées aux banques, et annuler de près des deux tiers de la dette publique car illégitime.

L’absurdité de la dette grecque. Lorsque la Troïka a lancé la panique sur la dette souveraine grecque en 2008, celle-ci venait de dépasser le seuil des 200 milliards d’euros. La Commission Européenne et le FMI ont alors imposé au pays des cures d’austérité sur cure d’austérité, ce qui, plutôt que de réduire la dette, la fait exploser : baisse des recettes, hausse vertigineuses des dépenses sociales… Plutôt que de réduire les créances, l’austérité multiplie par 2 la dette en 3 ans.
Cette crise est doublement absurde du fait qu’au total, le FMI a accepté de prêter à la Grèce 240 milliards d’euros à titre d’aide, ce qui aurait été plus que suffisant pour solder l’intégralité de la dette de 2008… Le pays est aujourd’hui plus qu’exsangue, en crise humanitaire, et les grecs sont nombreux à estimer que cette dette, qui a explosée à cause de la Troïka, est illégitime.

 

http://www.humanite.fr/grece-des-legislatives-seront-bien-convoquees-561407

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23 janvier 2015 5 23 /01 /janvier /2015 23:12

Grèce Le candidat à la présidence essuie un nouveau revers au Parlement

Loin des 200 voix requises pour être élu, l’ex-commissaire européen Stavros Dimas, candidat à la présidence, a essuyé un nouveau revers, hier, au Parlement, où seuls 168 députés, sur 300, ont voté pour lui. Mercredi dernier, à l’issue du premier tour, Stavros Dimas avait obtenu 160 votes. La proposition du premier ministre, Antonis Samaras, de repousser les élections législatives à la fin de l’année 2015, au lieu du mois de juin, n’aura pas suffi à décrocher assez de nouveaux soutiens dans les rangs des indépendants. Au troisième tour, prévu le 29 décembre, le candidat de la coalition qui réunit au pouvoir conservateurs et sociaux-démocrates devra recueillir 180 voix pour être élu à ce poste honorifique. Sans consensus au Parlement sur cette candidature, des élections législatives anticipées seraient convoquées dès le mois de janvier. Un scrutin pour lequel la gauche anti-austérité, avec Syriza, reste favorite. R. M.

 

http://www.humanite.fr/grece-le-candidat-la-presidence-essuie-un-nouveau-revers-au-parlement-561208

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23 janvier 2015 5 23 /01 /janvier /2015 23:10

« La Grèce, terrain d’expérimentation pour le capital »

afp
Entretien. Pour Constantin Tsoukalas, sociologue et professeur émérite à l’université d’Athènes, la 
résistance aux politiques d’austérité imposées au peuple grec relève d’un enjeu démocratique.

Athènes (Grèce), envoyée spéciale. 

Quels effets les politiques d’austérité ont-elles produit sur la société grecque ?

Constantin Tsoukalas : La Fédération internationale des droits de l’homme vient de rendre public un rapport qui met en évidence les atteintes aux droits humains et les reculs démocratique résultant de ces politiques. Même dans les beaux quartiers d’Athènes, les familles bourgeoises n’ont plus les moyens de se chauffer en hiver. Toutes les catégories sont touchées par cette dégringolade économique, sociale, morale. Ce n’est pas seulement une question grecque. La Grèce, en réalité, est un terrain d’expérimentation, pour tester jusqu’à quel point les richesses, le capital, peuvent être redistribués au profit des plus riches. Cette expérience se poursuivra ailleurs, la France elle-même n’est pas à l’abri. C’est une expérience globale, et surtout européenne, qui inaugure de nouvelles attaques néolibérales. Nous n’avons pas d’autre choix : il faut résister ! Et résister, c’est rétablir le politique envers et contre tout, instaurer un nouveau rapport de forces. Cela dépasse le seul enjeu politique intérieur grec.

Comment jugez-vous la campagne menée par la Commission européenne contre la gauche, contre Syriza ?

Constantin Tsoukalas : Nous assistons à une attaque féroce, sans précédent, orchestrée par les bien-pensants européens et l’establishment international contre l’éventualité d’une victoire de la gauche. C’est caractéristique de la situation postdémocratique dans laquelle nous nous trouvons. La mondialisation a réduit à néant les marges de manœuvre des instances politiques et c’est le capitalisme global, organisé de façon très opaque, qui impose ses choix.

Comment expliquez-vous la montée en puissance de la gauche anti-austérité en Grèce.

Constantin Tsoukalas : Nous traversons une crise humanitaire. En moins de cinq ans, les ressources de la grande majorité de la population se sont réduites de moitié. Les travailleurs, les retraités, les chômeurs, ceux qui n’ont pas d’armes pour résister ont payé l’addition de cette dévaluation intérieure. Mais il y a des limites objectives à ce que les gens peuvent supporter et accepter. Si la droite reste, l’émergence d’une nouvelle forme d’État autoritaire n’est pas à exclure. C’est pourquoi la résistance doit revêtir des formes démocratiques. Syriza, aujourd’hui, incarne cette résistance.

 

http://www.humanite.fr/la-grece-terrain-dexperimentation-pour-le-capital-561153

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23 janvier 2015 5 23 /01 /janvier /2015 23:09

Grèce : L’irrésistible ascension de la gauche anti-austérité

 

Photo : Aristidis Vafeiadakis/Zuma/Rea
Alors que les sondages prédisent, les uns après les autres, la victoire de Syriza, ministres, éditorialistes et banquiers se relaient sans répit pour promettre aux Grecs la peste de Thèbes si la gauche arrive au pouvoir.
Athènes (Grèce), envoyée spéciale. Seuls les rougeoiements du petit réchaud près duquel elles se blottissent éclairent leurs visages. On leur a coupé jusqu’à la lumière. Les femmes de ménage des institutions publiques, en lutte contre leur licenciement, sont toujours là, sous les fenêtres du ministère de l’Économie et des Finances, dans le bas de la place Syntagma. Elles occupent les lieux depuis 229 jours. La violence inouïe des policiers anti-émeute, qui les ont maintes fois matraquées, n’a pas suffià les chasser ni à les décourager. Au contraire.
Les gardiens d’école, eux aussi menacés d’être jetés à la rue, les ont imitées. Eux aussi ont planté leurs tentes, tout près d’elles. Les passants s’arrêtent, encouragent ces femmes qui luttent, versent quelques euros en soutien. Créée par un graphiste solidaire, leur affiche figure un poing levé revêtu d’un gant de caoutchouc rose.
Cette image est devenue le symbole de la résistance aux diktats de la troïka (Banque centrale européenne, FMI, Commission européenne) qui exigeait d’Athènes, au début de l’année, 11500 licenciements de travailleurs du secteur public en 2014. Ce soir-là, alors que la coalition qui réunit au pouvoir conservateurs et sociaux-démocrates a échoué, au premier tour, à faire élire par les députés son candidat à la présidence, la crise politique occupe toutes leurs discussions. Elles commentent les graves accusations d’un parlementaire affilié aux Grecs indépendants (droite souverainiste) : Pavlos Haïkalis assure qu’un conseiller bancaire a tenté d’acheter sa voix pour plusieurs centaines de milliers d’euros. Toutes veulent voir chuter le gouvernement d’Antonis Samaras.
Toutes aspirent à des élections anticipées, qui seraient convoquées si le Parlement échouait à élire le président. « Ils ne veulent pas laisser la gauche arriver au pouvoir. Il y a beaucoup de manoeuvres, de tractations et de manipulations. Tout peut arriver d’ici au troisième tour, le 29 décembre. Mais nous espérons, malgré tout, que les élections anticipées se tiendront. C’est le seul chemin pour sauver la Grèce », assure Sofia Tsangaropoulo. Cette quadragénaire fait partie des 260 femmes de ménage qui exigent toujours leur reclassement. Depuis bientôt huit mois, elle ne perçoit plus que 70 % de son salaire, soit 500 euros. Trop difficile, avec si peu, de boucler les fins de mois. « Nous essayons de gagner du temps par la lutte, par des actions en justice. Il faut tenir jusqu’aux élections. Le changement politique est notre seul espoir », souffle-t-elle. Le camp des femmes de ménage en lutte est comme un point de ralliement. Mania Papadimitriou s’y arrête chaque fois qu’elle le peut, lorsqu’elle sort du Parlement, tout proche. Cette comédienne, élue députée sous l’étiquette Syriza en 2012, ne dissimule pas sa colère lorsqu’elle évoque le paysage de désastre économique, social et humain laissé par cinq années d’austérité. « J’espère que Syriza arrivera au pouvoir et fera une politique pour le peuple, pas pour les banques. Ceux qui sont au pouvoir ont sauvé les banques et laissé les gens se noyer. Plus personne ne peut supporter cette violence. Il faut dire stop et lancer un message de résistance à tous les peuples d’Europe, pour qu’ils refusent de subir à leur tour le sort infligé au peuple grec », insiste la députée.
Après les deux mémorandums organisant l’ajustement de la Grèce à l’ordre néolibéral le plus brutal, les attentes sociales pesant sur la gauche anti-austérité sont immenses, à la mesure de la crise humanitaire que traverse le pays.
 
DES ATTEINTES SÉRIEUSES AUX DROITS HUMAINS ET AUX LIBERTÉS
 
Le 18 décembre, à Athènes, la Fédération internationale des droits de l’homme et son organisation affiliée, la Ligue hellénique des droits de l’homme (HLHR), ont présenté un rapport édifiant sur les conséquences des politiques d’austérité. « Contrairement aux finances, les droits humains et les libertés fondamentales ne peuvent pas faire l’objet de plans internationaux de renflouement, a expliqué Konstantinos Tsitselikis, président de la HLHR.
Les politiques économiques et fiscales ont ignoré de manière éhontée leurs impacts sociaux dévastateurs et les autorités ont failli à apporter l’assistance sociale requise. En agissant de la sorte, la Grèce a manqué à ses obligations internationales et a bafoué les droits humains fondamentaux de ses citoyens. » Le document met aussi en lumière des reculs démocratiques préoccupants, avec des atteintes sérieuses aux droits et libertés individuelles. Mais que vaut la démocratie, quand la Commission européenne affiche sans complexe ses préférences politiques à la veille d’un scrutin dans un État membre ?
 
UN SONDAGE DE L’INSTITUT RASS POUR LE JOURNAL ELEFTHEROS TYPOS CRÉDITE SYRIZA DE 27,1 % D’INTENTIONS DE VOTE, CONTRE 23,7 % À LA NOUVELLE DÉMOCRATIE DU PREMIER MINISTRE ANTONIS SAMARAS.
Alors que les sondages prédisent, les uns après les autres, la victoire Syriza, ministres, éditorialistes et banquiers se relaient sans répit pour promettre aux Grecs la peste de Thèbes si la gauche arrive au pouvoir. Même le spectre de la guerre civile (1945-1949) est convoqué dans ce théâtre d’ombres.
À Bruxelles, ceux qui étaient prêts, il n’y a pas si longtemps, à mettre Athènes à la porte de la zone euro accusent aujourd’hui la gauche grecque de vouloir jouer la carte du « Grexit ». « La stratégie de la terreur et du chantage est la seule disponible, puisque l’austérité est perçue comme un échec économique par la majorité de la population. Mais cette menace de déstabilisation est surtout source d’énormes profits pour ceux qui spéculent sur la dette grecque », remarque Dimitris Seremetis, professeur d’économie à l’université de la mer Egée.
Le programme économique de Syriza, d’inspiration plutôt keynésienne, n’a pourtant rien du dangereux virage extrémiste décrit par le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. Le parti d’Alexis Tsipras refuse la perspective d’un nouveau mémorandum et prône une renégociation de la dette. Objectif: dégager les ressources indispensables pour faire face à l’urgence humanitaire et financer un plan de relance. « Syriza est déterminée à s’appuyer sur la mobilisation du peuple grec pour imposer cette renégociation.Par ailleurs, la Grèce reste une menace pour la zone euro. Il n’y a pas de cordon sanitaire. Personne n’a intérêt à une déstabilisation qui pourrait déclencher un effet domino », résume Maria Karamessini, directrice du département de politique sociale à l’université Panteion d’Athènes. Alexis Tsipras, lui, répète qu’une réponse « concertée » est préférable à des « décisions unilatérales », auxquelles il n’exclut pourtant pas de recourir si on l’y « contraint ». Cette posture, entre pragmatisme et fermeté, séduit, selon les enquêtes d’opinion, près d’un tiers de l’électorat. En 2012, déjà, la formation de gauche avait recueilli 27 % des suffrages aux élections législatives, mais s’était placée en seconde position, derrière la Nouvelle Démocratie, d’Antonis Samaras. Ce dernier paie aujourd’hui le prix de son dévouement à la troïka. Mais l’addition la plus salée revient aux sociaux-démocrates du Pasok, partie prenante de la coalition au pouvoir. Avec moins de 5% des intentions de vote, ils subiraient une sanction plus sévère encore que celles des élections locales et européennes du printemps dernier. Pour contenir l’hémorragie et empêcher la base électorale social-démocrate de se rallier à Syriza, l’ancien premier ministre Georges Papandréou vient d’annoncer la création d’un nouveau parti, sur les ruines du vieux Pasok. Faute d’alliés à gauche, les communistes du KKE refusant de participer à une éventuelle coalition, Syriza espère, de son côté, conquérir une « autonomie politique » qui lui laisserait les mains libres au Parlement. « Avec une extrême droite toujours en embuscade, Syriza n’a pas le choix. La gauche est condamnée à réussir et à surmonter tous les obstacles qui se dresseront devant elle, estime Babis Kovanis, journaliste à l’hebdomadaire Epohi. En cas de victoire, le plus dur commencera après les élections. Le vrai danger, c’est qu’un gouvernement de gauche soit empêché de gouverner. » En Grèce, la confrontation politique se jouera autant sur le terrain social que sur le plan démocratique.
 
LES EX-SALARIÉS DE L’ERT LUTTENT TOUJOURS
 
L’écran noir était devenu, bien au-delà des frontières de la Grèce, un symbole de la brutalité des mesures d’austérité dictées par la troïka et appliquées avec zèle par le gouvernement de coalition dirigé par le conservateur Antonis Samaras. La fermeture sans préavis de la radiotélévision publique ERT, le 11 juin 2013, a entraîné la mise à la porte de près de 2700 employés, dont 677 journalistes, licenciements jugés « non valides » en première instance par la justice. Depuis, la chaîne Nerit, créée pour remplacer l’ERT, n’a pas tenu les promesses d’indépendance éditoriale. Les accusations de népotisme et de gaspillage dont le gouvernement Samaras accablait l’ERT n’épargnent pas la Nerit, qui connaît un naufrage en termes d’audience. Les anciens de l’ERT opposés au « coup d’État de l’écran noir », eux, continuent de produire, bénévolement, des programmes radiophoniques et télévisés diffusés sur le Web. « La carte Nerit jouée par le gouvernement s’est déjà effondrée. Pour faire cesser cette situation humiliante, tant pour la radiotélévision publique que pour le pays, il existe une solution : rouvrir l’ERT maintenant ! » estime Nikos Michalitsis dans l’hebdomadaire Epohi. La réouverture de la radiotélévision publique figure parmi les promesses de Syriza. Les salariés de l’ERT, eux, promettent déjà de nouvelles actions durant la campagne électorale.
http://www.humanite.fr/grece-lirresistible-ascension-de-la-gauche-anti-austerite-561166
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23 janvier 2015 5 23 /01 /janvier /2015 23:07

Grèce. Quand Juncker vote à la place du peuple !

 

Jean-Claude Juncker et Antonis Samaras (à droite), le premier ministre, veulent continuer de pressurer le peuple grec.
Dans l'Humanité Dimanche : Pour contrer le parti de gauche radicale Syriza, le gouvernement avec l'appui des grands médias, promet le chaos tandis que Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, déclare son attachement aux « visages familiers » des partis du naufrage grec : nouvelle Démocratie (droite) et le pasok (parti socialiste).
http://www.humanite.fr/grece-quand-juncker-vote-la-place-du-peuple-560849
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23 janvier 2015 5 23 /01 /janvier /2015 23:06

Grèce : Victoire démocratique face à la propagande anti-Syriza

 

Photo : Louisa Gouliamaki/AFP
L'élection du candidat choisi par le Premier ministre grec, Antonis Samaras, paraît compromise malgré ses efforts pour recruter des alliés de tout bord.
Photo : Louisa Gouliamaki/AFP
Par Vangelis Goulas (coordinateur de la Section Syriza-Paris) et Vassiliki Papadaki. "Conscient du danger d'un échec au premier tour de l'élection présidentielle, et craignant surtout le verdict populaire sur sa politique d'austérité dictée par la « troïka », le gouvernement grec a eu la mauvaise idée d'utiliser pour protéger son avenir politique l'arme de la peur."

Mercredi 17 décembre s'est tenu au Parlement grec le premier tour de l'élection présidentielle. Une élection dont l'issue, malgré le rôle purement honorifique attribué par la constitution grecque au Président de la démocratie, peut déterminer l'avenir politique grec et provoquer un changement du rapport de forces au sein de l'Europe. Car l'enjeu de cette élection a changé de nature pour deux raisons: par l'usage, d'abord, qu'a voulu en faire le premier ministre grec, Antonis Samaras, en l'utilisant comme une arme pour extorquer le vote d'une nouvelle série de mesures d'austérité, mais aussi par la maladresse de ses soutiens européens qui emportés par l'hybris de leur pouvoir ont bafoué encore une fois les règles élémentaires de la démocratie.

L'espoir d'une victoire politique pour continuer sans entraves la politique de l'austérité

Le 8 décembre, après la décision de l'Eurogroupe de prolonger de deux mois son programme de « sauvetage », le gouvernement grec a décidé, pour tenter sa survie politique, de raccourcir de deux mois le mandat du Président actuel, Karolos Papoulias, et d'avancer au 17 décembre le premier tour de scrutin pour l’élection du président de la République.
La décision de la coalition gouvernementale Samaras-Venizelos, probablement prise en accord avec la troïka, avait également comme objectif de cacher les nouvelles mesures imposées par cette dernière et d'extorquer le vote des députés par chantage. Toutefois, incertain sur l'issue de son initiative, le gouvernement grec s'est assigné un troisième
objectif: celui d'éviter à tout prix l'expression libre et démocratique du peuple grec par le recours aux urnes prévu par la Constitution si la majorité requise des trois-cinquièmes (180 voix) n'est pas atteinte au troisième tour. En effet, la majorité actuelle ne possédant que 155 voix, l'élection du candidat choisi par M. Samaras paraît compromise malgré ses efforts pour recruter des alliés de tout bord.
Conscient de ce danger, et craignant surtout le verdict populaire sur sa politique d'austérité dictée par la « troïka », le gouvernement grec a eu la mauvaise idée d'utiliser pour protéger son avenir politique l'arme de la peur. A. Samaras, a donné le signal à ses troupes en laissant tout d'abord insidieusement circuler une fuite selon laquelle il aurait dit "si SYRIZA passe, il ne restera plus un euro dans les banques". Son fidèle ancien ministre – repêché chez l'extrême droite à l'occasion d'un autre suffrage – A. Georgiadis, a déclaré aussitôt son intention de «sortir son argent de Grèce si le gouvernement tombait". Le ton a continué à monter les jours suivants avec la mobilisation de tous les «personnages familiers» de M. Juncker. Ainsi, l'ex ministres des Finances et actuel gouverneur de la Banque de Grèce, Yannis Stournaras, au mépris du principe de la neutralité auquel le soumet son statut actuel, a déclaré quelques jours avant le premier tour du scrutin:"Au cours de ces derniers jours, la crise a pris des dimensions préoccupantes, la liquidité sur les marchés financiers décroît à un rythme rapide (...) et le risque de dégâts irréparables pour l'économie grecque est très élevé". La frénésie gouvernementale a atteint son paroxysme avec les déclarations de la porte parole du gouvernement, S. Voultepsi: «Nous avons été avertis par les agences de notation internationales que l'annonce d'élections nationales sera considéré comme un événement de crédit pour le pays.» Jusqu'où peuvent ils arriver? Jusqu'à la mise en scène d'un bank run, à l'aide des entrepreneurs sympathisants comme le craint le Président de SYRIZA, Alexis Tsipras?

L'inadmissible assistance extérieure à la propagande de la peur

Plus grave encore est de constater que cette propagande de la peur qui atteint directement le peuple grec dans le droit démocratique fondamental, dans le libre exercice de son droit de vote, a été menée avec l'aide étrangère. Les déclarations de Juncker, l'arrivée en Grèce de Moscovici ont suffisamment instillé dans les esprits les germes de cette propagande délétère pour que même les titres des articles de la presse française se fassent le relais de cette soi-disant nécessité pour l'UE de soutenir un gouvernement présenté comme le dernier rempart de la démocratie devant le spectre du « péril rouge ». «L’UE soutient le gouvernement à la veille d’une présidentielle à risque» titrait Libération il y a quelques jours. Le même titre était partagé par L'Express. « L'UE veut éviter l'arrivée de la gauche radicale au pouvoir en Grèce» affichait le lendemain Le Monde.

Mais la stratégie de la peur s'est effondrée

Le premier tour du scrutin présidentiel au parlement grec a été marqué par une défaite politique pour Samaras avec 160 votes "oui", 135 "présents" qui ont refusé d'accorder leur vote, et 5 députés absents, alors même que le gouvernement espérait 166 votes en faveur de son candidat. Les députés grecs conscients du véritable enjeu du scrutin, ont refusé de cautionner la poursuite de la politique d'austérité et de céder au chantage de la peur. « La démocratie ne cède pas au chantage, la décision viendra du peuple. L'alarmisme de ces derniers jours n'a pas porté les fruits qu'espérait le gouvernement de M.Samaras. La stratégie de la peur s'est effondrée » a déclaré après l'annonce des résultats du premier tour A. Tsipras. Quant à M. Samaras, il a déclaré qu'aux deux prochains tours les députés devront prendre en compte le fait que « les conditions sont difficiles et que le pays ne doit pas entrer dans de nouvelles aventures ».
Mais on sait qu'en attendant les prochains tours le gouvernement grec et les pouvoirs financiers qui le soutiennent ne vont pas attendre stoïquement le retournement de l'intention de vote des parlementaires. Les coulisses du pouvoir se mobilisent déjà en pensant à une autre candidature qui pourrait fédérer les députés du centre gauche tout en leur offrant un alibi idéologique pour ne pas les exposer très ouvertement à l'opinion publique. Déjà, avant l'ouverture du scrutin du premier tour; le nom de Mme Damanaki circulait comme candidature probable pour le troisième tour. Selon certains scénarios, la présentation de cette candidature pourrait être accompagnée d'un projet de création d'un gouvernement «à but spécifique» et de la promesse d'élections législatives pour la fin de l'année 2015, afin de permettre l'accomplissement du programme d'austérité dicté par la troïka et de sauvegarder les intérêts des bailleurs de fonds.
Ces scénarios déjà rejetés par SYRIZA peuvent cependant se heurter aussi au refus de A. Samaras et de E. Venizelos qui ne désirent pas forcement renoncer à leur pouvoir personnel.
Quoi qu'il en soit, tous les moyens seront utilisés afin d'éviter le « danger » des élections législatives et le « défaut du pays ».

En rejetant ces arguments de façade, SYRIZA prône en revanche le recours immédiat aux urnes.

Car le peuple exsangue ne peut pas endurer les maux d'une longue période préélectorale qui par ailleurs ne vise que l'accomplissement d'une politique à ses dépends. Un nouveau départ est nécessaire. Pour la Grèce mais aussi pour le reste de l'Europe. « Celui de la solidarité et de la justice sociale et non pas celui de l’exténuation des sociétés par les programmes d’austérité. Le danger de récession qui menace l’Europe et par ricochet l’économie mondiale fait de ce changement immédiat de la politique de notre pays par un gouvernement de SYRIZA une nécessité pour le salut social de notre pays et un sujet d’émulation pour l’Europe. Nous, nous sommes prêts à négocier et nous multiplions les contacts pour l’élaboration de plans communs et d’associations collaboratives au sein de l’Europe, pendant que le gouvernement Samaras se contente de préserver uniquement son alliance avec le gouvernement allemand et de se soumettre aux décisions des créanciers.
Voilà donc deux approches différentes qui posent le dilemme suivant: Une négociation européenne avec un gouvernement SYRIZA ou la contre-signature de toutes les décisions des créanciers concernant la Grèce par le gouvernement Samaras? SYRIZA ou Nouvelle Démocratie ?
» (1)

(1) Extrait du discours de Thessalonique d'Alexis Tsipras

Vangelis Goulas (coordinateur de la Section Syriza-Paris) et Vassiliki Papadaki.

http://syriza-fr.org/

 

http://www.humanite.fr/grece-victoire-democratique-face-la-propagande-anti-syriza-560831

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