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9 janvier 2011 7 09 /01 /janvier /2011 02:01

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9 janvier 2011 7 09 /01 /janvier /2011 02:00

La barque de l'amour s'est brisée contre la vie courante. Comme on dit, l'incident est clos. »

« Si vous voulez, je serai tout de viande déchaîné – ou bien changeant de ton comme le ciel, si ça vous chante, je serai tendre, irréprochablement. Non plus un homme, mais un nuage en pantalon ! »
– Vladimir Vladimirovitch Maïakovski, Le Nuage en pantalon, 1915

« Minuit accourant un couteau à la main

a rattrapé

a égorgé

la douzième heure

dehors » (Le nuage en Pantalon)

« L ‘univers dort

l’oreille énorme posée

sur sa patte nuitée d’étoiles » (Le nuage en Pantalon)

[...]
Mais les portes soudain se mettent à claquer,
comme si les dents de l’hôtel
dansaient la chamade.

Tu entras,
coupante comme un « Tenez »,
torturant la peau de tes gants.
Et tu me dis :
« Vous savez
- je vais me marier dans peu de temps. »

Eh bien, mariez-vous.
C’est très bien.
Ca passera.
Voyez comme je suis calme !
Comme le pouls
d’un cadavre.

Vous en souvient-il ?
Vous disiez :
« Jack London,
argent,
amour,
passionné »
- mais moi, je ne voyais qu’une chose :
vous étiez une Joconde,
qu’il fallait dérober à tout prix !

Et on me l’a volée.

[...](Le nuage en Pantalon)


Avec Le nuage en pantalon (1914-1915) de Vladimir Maïakovski, le futurisme, en pantalon de nuage annonciateur d'orages et en blouse jaune tournesol, fait son entrée fracassante sur la place publique et la scène littéraire en Russie...
Pour tout homme qui aime et qui espère, les paroles de Maïakovski restent gravées en lettres de feu dans la chair et le sang de ce siècle." Charles Dobzynski


Le nuage en pantalon

Vladimir Maïakovski
Poésie - Russie - Petite Bibliothèque de Poésie
ISBN : 9782841090730 - 128 pages - Format : 135 x 120
Paru le 01-05-1998
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9 janvier 2011 7 09 /01 /janvier /2011 01:59

Est-ce vous

Qui comprendrez pourquoi,

Serein,

Sous une tempête de sarcasmes,

Au dîner des années futures

J’apporte mon âme sur un plateau?

Larme inutile coulant

De la joue mal rasée des places,

Je suis peut-être

Le dernier poète.

Vous avez vu

Comme se balance

Entre les allées de briques

Le visage strié de l’ennui pendu,

Tandis que sur le cou écumeux

Des rivières bondissantes,

Les ponts tordent leurs bras de pierre.

Le ciel pleure

Avec bruit,

Sans retenue,

Et le petit nuage

A au coin de la bouche,

Une grimace fripée,

Comme une femme dans l’attente d’un enfant

À qui dieu aurait jeté un idiot bancroche.

De ses doigts enflés couverts de poils roux, le soleil vous a épuisé de caresses, importun comme un bourdon.

Vos âmes sont asservies de baisers.

Moi, intrépide,

je porte aux siècles ma haine des rayons du jour;

l’âme tendue comme un nerf de cuivre,

je suis l’empereur des lampes.

Venez à moi, vous tous qui avez déchiré le silence,

Qui hurlez,

Le cou serré dans les nœuds coulants de midi.

Mes paroles,

Simples comme un mugissement,

Vous révèleront

Nos âmes nouvelles,

Bourdonnantes

Comme l’arc électrique.

De mes doigts je n’ai qu’à toucher vos têtes,

Et il vous poussera

Des lèvres

Faites pour d’énormes baisers

Et une langue

Que tous les peuples comprendront.

Mais moi, avec mon âme boitillante,

Je m’en irai vers mon trône

Sous les voûtes usées, trouées d’étoiles.

Je m’allongerai,

Lumineux,

Revêtu de paresse,

Sur une couche moelleuse de vrai fumier,

Et doucement,

Baisant les genoux des traverses,

La roue d’une locomotive étreindra ton cou.

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9 janvier 2011 7 09 /01 /janvier /2011 01:58

casquette.jpg

 

Maïakovski,

le phare qui était un poète 

 

Avant même d’avoir  mis  « le point final d’une balle » à sa propre fin, Vladimir Maïakovski avait sauté dans la légende. Pendant la période soviétique, lui qui ne voulait pas de statue pour monument posthume mais un feu d’artifice, a souvent été statufié, figé dans la pose du « poète de la révolution », alors qu’était laissé dans l’ombre (et parfois censuré) ce qui chez lui débordait du cadre de l’époque. Staline n’avait-il pas écrit « Maïakovski est le meilleur et le plus talentueux poète de l’époque soviétique. L’indifférence à sa mémoire est un crime » ? Maïakovski est ainsi devenu un « classique »… Certains de ses poèmes étaient connus de tous et enseignés aux enfants. Je me souviens avoir vu, dans le cimetière de Novodievitchi, des foulards de pionniers posés sur sa tombe… Son appartement avait été transformé en musée et (à côté de manuscrits, de dessins, d’éditions originales) une salle était consacrée aux « continuateurs de Maïakovski », sculpteurs, peintres et écrivains dont le naturalisme plat et pompier (abusivement qualifié de « réalisme socialiste ») aurait certainement mis Maïakovski en fureur…

Dans la Russie d’aujourd’hui, celle de la restauration du capitalisme, de la « liberté retrouvée » des mafias et des enfants qui dorment dans la rue et respirent de la colle, Maïakovski n’est plus en odeur de sainteté… On y préfère les poètes symbolistes et acméîstes, parfois talentueux mais plus sages, et issus  de la bonne société russe.

Mais il n’est au pouvoir de personne de rayer d’un trait de plume qu’il fut et reste l’un des poètes majeurs du XXème siècle. Pour lui, la révolution ne s’arrêtait pas à la prise du pouvoir politique ni à la collectivisation de l’économie. Elle devait permettre de transformer la vie quotidienne, la vie tout entière, l’amour et l’art y compris. Poète de la révolution, il a révolutionné la poésie en la libérant du cadre trop étroit des anciennes conventions. Et pas seulement la poésie russe.

Une bonne partie de la poésie mondiale n’aurait pas le visage qu’elle a s’il n’y avait pas eu Maïakovski. (Je pense par exemple à son influence sur Nazim Hikmet, ou sur les poètes américains de la beat generation).

Il a (comme après lui Prévert) fait entrer dans le poème le langage de la rue, les mots du peuple et les tournures familières, sans que le poème sombre pour autant dans la platitude banale des conversations de table.

Il a libéré le vers. Un peu comme Victor Hugo avait « mis un bonnet rouge au vieux dictionnaire », et introduit le langage de la vie dans le vieil alexandrin, Maïakovski, avec son fameux « vers en escalier », libère la parole poétique et lui permet d’épouser le rythme du discours, le souffle de l’individu, qu’il murmure une confession ou qu’il clame son idéal, par-dessus la tête des siècles.

Il a enfin élargi la sphère du lyrisme. Avec lui, l’amour individuel prend la dimension d’un combat planétaire.

(…)

Pour Maïakovski, la révolution ne prend tout son sens que si elle permet aux hommes de s’arracher aux mesquineries de la vie petite bourgeoise, au papier peint du confort domestique, de se hisser au niveau d’un amour vraiment internationaliste, planétaire, de s’agrandir l’âme et le cœur aux dimensions de l’univers, de tenir tête à Dieu, de conjurer la mort, de discuter à tu et à toi avec le soleil, les étoiles, les siècles futurs… Le projet spirituel du communisme, celui de la transformation de l’homme par lui-même, il le prend au sérieux. Maïakovski, c’est, sur le mode de l’hyperbole poétique, la présence de l’utopie prométhéenne dans la révolution, dont elle est à la fois le cœur et la critique « de gauche ». Cela l’a évidemment amené à se heurter à beaucoup, parmi les bureaucrates, mais aussi parmi les esthètes de divers bord qui voulaient revenir à « l’art ». 

Quitte à décevoir les interprétations simplistes de son suicide, lui qui était très critique envers la NEP, se sent plutôt en accord avec le nouveau cours impulsé par Staline, la collectivisation et les plans quinquennaux qui lui donne (à lui comme à des millions de Soviétiques) le sentiment que la marche en avant vers le socialisme a repris. (Même si on sait aujourd’hui le coût humain, notamment dans les campagnes, qu’a entraîné le volontarisme stalinien). Répondant à l’appel du parti qui souhaite l’union de tous ses partisans, il décide de rejoindre les écrivains prolétariens.

Mais la dernière période de sa vie est aussi marquée par des déconvenues professionnelles (la cabale des jaloux et des médiocres, l’échec de l’exposition qu’il avait organisée pour le jubilé de son œuvre), et des déceptions sentimentales (avec Tatiana Iakovleva, une émigrée qui a finalement choisi d’épouser un diplomate français)  ou avec  l’actrice Veronica Polonskaïa. Lili n’est pas là non plus pour s’occuper de sa grande carcasse d’ours en mal d’amour et l’arracher à sa dépression chronique.  Lui qui a si souvent évoqué dans ses poèmes l’idée du suicide, et qui (dans un poème célèbre) a interpellé le suicide d’un autre grand poète, Sergueï Essenine, se tire une balle dans le cœur, le 14 avril 1930.

Comme pour prévenir les interprétations malveillantes qui ne manqueront pas, il écrit une dernière lettre : « À tous !… Je meurs, n’en accusez personne. Et pas de cancans. Le défunt avait ça en horreur… La barque de l’amour s’est brisée contre l’écueil de la vie quotidienne ».

 

Nous reste sa poésie. Dans le même temps qu’il se jetait dans la mêlée quotidienne, Maïakovski a construit une œuvre épique et lyrique considérable, à travers la série des grands poèmes (qui ont été portés à la connaissance du public français d’abord par un choix malheureusement introuvable d’Elsa Triolet, puis par le travail énorme de  Claude Frioux) : Du Nuage en pantalon en 1915) à À pleine voix (1930) reproduit ici, en passant par la Flûte des vertèbres, la Guerre et l’Univers, J’aime, La Quatrième internationale, la Cinquième internationale, Vladimir Ilitch Lénine, Le Prolétaire volant, Ca va bien 

L’œuvre la plus ambitieuse et la plus aboutie est peut-être son grand poème Pro Eto (« De ceci », selon la traduction d’Elsa Triolet, ou « Sur ça », selon celle de Claude Frioux). Ce formidable poème-roman est le résultat d’une crise dans sa relation avec Lili Brik. Le « ça » dont il est question ici, c’est évidemment l’amour, aux prises avec les mesquineries de la vie quotidienne, le risque de s’endormir dans le confort petit bourgeois et les mondanités de la vie littéraire post-révolutionnaire. Se mêle dans ce poème le sentiment tragique de l’amour passion, hanté par la jalousie, en même temps que la chronique de la révolution au temps de la NEP, le risque de l’enlisement, l’appel moral et pathétique à transformer l’homme de l’intérieur. Comme toujours, Maïakovski utilise directement dans son poème des éléments biographiques précis, les lieux réels, les noms véritables des personnes concernées, jusqu’à leur numéro de téléphone… (Conformément à l’exigence de vérité factuelle des artistes du LEF). Mais le tout est sublimé, emporté par un immense montage métaphorique, le poète dépassant la relation des faits pour manœuvrer allégrement et à haut régime dans la fiction. Le poète se change en ours, l’eau de ses pleurs envahit la chambre, il est emporté par le fleuve et dérive sur un oreiller-glaçon, dans un pays peut-être baptisé « Amour-land », où il retrouve, accroché par ses propres vers à un pont, celui qu’il était sept ans plus tôt et qui, dans le poème L’Homme, s’apprêtait à se jeter dans la Neva.

La forme est  formidable. Le poème brasse tout. Le thème individuel comme le thème collectif. Le présent, comme le passé et le futur. Le réalisme le plus précis et l’imagination la plus délirante. S’il est un langage artistique qu’annonce et rejoint Maïakovski dans ses poèmes, plus encore que le cinéma d’Eisenstein et ses montages, c’est le dessin animé où tout est possible. Ce côté visuel et plastique, ce mélange de dramatisme le plus élevé et d’humour, voire de gouaille populaire ne sont sans doute pas pour rien dans l’écho de la poésie de Maïakovski.

Quant au fond, ce poème témoigne, comme beaucoup d’autres, de la « tragédie-Maïakovski ». Celle-ci tient à la contradiction pour lui difficilement supportable entre le romantisme révolutionnaire et la médiocrité de la vie réelle, entre le rêve de l’homme nouveau et la petitesse de l’humanité réelle. En fait, cette tragédie n’est pas propre à Maïakovski. C’est aussi d’une certaine façon celle de la révolution d’octobre. Comme le note avec perspicacité un penseur marxiste actuel*, toutes les grandes révolutions s’assignent des objectifs qui les dépassent. Ce qui explique d’ailleurs que par delà leurs échecs, elles continuent à paraître porteuses d’une lumière. La Révolution française ne fut pas qu’une révolution bourgeoise ; elle a aussi proclamé des principes universels : liberté, égalité, fraternité, dont on sait qu’ils étaient loin d’être réalisables dans les conditions de l’époque. La conscience de cette tragédie, le désaccord entre l’idéal et le réel, explique l’attitude de Robespierre, refusant de faire appel aux sans-culottes pour échapper à son destin. De même, la Révolution d’octobre voulait en finir avec l’exploitation, l’aliénation, la guerre et le chauvinisme en donnant le pouvoir aux soviets et en proclamant l’unité des « prolétaires de tous les pays » et de tous les « peuples opprimés ». Mais, s’étant produite dans un pays économiquement retardataire, elle a dû affronter des tâches historiques qui sont habituellement celles du capitalisme : développer l’industrie, réaliser « l’accumulation primitive », édifier « les bases matérielles », construire un État, former des producteurs… D’où une contradiction (qui explique largement les contraintes imposées aux libertés individuelles, par ce « forceps » de l’histoire) dont on connaît les conséquences et les effets jusqu’à nous.

Maïakovski est la victime et le héros de cette tragédie. Il s’est consacré à la révolution mais la révolution l’a haussé à un autre niveau.

Maïakovski, (dont le nom vient du mot russe pour phare, « maïak »), dans son rêve nous apparaît, au bout de ses deux jambes interminables, comme planté, solidement, sur le roc du futur, battu par les flots de la vie réelle et balayant la nuit des siècles, autour de lui, à grands coups de projecteur, de sa poésie visionnaire.

Francis Combes

 portraitchien.jpg

 

 

L’aventure extraordinaire arrivée à Vladimir Maïakovski un été, à la campagne

(à Pouchkino,  Mont Akoulov, datcha Roumiantsev, à 27 verstes de la gare de

Iaroslav).

 

De cent quarante soleils flambait le couchant,
l’été roulait vers juillet,
c’était la canicule
et la canicule faisait la planche.
C’était comme ça, à la datcha.
La petite colline de Pouchkino
poussait la bosse du mont Akoulov
et en bas de la colline
il y avait un village
qui penchait l’écorce de ses toits.
Et derrière le village
il y avait un trou
et dans le trou – parfaitement
à chaque fois
lentement et sûrement
descendait le soleil,
pour le lendemain
à nouveau
inonder le monde de rouge.
Et, jour après jour,
cela commençait
sérieusement
à m’énerver.
Si bien qu’une fois, furieux,
au point que tout autour a pâli,
je me suis à crier
à la cantonade, vers le soleil :
« Descends donc !
Suffit de traîner dans ta fournaise ! »
J’ai crié au soleil :
« Parasite !
Tu te la coules douce dans tes nuages,
pendant que moi – hiver comme été,
je m’échine sur les affiches Rosta ! »
J’ai crié au soleil :
« Attends !
écoute, front d’or,
si au lieu
de traîner sans rien faire
tu venais
prendre le thé chez moi ? »
Qu’est-ce que j’avais fait !
j’étais perdu !
Vers chez moi
de son plein gré,
et du large pas de ses rayons,
le soleil approchait par la campagne.
Je ne veux pas montrer ma peur.
je bats en retraite.
Déjà ses yeux sont dans le jardin.
Il le traverse.
Par les fenêtres,
par les portes,
par toutes les fentes
s’infiltre la masse du soleil.
Puis il reprend son souffle
et me dit d’une voix de basse :
« C’est la première fois
depuis la création
que je rétracte mes rayons.
Tu m’as appelé ?
Apporte le thé,
Poète, apporte les confitures ! »
Il faisait si chaud,
lui-même en avait la larme à l’œil.
Mais me voilà
avec le samovar.
« Eh bien,
Assieds-toi, l’astre ! »
Diable, quelles impertinences
suis-je en train de lui sortir.
Confus,
je m’assieds au coin du banc
craignant le pire.
Mais une étrange clarté
ruisselle du soleil
et, oubliant
toute réserve,
je reste là
à bavarder
de tout et de rien,
de comment
la Rosta me bouffe…
Et le soleil :
« Bon,
te plains pas.
Regarde les choses en face !
Tu crois que pour moi
c’est facile
de briller ?
Essaye un peu, pour voir
Vas-y
où tu veux
et tu brilles
tant que tu peux ! »
Nous avons bavardé comme ça
jusqu’à ce qu’il fasse noir.
(Enfin, jusqu’à ce qui avant était la nuit).
Tout à fait décontractés,
à nous tutoyer.
Bientôt, amicalement,
je lui tape sur l’épaule.
Et le soleil, de même :
« Toi et moi
camarade
tous les deux
éclairons
et enchantons
cette vieille guenille de monde.
Moi, je déverse mon soleil,
et toi le tien
avec tes vers. »
Le mur des ombres
prison de la nuit
a sauté face au double tir solaire.
Remue-ménage de vers et de soleil,
rayonne tant que tu peux !
Si la nuit
fatiguée
cette dormeuse stupide
veut se coucher,
alors j’éclaire de toutes mes forces
et à nouveau le jour carillonne.
Luire toujours,
luire partout
jusqu’au tréfonds des jours,
luire –
un point c’est tout !
Voilà notre mot d’ordre
à moi
et au soleil !

 1920

 

Une Parisienne

Vous vous imaginez

                        les femmes de Paris

le cou couvert de perles

                                 les mains,

                                            de diamants…

Débarrassez-vous de cette image

                                           la vie

                                               est plus cruelle ;

ma Parisienne

                   à un autre apparence.

Je ne sais pas, à vrai dire,

                               si elle jeune

                                              ou vieille,

jusqu’au  jaunâtre

                        polie

                           dans cette goujaterie lustrée.

Elle

      travaille

                dans les toilettes d’un restaurant

un petit restaurant

                        la Grande Chaumière.

Après avoir bu du Bourgogne

                                   on peut avoir envie

pour se soulager

                       d’aller faire un tour.

La tâche de mademoiselle

                            est de donner les serviettes

Elle est

          dans ce travail

                            tout simplement artiste.

Pendant

            que dans la glace

                           tu observes un petit bouton,

elle,

      souriant,

                     de sa bouche gercée,

en rajoute sur la poudre,

                                    asperge de parfum,

tend le papier toilette

                        et épongera une flaque.

Esclave de la gastronomie

                                   loin du soleil

dans le puits des waters

                        toute la journée

                                   comme une punaise,

pour cinquante centimes !

                                 (Au cours du tchervonets

environ

            quatre kopecks

                              par bonhomme).

Au lavabo

            je me lave les mains

et respirant

            les drôles d’odeurs

                                   de la parfumerie

perplexe

            à propos de cette demoiselle

Je veux dire

                à Mademoiselle :

– Mademoiselle

      votre aspect,

                        excusez-moi,

                                     est pitoyable.

Détruire votre jeunesse pour des waters

                                               ça ne vous fait pas mal au coeur ?

Ou bien

            on m’a menti

                             sur les Parisiennes,

ou bien

           Mademoiselle,

                            vous n’êtes pas parisienne.

Vous avez la mine

                        tuberculeuse

                                       et fanée.

Des bas en laine,

                        pourquoi pas en soie ?

Pourquoi

            ne vous envoient-ils pas

                                     des violettes de Parme

ces « moussieux » reconnaissants

                        et au porte-monnaie rempli ?

Mademoiselle se taisait

                             le  vacarme tombait

sur la salle

            sur le plafond

                            et sur nous.

Faisant tourner

                   son joyeux carnaval

Montparnasse bourdonnait

                                tout rempli

                                   de Parisiennes.

Excusez, s’il vous plaît,

                              ces vers affranchis

et la description

                      des flaques malodorantes,

mais 

       c’est très dur

                        à Paris

                                     pour une femme,

si

   la femme

              ne se vend pas

                                  mais travaille.

1929

jubil.jpg

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9 janvier 2011 7 09 /01 /janvier /2011 01:58

 

  Mort de Vladimir Maïakovski, grand poète révolutionnaire russe

Le 14 avril 1930 - 2005
En se suicidant d’un coup de revolver, le 14 avril 1930 à dix heures et quart, Vladimir Maïakovski est entré dans la légende.

Aujourd’hui, certains le réduisent à un artiste stalinien avant la lettre. Alors qu’il fut toute sa vie le plus fervent opposant à l’académisme révolutionnaire. Que reste-il aujourd’hui ? La force de son verbe et son engagement pour la vie jusqu’à en mourir. Ses mots nous parlent, sa poésie apostrophe et bouscule. ’Poète-orateur’, Maïakovski fait éclater ses vers en segments respiratoires.

Coupé de ses amis, persécuté par le pouvoir soviétique, alors qu’il avait été le partisan fervent de la révolution d’octobre ; ravagé par ses passions, ses désirs, ses luttes, ses déceptions aussi ; usé par les dérives d’embourgeoisement de la révolution ; souffrant d’extinctions de voix qui l’empêchent de déclamer ; brisé par sa relation douteuse avec Lili Brik, poète maudit, Maïakovski met fin à ses jours.

Ses œuvres poétiques "150 000 000" et dramatiques "Les bains" ont longtemps fait figure de fleurons du réalisme socialiste.


Maïakovski est apparu sur la scène poètique russe comme le type du poète moderne, capable de composer mentalement un poème de 1 500 vers, agitateur et propagandiste infatigable, dessinateur d’affiches, conférencier...

A seize ans, Vladimir Vladimirovitch Maïakovski (1893-1930) fit la connaissance des prisons du tsar de toutes les Russies pour propagande sociale-démocrate. A vingt ans, il publiait son premier recueil de poèmes : Moi ! et faisait représenter sa première pièce Vladimir Maïakovski à Pétersbourg. Elle fut ’sifflée à y percer des trous’, notera-t-il dans son autobiographie.

En 1914, sa rencontre avec Lili Brik, la sœur d’Elsa Triolet, bouleverse totalement sa vie. Fille d’un juriste et d’une mère musicienne, née à Moscou, en 1891, dans une famille juive, Lili Kagan, que l’histoire retiendra sous le nom de Lili Brik, fut la sour aînée d’une certaine Elsa (Kagan), devenue par mariage d’abord Triolet - du nom d’un officier français en mission à Moscou, et puis en 1917 - Aragon.

Lorsque Elsa Kagan présenta Maïakovski au jeune couple Brik et qu’elle demanda au poète de lire ses poèmes, Ossip et Lili prirent aussitôt conscience de son immense génie. Maïakovski, amant d’Elsa Kagan, à peine âgée de dix-sept ans, tombe éperdument amoureux de sa sœur Lili de dix-neuf ans, déjà mariée à Ossip Brik. Elsa, non sans chagrin, perdit Maïakovski qui s’installa dans la vie de sa sour. S’établit alors une sorte de ménage à trois. Ossip considéra la liaison de sa femme avec " le regard d’un ami affectueux " tout en demeurant le mari...

Il lui dédie Nuage en pantalon et compose pendant les années de guerre, La guerre et le monde et l’Homme. La révolution des Soviets l’absorbe ; il fait de son art un instrument politique mais, révolutionnaire et dissident dans l’âme. Adoré de la jeunesse, il parcourt l’Union soviétique pour lire ses œuvres à haute voix.

Une telle personnalité ne pouvait qu’entrer en violente opposition avec l’ensemble des bureaucrates, des écrivains et critiques conformistes : « Je joue des coudes à travers la bureaucratie, les haines, les paperasses et la stupidité ».

Les deux pièces de Maïakovski, la Punaise (1920) et les Bains (1929), sont des satires de l’esprit bureaucratique et petit-bourgeois, furent très mal accueillies par la critique officielle : l’Association des écrivains prolétariens, dont Maïakovski faisait partie, entreprit de « rééduquer » le poète en le dénigrant systématiquement. La rupture avec Lili, en 1925, le mène à New York, puis Paris.

New York 1925. Vladimir Vladimirovitch Maïakovski rencontre à Manhattan, émigrée russe " Elly Jones ", née Elisavetta Zibert. Ils se promenaient sur le pont de Brooklyn, à Broadway. Ils s’aimaient dans une chambre de Manhattan. Mais cette passion partagée ne dure que trois mois : Vladimir Maïakovski doit quitter les Etats-Unis. Harcelé par les télégrammes de Lily Brik, il n’a pu rester longtemps. L’amour était toujours aussi ardent, bien qu’ils n’aient pu même s’écrire : la censure et Lily Brik qui veillait..

Le coup de foudre entre le grand poète soviétique et une belle traductrice Russe, porte ses fruits. Vladimir Maïakovski a eu une fille en Amérique. Patricia J. Thompson.

Patricia J. Thompson ne porte pas Lili Brik dans son cour. Elle voit en elle une aventurière qui réclamait sans cesse de l’argent à Maïakovski et un agent du KGB. " Lili Brik a épousé un général du KGB en 1943.

"À bas votre amour, à bas votre art, à bas votre société, à bas votre religion" sont selon lui les quatre cris du Treizième apôtre. Dans ce résumé, écrit plus tard comme un slogan, on ne reconnaît plus sa tendresse fragile, lui qui a tant dit sur l’amour, lui dont le fracas tonitruant dissimulait mal « les myosotis de son âme".

Maïakovski "l’archange au pas de fonte" écrira quelques mois avant sa mort, qu’il n’aura fait que "piétiné la gorge" de son "propre chant" pour un avenir qu’il n’entrevoyait plus.

Il se tire une balle dans le cœur le 14 avril 1930 à Moscou, à l’âge de 37 ans. Il écrivit sa propre épitaphe : "La barque de l’amour s’est brisée contre la vie courante. Comme on dit, l’incident est clos... ». Ses derniers mots sont : « Soyez heureux ».

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9 janvier 2011 7 09 /01 /janvier /2011 01:57

Maïakovski l’homme-poème

Maïakovski l’homme-poème

En août 1926, Vladimir Maïakovski avec Lili, son amour et sa muse, dans la station balnéaire de Tiaïr, en Crimée

 

« La vie en jeu. Une biographie de Vladimir Maïakovski », de Bengt Jangfeldt, éd. Albin Michel, 589 pages, 25 euros.

Paru dans Match

Quatre-vingts ans après sa mort, une somptueuse biographie retrace enfin la vie du poète et révolutionnaire russe. Yves Simon a été conquis.


 

Palpitant et épique « La vie en jeu », du Suédois Bengt Jangfeldt, se lit comme un roman tant les rues de Moscou regorgent d’un monde prêt à renverser le vieux régime des tsars, tant la politique, le peuple, les amours sont en effervescence, tant les arts ressuscitent en de nouvelles formes. Maïakovski y est un personnage hors du commun, provocateur et rebelle, qui participe, avec les peintres Malevitch et Kandinsky – à un moment où Stravinsky triomphe à Paris –, à la grande révolution esthétique (futurisme en littérature, cubisme en peinture) qui a enflammé le peuple russe durant les quatorze premières années du siècle dernier. C’est une période de l’Histoire où les sentiments, les sensations, les passions s’exacerbent, où la jeunesse palabre sur ses fantasmes suicidaires, avant de se reconvertir dans les arts, la politique ou le militantisme. Ce livre sent le froid et les volcans, il foisonne, c’est un ouragan où s’agite l’enthousiasme qui déferle dans les cœurs à chaque page lue.

On se délecte à suivre pas à pas ce grand énergumène de 1,90 mètre, sombre et beau, joueur de billard, qui insulte, parie sur tout, fume cent cigarettes par jour, n’a plus que des chicots noirs pour endeuiller son sourire, qui milite, se révolte et est déjà fiché, à 15 ans, par la police tsariste. Tout en outrance, il deviendra le grand poète russe qui sculptera la révolution de 1917 dans ses vers décapants, sera le héros avec Lili Brik d’une histoire d’amour d’exception et finira par se suicider, de désespoir, à 37 ans.

Le chantre de l'URSS

Ces deux-là se rencontrent en 1915 à Petrograd (le nouveau nom de Saint-Pétersbourg), un an après la déclaration de la Première Guerre mondiale. Evoquant le premier recueil de poèmes publié de Maïakovski, « Le nuage en pantalon », Lili Brik, la sœur aînée de celle qui deviendra Elsa Triolet, déclare haut et fort : « Je le connais par cœur et je le considère comme une des œuvres les plus géniales de la littérature mondiale. Maïakovski est chez nous nuit et jour, encore brut de décoffrage, il n’a que 22 ans et c’est un horrible voyou. » Boris Pasternak, sous l’influence hypnotique de Maïakovski, écrira dans ses Mémoi­res que, devant lui, il avait l’impression d’être « insignifiant et nul ». Lorsque notre poète rencontre Lili, elle est mariée avec Ossip Brik. Elle est belle, courtisée, elle a conclu un accord avec son jeune époux, avec lequel, très vite, elle n’aura plus de relations sexuelles : qu’il la laisse vagabonder sans limites avec ses amoureux de passage. Maïakovski est de ceux-là et, aux premiers printemps de leur idylle, elle ne va se consacrer qu’à lui tant sa poésie la bouleverse. Ils sont inséparables, ils partent en excursion sur les îles du delta de la Neva, se promènent sur la perspective Nevski, Maïakovski en haut-de-forme, elle en grand chapeau noir à plumes. Hélas, Lili s’agace du harcèlement incessant que son jeune amant lui inflige. Excessif, ne lui a-t-il pas dédié, sans vergogne, son premier recueil « A toi Lili », alors qu’ils se connaissaient à peine ?

Si Maïakovski accueille la révolution bolchevique du bout des doigts, « nous sommes bien forcés d’accueillir le nouveau pouvoir et d’entrer en contact avec lui », il va devenir, dans les années 20, le chantre international de son nouveau pays, l’URSS. Il loue dans ses poèmes, au grand dam de Lili, la beauté messianique du communisme, son nom s’exporte, il est célèbre, il voyage, Berlin, Paris, New York... Il écrit pour le théâtre, devient réalisateur et adapte à l’écran le « Martin Eden » de Jack London, devenu dans le film un poète futuriste russe dont il interprète lui-même le rôle. Ici, contrairement au roman, le héros ne se suicide pas. Maïakovski s’en explique : « Il est dommage que la force et la grandeur de Martin Eden soient gâtées par une fin larmoyante. » Lorsque son ami le poète Essenine sera retrouvé pendu en 1925, il surenchérit : « Dans la vie, une chose est simple : mourir. Refaire cette vie est autrement plus difficile. » Aucun suicidé de la littérature ne trouverait-il grâce à ses yeux ? Malade d’amour et nostalgique des années Lili, il s’en va aimer une Nora mariée qui le maintient à distance par respect pour son mari. Il ne peut et ne veut attendre. Alors qu’elle vient de quitter son appartement, le 14 avril 1930, il saisit son Mauser et se tire une balle, là où il eut toujours le plus mal, en plein cœur. Point final

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9 janvier 2011 7 09 /01 /janvier /2011 01:55

Federico García Lorca
(1898-1936)

20ko

Cante Jondo

...Le Cante Jondo vient des races gitanes, traversant le cimetière des années et les frondes des vents fanés. Il vient des premières larmes et du premier baiser...


Lors de la conférence Le Cante Jondo (chant andalou primitif) qu'il donna le 19 février 1922,  Federico exposait les origines du cante jondo:  «Il s'agit d'un chant purement andalou qui existait déjà sous forme embryonnaire dans notre région avant que les gitans n'y arrivent.» Il expliqua ce que le cante jondo a de jondo:   «Voyez, Messieurs, la transcendance que possède le Cante jondo, et la sagesse dont a fait preuve notre peuple en l'appelant ainsi.  C'est profond,  véritablement profond, plus encore que tous les puits et toutes les mers qui entourent le monde, beaucoup plus profond que le coeur actuel qui le crée et que la voix qui le chante, parce qu'il est presque infini.   Il vient des races gitanes, traversant le cimetière des années et les frondes des vents fanés.  Il vient des premières larmes et du premier baiser.»


Le livre Cante Jondo comprend quatre poèmes introduits par le poète intitulé «Petite ballade des trois rivières».   Le premier de ces grands poèmes est le «Poème de la Seguiriya»,  dans lequel l'un des petits poèmes fait une référence explicite au mot.

Cante Jondo

...Le Cante Jondo viene de razas gitanas, atravesando el cementerio de los años y las frondas de los vientos marchitos. Viene del primer llanto y del primer beso...

Federico García Lorca



En su conferenciaEl cante jondo (primitivo canto andaluz) que dio el 19 de febrero de 1922,  Federico expone los orígenes de cante jondo,  aduciendo que:   «lo que hoy llamamos cante jondo.   A ellos debemos,  pues, la creación de estos cantos, alma de nuestra alma; a ellos debemos la construcción de estos cauces líricos por donde se escapan todos los dolores y los gestos rituarios de la raza...»  Más tarde explica que:   « el cante jondo tiene de jondo:   Vean ustedes,  señores,  la trascendencia que tiene el cante jondo y qué acierto tan grande el que tuvo nuestro pueblo al llamarlo así.   Es hondo,  verdaderamente hondo, más que todos los pozos y todos los mares que rodean el mundo, mucho más hondo que el corazón actual que lo crea y la voz que lo canta, porque es casi infinito.   Viene de razas gitanas,  atravesando el cementerio de los años y las frondas de los vientos marchitos.  Viene del primer llanto y del primer beso...»


El libro Cante jondo está cruzado por cuatro poemas,  introducidos por el poema titulado «LA BALADILLA DE LOS TRES RÍOS».   El primero de estos grandes poemas es el «POEMA DE LA SEGUIRIYA»,  donde en una de ellas se hace referencia explícita al término:

***

Le pas de la Séguirilla

Parmi les papillons noirs,
va une brunette moresque
à côté d'un blanc serpent
de brume.
Terre de lumière,
Ciel de terre
Elle va enchaînée au tremblement
d'un rythme qui jamais ne s'établit;
elle a un coeur en argent
et un poignard dans la main
Où vas-tu, siguiriya,
de ce rythme décervelé?
Quelle lune soulagera
ta douleur de citron et de bouton de rose?
Terre de lumière
Ciel de terre.


Translated by Gilles de Seze

El paso de la siguiriya

Entre mariposas negras,
va una muchacha morena
junto a una blanca serpiente
de niebla.
Tierra de luz,
cielo de tierra.
Va encadenada al temblor
de un ritmo que nunca llega;
tiene el corazón de plata
y un puñal en la diestra
¿Adónde vas siguiriya,
con un ritmo sin cabeza?
¿Qué luna recogerá
Tu dolor de cal y adelfa?
Tierra de luz
cielo de tierra.

 

***

The Siguiriya's steps

Among black butterflies
Goes a Moorish girl
beside a white serpent
of mist.
Earth of light,
sky of earth.
She goes chained to the tremor
of a rhythm that never settles;
she has a heart of silver
she handles a dagger in her hand.
Where are you going, Siguiriya,
with that headless rythm?
What moon will gather up
your pain of lime and oleander?
Earth of light
sky of earth


Translated by Gilles de Seze

***

La soleá

Vêtue de voiles noirs,
elle pense que le monde est bien petit
et le coeur immense
Vêtue de voiles noirs.
Elle pense que le tendre soupir,
le cri, disparaissent
au fil du vent.
Vêtue de voiles noirs.
Elle avait laissé sa fenêtre ouverte
et à l'aube par la fenêtre
tout le ciel a débouché.
Ah!
Vêtue de voiles noirs!

La solea

VESTIDA con mantos negros.
piensa que el mundo es chiquito
y el corazón es inmenso.
Vestida con mantos negros
Piensa que el suspiro tierno
y el grito, desaparecen
en la corriente del viento.
Vestida con mantos negros
Se dejó el balcón abierto
y al alba por el balcón
desembocó todo el cielo.
¡Ay ayayayay,
que vestida con mantos negros!

***

Paso

Dans le troisième, Poème de la Saeta,  nous trouvons le poème «Paso»,  adressé à la Vierge:


Vierge en crinoline,
Vierge de la Soledad,
épanouie comme une immense tulipe.
Dans ta barque de lumières
tu vas
sur la marée haute
de la ville,
parmi les saetas troubles
et des étoiles de cristal.
Vierge en crinoline,
tu vas
sur le fleuve de la rue
jusqu'à la mer!

PASO

El tercero, POEMA DE LA SAETA,  encontramos el poema «PASO»,  dirigido a la Virgen:


VIRGEN con miriñaque
virgen de la soledad,
abierta como un inmenso Tulipán.
En tu barco de luces
vas
por la alta marea
de la ciudad
entre saetas turbias
y estrellas de cristal.
Virgen con miriñaque
tú vas
por el río de la calle,
¡hasta el mar!

***

Mort de la peterena

Dans le quatrième de ces grands poèmes,  Graphique de la Petenera,  Federico écrit:


Dans la maison blanche se meurt
la perdition des hommes.
Cent pouliches caracolent
Leurs cavaliers sont morts.
Et sous la palpitante
constellation des lampes,
tremble sa jupe moirée
entre ses cuisses de bronze.
Cent pouliches caracolent.
Leurs cavaliers sont morts.
De longues ombres affilées
viennent du trouble horizon
et le bourdon d'une guitare
se rompt.
Cent pouliches caracolent.
Leurs cavaliers sont morts.

Muerte de la Petenera

En el cuarto de estos grandes poemas,  GRAFICO DE LA PETENERA,  Federico escribe:


En la casa blanca muere
la perdición de los hombres.
Cien jacas caracolean.
Sus jinetes están muertos.
Bajo las estremecidas
Estrellas de los velones,
su falda de moaré tiembla
Entre sus muslos de cobre.
Cien jacas caracolean.
Sus jinetes están muertos.
Largas sombras afiladas
Vienen del turbio horizonte,
y el bordón de una guitarra
se rompe.
Cien jacas caracolean.
Sus jinetes están muertos.

***

Amparo (Dos muchachas)

Amparo,
Que tu es seule dans ta maison!
Vêtue de blanc!


(Équateur entre le jasmín et le nard!)
Écoute les merveilleux
Sons de ton patio,
La faible trille jaune
Du canari.


Le soir tu vois trembler
Les cyprès avec les oiseaux,
Tandis que tu brodes lentement
Des lettres sur le canevas.


Amparo,
Que tu es seule dans ta maison!
Vêtue de blanc!


Amparo,
Et qu'il est difficile de te dire
Je t'aime!


Traduit par Gilles de Seze

Amparo (Dos muchachas)

Amparo,
!Qué sola estás en tu casa
Vestida de blanco!


(Ecuador entre el jazmín y el nardo!)
Oyes los maravillosos
Surditores de tu patio,
T al débil trino Amarillo
Del canario.


Por la tarde ves temblar
Los cipreses con las pájaros,
Mientras bordas lentamente
Letras sobre el cañamazo.


Amparo,
!que sola estás en tu casa
Vestida de blanco!


Amparo,
!y qué difícil decirte:
Yo te amo!


***

Entre 1924 et 1927,  Garcia Lorca développe le «Poème du Cante Jondo » et écrit ce qui deviendra son livre le plus lu, Le Romancero gitan,  dans lequel l'auteur déborde de ce sentiment propre au sud de cette époque.


Traduction Julie Domenget

Entre 1924 y 1927,  García Lorca desarrolla el«Poema del cante jondo· y escribe el que será su libro más leido  El romancero gitano,  donde su autor derrocha ese sentir propio del sur,  del sur de aquella época.

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9 janvier 2011 7 09 /01 /janvier /2011 01:55

Federico García Lorca
(1898-1936)

 

La femme adultère

A Lydia Cabrera y a su negrit


Je la pris près de la rivière
Car je la croyais sans mari
Tandis qu'elle était adultère
Ce fut la Saint-Jacques la nuit
Par rendez-vous et compromis
Quand s'éteignirent les lumières
Et s'allumèrent les cri-cri
Au coin des dernières enceintes
Je touchai ses seins endormis
Sa poitrine pour moi s'ouvrit
Comme des branches de jacinthes
Et dans mes oreilles l'empois
De ses jupes amidonnées
Crissait comme soie arrachée
Par douze couteaux à la fois
Les cimes d'arbres sans lumière
Grandissaient au bord du chemin
Et tout un horizon de chiens
Aboyait loin de la rivière


Quand nous avons franchi les ronces
Les épines et les ajoncs
Sous elle son chignon s'enfonce
Et fait un trou dans le limon
Quand ma cravate fût ôtée
Elle retira son jupon
Puis quand j'ôtai mon ceinturon
Quatre corsages d'affilée
Ni le nard ni les escargots
N'eurent jamais la peau si fine
Ni sous la lune les cristaux
N'ont de lueur plus cristalline
Ses cuisses s'enfuyaient sous moi
Comme des truites effrayées
L'une moitié toute embrasée
L'autre moitié pleine de froid
Cette nuit me vit galoper
De ma plus belle chevauchée
Sur une pouliche nacrée
Sans bride et sans étriers


Je suis homme et ne peux redire
Les choses qu'elle me disait
Le clair entendement m'inspire
De me montrer fort circonspect
Sale de baisers et de sable
Du bord de l'eau je la sortis
Les iris balançaient leur sabre
Contre les brises de la nuit
Pour agir en pleine droiture
Comme fait un loyal gitan
Je lui fis don en la quittant
D'un beau grand panier à couture
Mais sans vouloir en être épris
Parce qu'elle était adultère
Et se prétendait sans mari
Quand nous allions vers la rivière


Traduction Jean Prévost [Extrait de "El Romancero Gitano"]



La casada infiel

A Lydia Cabrera y a su negrit


Y yo que me la lleve al río
creyendo que era mozuela,
pero tenía marido.
Fue la noche de Santiago
y casi por compromiso.
Se apagaron los faroles
y se encendieron los grillos.
En las últimas esquinas
toque sus pechos dormidos,
y se me abrieron de pronto
como ramos de jacintos.
El almidón de su enagua
me sonaba en el oído
como una pieza de seda
rasgada por diez cuchillos.
Sin luz de plata en sus copas
los árboles han crecido
y un horizonte de perros
ladra muy lejos del río.


Pasadas las zarzamoras,
los juncos y los espinos,
bajo su mata de pelo
hice un hoyo sobre el limo.
Yo me quité la corbata.
Ella se quito el vestido.
Yo, el cinturón con revólver.
Ella, sus cuatro corpiños.
Ni nardos ni caracolas
tienen el cutis tan fino,
ni los cristales con luna
relumbran con ese brillo.
Sus muslos se me escapaban
como peces sorprendidos,
la mitad llenos de lumbre,
la mitad llenos de frío.
Aquella noche corrí
el mejor de los caminos,
montado en potra de nácar
sin bridas y sin estribos.


No quiero decir, por hombre,
las cosas que ella me dijo.
La luz del entendimiento
me hace ser muy comedido.
Sucia de besos y arena,
yo me la llevé del río.
Con el aire se batían
las espadas de los lirios.
Me porté como quien soy.
Como un gitano legítimo.
Le regalé un costurero
grande, de raso pajizo,
y no quise enamorarme
porque teniendo marido
me dijo que era mozuela
cuando la llevaba al río.

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9 janvier 2011 7 09 /01 /janvier /2011 01:54

Federico García Lorca

(1898-1936)

 

http://the2a.free.fr/TheatreAtelier/images/lorca.jpg

Biographie

Célèbre poète et écrivain de théâtre, Federico Garcia Lorca est né le 5 juin 1898 à Fuente Vaqueros, près de Grenade.  Jeune homme, il fit ses études en philosophie,  en littérature et en droit à l'Université de Grenade.   Surtout reconnu pour son talent d'écrivain, Lorca était aussi un peintre et musicien accompli.  Ses oeuvres musicales puisent de la musique et du folklore gitans, plus particulièrement du flamenco, musique populaire de son Andalousie natale.


En 1922, Lorca et le compositeur Manuel de Falla organisèrent la Fiesta del Cante Jonco, un festival de musique folklorique consacré à la chanson profonde, le style de chanson le plus velouté dans la tradition flamenco.  C'est dans deux de ses poèmes les plus importants, «Poema del Cante Jondo» et «Romancero Gitano», que l'on ressent le plus l'influence du flamenco; ces deux poèmes révèlent, sous forme lyrique, les impulsions musicales,  poétiques et spirituelles de Lorca.  On retrouve sur ce disque compact,  «Corazon Malherido» et «Romance de la Luna, Luna», deux chansons inspirées à partir de ces oeuvres.


L'influence du folklore transparaît également dans ses pièces de théâtre Bodas de SangreYermaLas Casa de Bernarda Alba où Lorca réussit subtilement à capter l'essence de l'âme divisée du peuple espagnol de l'époque.   Ses livres sont lus dans tous les pays de langue espagnole et ont connu un immense succès en Argentine, Uruguay et à Cuba.  Les principaux thèmes traités dans ses oeuvres sont l'amour, la fierté, la passion ainsi que la mort violente, qui ont beaucoup marqué la vie de Lorca.


À la veille de la guerre civile espagnole en 1936, Lorca fut arrêté par des membres de la Falange du parti fasciste, partisans du général Franco.   Deux jours plus tard, le 19 août, il fut exécuté par un peloton d'exécution.   Par une nuit sans lune, son corps fut jeté dans une tombe sans nom.




Biografia

5 de junio: 1998,  Federico García Lorca nace en Fuente Vaqueros (Granada).   Lorca estudió letras en la universidad de Granada y música con Manuel de Falla, fue unas de las puntas del triángulo surrealista formado por él, Salvador Dalí y Luis Buñuel, atraídos por el tremendo significado del manifiesto surrealista de André Breton .

En 1929-30 visitó los Estados Unidos (Poeta en Nueva York) y cuba, y en 1933 a Buenos Aires y Montevideo.  Durante la república fundó y dirigió La Barraca,  un grupo de teatro universitario que recorrió muchos pueblos.


Rápidamente se embebió del mundo gitano,«vivían en un mundo de ensueños de extraño y contenido pesar.  Pero también en un mundo tremendamente vital, de pasiones fuertes».  Esta fascinación quedó claramente marcada en su Romancero Gitano, mezcla de realidad fulgurante y sensibilidad extrema.


Esta ternura plasmada en un torbellino de imágenes, («¡Que perfume de flor de cuchillo!»), se desarrolla en toda su obra, Poeta en Nueva YorkBodas de sangre, Poemas del cante jondo, Llanto por la muerte de Ignacio Sánchez Mejías, Mariana Pineda, Bodas de sangre, La casa de Bernarda Alba, Yerma...


En 1934 declaró en una entrevista concedida al diario EL SOL: «Yo siempre soy y seré partidario de los pobres.  En el mundo ya no luchan fuerzas humanas sino telúricas.  A mí me ponen en una balanza el resultado de esta lucha: aquí tu dolor y tu sacrificio, aquí la justicia para todos, aún con la angustia del tránsito hacia el futuro que ya se presiente pero que se desconoce, y descargo el puño con fuerza en este platillo».


Murió poco después de empezar la guerra civil, en Víznar (Granada), 1936,  fusilado por los nacionalistas en una cuneta del camino.

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