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11 novembre 2010 4 11 /11 /novembre /2010 00:08

Ce discours a été prononcé le 8 octobre 1987 à Ouagadougou, dans le cadre d’une cérémonie honorant la vie de Che Guevara tué 20 ans plus tôt. Une délégation cubaine comprenant Camilo Guevara March, le fils du Che, y assistait. A noter que Sankara sera assassiné une semaine plus tard et c’est sans doute une de ses dernières apparitions publiques, un de ses derniers discours. Les crochets indiquent des passages peu audibles dans l’enregistrement qui a servi à la transcription de ce discours.. Nous l’avons repris dans le lrecueil de discours intitulé "Nous sommes les héritiers des révolutions du monde" présenté à l’adresse http://www.thomassankara.net/article.php3?id_article=0133


 

 

Hommage à Che Guevara

Thomas Sankara et le Ché

Ce matin de façon modeste, nous sommes venus ouvrir cette exposition qui tente de retracer la vie et l’œuvre du Che. En même temps aujourd’hui nous voulons dire au monde entier que Che Guevara pour nous n’est pas mort. Car partout dans le monde existent des foyers où les hommes luttent pour plus de liberté, plus de dignité, plus de justice, plus de bonheur. Partout dans le monde les hommes luttent contre l’oppression, la domination, contre le colonialisme, contre le néocolonialisme et l’impérialisme, contre l’exploitation de classe.

Chers amis, en joignant nos voix à celles de tous ceux qui dans le monde se souviennent qu’un jour un homme appelé le Che Guevara a […] avec toute la foi de son cœur, s’était engagé aux côté d’autres hommes et avait ainsi réussi à créer cette étincelle qui a tant troublé les forces d’occupation dans le monde, nous voulons simplement dire qu’un ère nouvelle a sonné au Burkina Faso, qu’un réalité [nouvelle] est en marche dans notre pays ? On peut voir ainsi l’appel de Che Guevara, celui-là même qui voulait allumer partout dans le monde des foyers en lutte.

Che Guevara a été fauché par des balles, des balles impérialistes sous les cieux de Bolivie. Et nous disons que Che Guevara pour nous n’est pas mort.

Une des belles phrases dont se souviennent les révolutionnaires, les grands révolutionnaires cubains, est celle-là même que son ami, son compagnon de lutte, son camarade son frère, Fidel Castro, lui-même répétait. Une phrase qu’il avait captée un jour de lutte de la bouche d’un homme du peuple, un officier de Batista qui, malgré son appartenance à cette armée réactionnaire et répressive, savait faire alliance avec les forces en lutte pour le bonheur du peuple cubain. Lorsque ceux qui avaient tenté l’assaut contre la caserne de la Moncada venaient déchouer et qu’ils devaient subir des supplices par les armées de Batista, ils devaient être fusillés, l’officier avait simplement dit : " Ne tirez pas, on en tue pas les idées."

C’est vrai, on ne tue pas les idées. Les idées ne meurent pas. C’est pourquoi Che Guevara, qui était un concentré d’idées révolutionnaires et de don de soi, n’est pas mort parce qu’aujourd’hui vous êtes venus [de Cuba] et nous nous inspirons de vous.

Che Guevara, argentin de par son, passeport, est devenu cubain d’adoption par la sang et la sueur qu’il a versés pour le peuple cubain. Et surtout il est devenu citoyen du monde libre, le monde libre qui est ce monde qu’ensemble nous sommes en train de bâtir. C’est pourquoi nous disons que Che Guevara est aussi africain et burkinabè.

Che Guevara appelait son béret la "boïna". Un peu partout en Afrique, il a fait connaître ce béret et cette étoile. Du nord au sud, l’Afrique se souvient de Che Guevara.

Une jeunesse intrépide, une jeunesse assoiffée de dignité, assoiffée de courage, assoiffée d’idées, de cette vitalité qu’il symbolisait en Afrique, recherchait Che Guevara pour boire à la source, la source vivifiante que représentait dans le monde ce capitaine révolutionnaire. Et du peu d’entre eux qui ont eu la chance, qui ont eu l’honneur d’approcher le Che et qui encore vivants, certains sont ici parmi nous.

Le Che est burkinabè. Il est burkinabè parce qu’il participe à notre lutte. Il est burkinabè parce que ses idées nous inspirent et sont inscrites dans notre Discours d’Orientation Politique. Il est burkinabè parce que son étoile est frappée de notre emblème. Il est burkinabè parce qu’une partie de ses idées vit en chacun de nous dans la lutte quotidienne que nous menons.

Le Che est un homme, mais un homme qui a su montrer et nous éduquer dans l’idée que nous pouvons oser avoir confiance en nous et avoir confiance en nos capacités. Le Che est parmi nous, ensemble [avec nous].

Je voudrais dire : qu’est-ce que le Che ? Le Che pour nous, c’est d’abord la force de conviction, la conviction révolutionnaire, la foi révolutionnaire dans ce que tu fais, la conviction que la victoire nous appartient, que la lutte est notre recours.

Le Che c’est aussi l’humanisme. L’humanisme : cette générosité qui s’exprime, ce don de soi qui a fait du Che non seulement un combattant argentin, cubain, internationaliste, mais aussi un homme, avec toute la chaleur.

Le Che c’est aussi l’exigence. Exigence de celui-là qui a eu la chance de naître dans une famille aisée... mais qui a su dire non à ses tentations, qui a su tourner le dos aux facilités, pour au contraire s’affirmer comme un homme qui fait cause commune avec la misère des autres. L’exigence du Che : voilà ce qui doit nous inspirer le plus.

C’est pourquoi conviction, humanisme, exigence font de lui le Che. Et ceux qui savent rassembler en eux ces verts, ceux qui savent rassembler en eux ces qualités, cette conviction, cet humanisme et cette exigence peuvent dire qu’ils sont comme le Che : des hommes parmi les hommes, mais surtout des révolutionnaires parmi les révolutionnaires.

Nous venons de regarder ces images qui retracent autant qu’elles peuvent tenter de le faire une partie de la vie du Che. Malgré leur force d’expression, ces images restent muettes sur cette partie la plus déterminante de l’homme, celle-là même que l’impérialisme visait. .C’est beaucoup l’esprit du Che, que les balles ont visé, que son image. Sa photo est partout dans les esprits et sa silhouette est l’une des plus familières. Faisons donc en sorte que nous puissions mieux connaître le Che.

Approchons donc le Che. Approchons-le non pas comme nous le ferions d’un dieu, non pas comme nous le ferions de cette idée, de cette image au-dessus des hommes, mais faisons-le avec le sentiment que nous allons vers un frère qui nous parle et à qui nous pouvons également parler. Faisons en sorte que les révolutionnaires s’inspirent de l’esprit du Che, pour être eux aussi internationalistes, pour savoir eux aussi bâtir avec les autres hommes de la foi, la foi dans la lutte pour la transformation (des choses, contre l’impérialisme, contre la capitalisme.

Quant à vous, camarade Camilo Guevara, il ne nous est certainement pas permis de dire que vous êtes un fils orphelin. Le Che appartient à nous tous. Il nous appartient comme un patrimoine de tous les révolutionnaires. Vous ne pouvez donc pas vous sentir seul et abandonné, car vous trouvez en chacun de nous, nous l’espérons, des frères, des soeurs, des amis, des camarades. Vous êtes avec nous citoyen du Burkina, parce que vous êtes résolument engagés sur les traces du Che, notre Che à nous tous, notre père à nous [tous]

Enfin souvenons-nous du Che simplement comme ce romantisme éternel, cette jeunesse si fraîche et si vivifiante, et en même temps cette lucidité, cette sagesse, ce dévouement que seuls les hommes profonds, les hommes de coeur peuvent avoir. Le Che c’était la jeunesse des 17 ans. Mais le Che, c’était également la sagesse des 77 ans. Cette alliance judicieuse est celle-là que nous devons avoir en permanence. Le Che, c’était le cœur qui parlait, c’était aussi le bras vigoureux et intrépide qui agissait.

Camarades, je remercie nos amis et camarades cubains, pour l’effort qu’ils ont fait en venant s’associer à nous. Je remercie tous ceux qui ont franchi des milliers de kilomètres, qui ont traversé les mers pour se retrouver ici au Burkina Faso pour se souvenir du Che.

Je remercie également toux ceux qui, de par leurs contributions personnelles, feront en sorte que cette journée ne soit point simplement une date du calendrier, mais surtout des jours, plusieurs jours de l’année, plusieurs jours dans les années et les siècles pour que vive éternellement l’esprit du Che.

Mais chaque fois que nous penserons au Che, tentons de lui ressembler, et de faire revivre l’home, le combattant. Et surtout chaque fois que nous aurons l’idée d’agir comme lui dans l’abnégation, dans le refus des biens bourgeois qui tentent de nous aliéner, dans le refus aussi des facilités mais dans l’éducation et la discipline rigoureuse, de l’éthique révolutionnaire, chaque fois que nous aurons tenté d’agir ainsi, nous aurons mieux servi les idées du Che, nous les aurons mieux répandues. 

La Patrie ou la mort nous vaincrons !

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11 novembre 2010 4 11 /11 /novembre /2010 00:08

 

Thomas Sankara et le Ché

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11 novembre 2010 4 11 /11 /novembre /2010 00:07

Le 4 octobre 1984, Sankara s’adresse à la Trente-neuvième session de l’Assemblée générale des Nations Unies. La source de son discours ci-après est une brochure distribuée par la représentation du Burkina Faso auprès des Nations Unies.

 Monsieur le Président, Monsieur le secrétaire Général,

 Honorables représentants de la Communauté internationale

 

Je viens en ces lieux vous apporter le salut fraternel d’un pays de 274000 km², où sept millions d’enfants, de femmes et d’hommes, refusent désormais de mourir d’ignorance, de faim, de soif, tout en n’arrivant pas à vivre véritablement depuis un quart de siècle d’existence comme Etat souverain, siégeant à l’ONU.

Je viens à cette Trente-neuvième session vous parler au nom d’un peuple qui, sur la terre de ses ancêtres, a choisi, dorénavant de s’affirmer et d’assumer son histoire, dans ses aspects positifs, comme dans ses aspects négatifs, sans complexe aucun.

Je viens enfin, mandaté par le Conseil National de la Révolution (CNR) du Burkina Faso, pour exprimer les vues de mon peuple concernant les problèmes inscrits à l’ordre du jour, et qui constituent la trame tragique des évènements qui fissurent douloureusement les fondements du monde en cette fin du vingtième siècle. Un monde où l’humanité est transformée en cirque, déchirée par les luttes entre les grands et les semi-grands, battue par les bandes armées, soumise aux violences et aux pillages. Un monde où des nations, se soustrayant à la juridiction internationale, commandent des groupes hors-la-loi, vivant de rapines, et organisant d’ignobles trafics, le fusil à la main.

 

Monsieur le Président

 

Je n’ai pas ici la prétention d’énoncer des dogmes. Je ne suis ni un messie ni un prophète. Je ne détiens aucune vérité. Ma seule ambition est une double aspiration : premièrement, pouvoir, en langage simple, celui de l’évidence et de la clarté, parler au nom de mon peuple, le peuple du Burkina Faso ; deuxièmement, parvenir à exprimer aussi, à ma manière, la parole du "Grand peuple des déshérités", ceux qui appartiennent à ce monde qu’on a malicieusement baptisé Tiers Monde. Et dire, même si je n’arrive pas à les faire comprendre, les raisons que nous avons de nous révolter.

Tout cela dénote de l’intérêt que nous portons à l’ONU, les exigences de nos droits y prenant une vigueur et la rigueur de la claire conscience de nos devoirs.

Nul ne s’étonnera de nous voir associer l’ex Haute-Volta, aujourd’hui le Burkina Faso, à ce fourre-tout méprisé, le Tiers Monde, que les autres mondes ont inventé au moment des indépendances formelles pour mieux assurer notre aliénation culturelle, économique et politique. Nous voulons nous y insérer sans pour autant justifier cette gigantesque escroquerie de l’Histoire. Encore moins pour accepter d’être "l’arrière monde d’un Occident repu". Mais pour affirmer la conscience d’appartenir à un ensemble tricontinental et admettre, en tant que non-alignés, et avec la densité de nos convictions, qu’une solidarité spéciale unit ces trois continents d’Asie, d’Amérique latine et d’Afrique dans un même combat contre les mêmes trafiquants politiques, les mêmes exploiteurs économiques.

Reconnaître donc notre présence  au sein du Tiers Monde c’est, pour paraphraser José Marti, "affirmer que nous sentons sur notre joue tout coup donné à n’importe quel homme du monde". Nous avons jusqu’ici tendu l’autre joue. Les gifles ont redoublées. Mais le cœur du méchant ne s’est pas attendri. Ils ont piétiné la vérité du juste. Du Christ ils ont trahi la parole. Ils ont transformé sa croix en massue. Et après qu’ils se soient revêtus de sa tunique, ils ont lacéré nos corps et nos âmes. Ils ont obscurci son message. Ils l’ont occidentalisé cependant que nous le recevions comme libération universelle. Alors, nos yeux se sont ouverts à la lutte des classes. Il n’y aura plus de gifles.

Il faut proclamer qu’il ne peut y avoir de salut pour nos peuples que si nous tournons radicalement le dos à tous les modèles que tous les charlatans de même acabit ont essayé de nous vendre vingt années durant. Il ne saurait y avoir pour nous de salut en dehors de ce refus là. Pas de développement en dehors de cette rupture.

Du reste, tous les nouveaux "maîtres-à-penser" sortant de leur sommeil, réveillés par la montée vertigineuse de milliards d’hommes en haillons, effrayés par la menace que fait peser sur leur digestion cette multitude traquée par la faim, commencent à remodeler leurs discours et, dans une quête anxieuse, recherchent une fois de plus en nos lieu et place, des concepts-miracles, de nouvelles formes de développement pour nos pays. Il suffit pour s’en convaincre de lire les nombreux actes des innombrables colloques et séminaires.

Loin de moi l’idée de tourner en ridicule les efforts patients de ces intellectuels honnêtes qui, parce qu’ils ont des yeux pour voir, découvrent les terribles conséquences des ravages imposés par lesdits "spécialistes" en développement dans le Tiers Monde. La crainte qui m’habite c’est de voir les résultats de tant d’énergies confisquées par les Prospéro de tout genre pour en faire la baguette magique destinée à nous renvoyer à un monde d’esclavage maquillé au goût de notre temps.

Cette crainte se justifie d’autant plus que la petite bourgeoisie africaine diplômée, sinon celle du Tiers Monde, soit par paresse intellectuelle, soit plus simplement parce qu’ayant goûté au mode de vie occidental, n’est pas prête à renoncer à ses privilèges. De ce fait, elle oublie que toute vraie lutte politique postule un débat théorique rigoureux et elle refuse l’effort de réflexion qui nous attend. Consommatrice passive et lamentable, elle se regorge de vocables fétichisés par l’Occident comme elle le fait de son whisky et de son champagne, dans ses salons à l’harmonie douteuse.

On recherchera en vain depuis les concepts de négritude ou d’"African Personality" marqués maintenant par les temps, des idées vraiment neuves issues des cerveaux de nos "grands" intellectuels. Le vocabulaire et les idées nous viennent d’ailleurs. Nos professeurs, nos ingénieurs et nos économistes se contentent d’y adjoindre des colorants parce que, des universités européennes dont ils sont les produits, ils n’ont ramené souvent que leurs diplômes et le velours des adjectifs ou des superlatifs.

Il est nécessaire, il est urgent que nos cadres et nos travailleurs de la plume apprennent qu’il n’y a pas d’écriture innocente. En ces temps de tempêtes, nous ne pouvons laisser à nos seuls ennemis d’hier et d’aujourd’hui, le monopole de la pensée, de l’imagination et de la créativité. Il faut, avant qu’il ne soit trop tard, car il est déjà trop tard, que ces élites, ces hommes de l’Afrique, du Tiers Monde, reviennent à eux-mêmes, c’est-à-dire à leur société, à la misère dont nous avons hérité pour comprendre non seulement que la bataille pour une pensée au service des masses déshéritées n’est pas vaine, mais qu’ils peuvent devenir crédibles sur le plan international, qu’en inventant réellement, c’est-à-dire, en donnant de leurs peuples une image fidèle. Une image qui leur permette de réaliser des changements profonds de la situation sociale et politique, susceptibles de nous arracher à la domination et à l’exploitation étrangères qui livrent nos Etats à la seule perspective de la faillite.

C’est ce que nous avons perçu, nous, peuple burkinabè, au cours de cette nuit du 4 août 1983, aux premiers scintillements des étoiles dans le ciel de notre Patrie. Il nous fallait prendre la tête des jacqueries qui s’annonçaient dans les campagnes affolées par l’avancée du désert, épuisées par la faim et la soif et délaissées. Il nous fallait donner un sens aux révoltes grondantes des masses urbaines désoeuvrées, frustrées et fatiguées de voir circuler les limousines des élites aliénées qui se succédaient à la tête de l’Etat et qui ne leur offraient rien d’autre que les fausses solutions pensées et conçues par les cerveaux des autres. Il nous fallait donner une âme idéologique aux justes luttes de nos masses populaires mobilisées contre l’impérialisme monstrueux. A la révolte passagère, simple feu de paille, devait se substituer pour toujours la révolution, lutte éternelle contre la domination.

D’autres avant moi ont dit, d’autres après moi diront à quel point s’est élargi le fossé entre les peuples nantis et ceux qui n’aspirent qu’à manger à leur faim, boire à leur soif, survivre et conserver leur dignité. Mais nul n’imaginera à quel point " le grain du pauvre a nourri chez nous la vache du riche".

Dans le cas de l’ex Haute Volta, le processus était encore plus exemplaire. Nous étions la condensation magique, le raccourci de toutes les calamités qui ont fondu sur les pays dits "en voie de développement". Le témoignage de l’aide présentée comme la panacée et souvent trompetée, sans rime ni raison, est ici éloquent. Très peu sont les pays qui ont été comme le mien inondés d’aides de toutes sortes. Cette aide est en principe censée œuvrer au développement. On cherchera en vain dans ce qui fut autrefois la Haute-Volta, les singes de ce qui peut relever d’un développement. Les hommes en place, soit par naïveté, soit par égoïsme de classe, n’ont pas pu on n’ont pas voulu maîtriser cet afflux extérieur, en saisir la portée et exprimer des exigences dans l’intérêt de notre peuple.

Analysant un tableau publié en 1983 par le Club du Sahel, Jacques Giri dans son ouvrage "Le Sahel Demain", conclut avec beaucoup de bon sens que l’aide au Sahel, à cause de son contenu et des mécanismes en place, n’est qu’une aide à la survie. Seuls, souligne-t-il, 30 pour cent de cette aide permet simplement au Sahel de vivre. Selon Jacques Giri, cette aide extérieure n’aurait d’autres buts que de continuer à développer les secteurs improductifs, imposant des charges intolérables à nos petits budgets, désorganisant nos campagnes, creusant les déficits de notre balance commerciale, accélérant notre endettement.

Juste quelques clichés pour présenter l’ex Haute-Volta :

- 7 millions d’habitants, avec plus de 6 millions de paysannes et de paysans

- Un taux de mortalité infantile estimé à 180 pour mille

- Une espérance de vie se limitant à 40 ans

- Un taux d’analphabétisme allant jusqu’à 98 pour cent, si nous concevons l’alphabétisé comme celui qui sait lire, écrire et parler une langue.

- Un médecin pour 50000 habitants

- Un taux de scolarisation de 16 pour cent

- et enfin un produit intérieur brut par tête d’habitant de 53356 francs CFA soit à peine plus de 100 dollars.

Le diagnostic à l’évidence, était sombre. La source du mal était politique. Le traitement ne pouvait qu’être politique.

Certes nous encourageons l’aide qui nous aide à nous passer de l’aide. Mais en général, la politique d’assistance et d’aide n’a abouti qu’à nous désorganiser, à nous asservir, à nous déresponsabiliser dans notre espace économique, politique et culturel.

Nous avons choisi de risquer de nouvelles voies pour être plus heureux. Nous avons choisi de mettre en place de nouvelles techniques.

Nous avons choisi de rechercher des formes d’organisation mieux adaptées à notre civilisation, rejetant de manière abrupte et définitive toutes sortes de diktats extérieurs, pour créer ainsi les conditions d’une dignité à la hauteur de nos ambitions. Refuser l’état de survie, desserrer les pressions, libérer nos campagnes d’un immobilisme moyenâgeux ou d’une régression, démocratiser notre société, ouvrir les esprits sur un univers de responsabilité collective pour oser inventer l’avenir. Briser et reconstruire l’administration à travers une autre image du fonctionnaire, plonger notre armée dans le peuple par le travail productif et lui rappeler incessamment que sans formation patriotique, un militaire n’est qu’un criminel en puissance. Tel est notre programme politique.

Au plan de la gestion économique, nous apprenons à vivre simplement, à accepter et à nous imposer l’austérité afin d’être à même de réaliser de grands desseins.

Déjà, grâce à l’exemple de la Caisse de solidarité nationale, alimentée par des contributions volontaires, nous commençons à répondre aux cruelles questions posées par la sécheresse. Nous avons soutenu et appliqué les principes d’Alma-Ata en élargissant le champ des soins de santé primaires. Nous avons fait nôtre, comme politique d’Etat, la stratégie du GOBI FFF, préconisée par l’UNICEF.

Par l’intermédiaire de l’Office du Sahel des Nations Unies (OSNU), nous pensons que les Nations unies devraient permettre aux pays touchés par la sécheresse la mise sur pied d’un plan moyen et long termes afin de parvenir à l’autosuffisance alimentaire.

Pour préparer le vingt et unième siècle, nous avons, par la création d’une tranche spéciale de la Tombola, "Instruisons nos enfants", lancé une campagne immense pour l’éducation et la formation de nos enfants dans une école nouvelle. Nous avons lancé à travers l’action salvatrice des Comités de Défense de la Révolution un vaste programme de construction de logements sociaux, 500 en trois mois, de routes, de petites retenues d’eau etc… Notre ambition économique est d’œuvrer pour que le cerveau et les bras de chaque burkinabè puissent au moins lui servir à inventer et à créer de quoi s’assurer deux repas par jour et de l’eau potable.

Nous jurons, nous proclamons, que désormais au Burkina Faso, plus rien ne se fera sans la participation des burkinabè. Rien qui n’ait été au préalable décidé par nous, élaboré par nous. Il n’y aura plus d’attentat à notre pudeur et à notre dignité.

Forts de cette certitude, nous voudrions que notre parole s’élargisse à tous ceux qui souffrent dans leur chair, tous ceux qui sont bafoués dans leur dignité d’homme par un minorité d’hommes ou par un système qui les écrase.

Permettez, vous qui m’écoutez, que je le dise : je ne parle pas seulement au nom du Burkina Faso tant aimé mais également au nom de tous ceux qui ont mal quelque part.

Je parle au nom de ces millions d’êtres qui sont dans les ghettos parce qu’ils ont la peau noire ou qu’ils sont de culture différente et bénéficient d’un statut à peine supérieur à celui d’un animal.

Je souffre au nom des Indiens massacrés, écrasés, humiliés et confinés depuis des siècles dans des réserves afin qu’ils n’aspirent à aucun droit et que leur culture ne puisse s’enrichir en convolant en noces heureuses au contact d’autres cultures, y compris celle de l’envahisseur.

Je m’exclame au nom des chômeurs d’un système structurellement injuste et conjoncturellement désaxé, réduits à ne percevoir de la vie que le reflet de celle des plus nantis.

Je parle au nom des femmes du monde entier, qui souffrent d’un système d’exploitation imposé par les mâles. Pour ce qui nous concerne, nous sommes prêts à accueillir toutes les suggestions du monde entier, nous permettant de parvenir à l’épanouissement total de la femme burkinabè. En retour, nous donnons en partage à tous les pays, l’expérience positive que nous entreprenons avec des femmes désormais présentes à tous les échelons de l’appareil de l’État et de la vie sociale au Burkina Faso. Des femmes qui luttent et proclament avec nous, que l’esclave qui n’est pas capable d’assumer sa révolte ne mérite pas que l’on s’apitoie sur son sort. Cet esclave répondra seul de son malheur s’il se fait des illusions sur la condescendance suspecte d’un maître qui prétend l’affranchir. Seule la lutte libère et nous en appelons à toutes nos sœurs de toutes les races pour qu’elles montent à l’assaut pour la conquête de leurs droits.

Je parle au nom des mères de nos pays démunis, qui voient mourir leurs enfants de paludisme ou de diarrhée, ignorant qu’il existe, pour les sauver, des moyens simples que la science des multinationales ne leur offre pas, préférant investir dans les laboratoires de cosmétiques et dans la chirurgie esthétique pour les caprices de quelques femmes ou d’hommes dont la coquetterie est menacée par les excès de calories de leurs repas trop riches et d’une régularité à vous donner, non, plutôt à nous donner, à nous autres du Sahel, le vertige. Ces moyens simples recommandés par l’OMS et l’UNICEF, nous avons décidé de les adopter et de les populariser.

Je parle aussi au nom de l’enfant. L’enfant du pauvre, qui a faim et qui louche furtivement vers l’abondance amoncelée dans une boutique pour riches. La boutique protégée par une vitre épaisse. La vitre défendue par une grille infranchissable. Et la grille gardée par un policier casqué, ganté et armé de matraque. Ce policier, placé là par le père d’un autre enfant qui viendra se servir ou plutôt se faire servir parce que représentant toutes les garanties de représentativité et de normes capitalistiques du système.

Je parle au nom des artistes (poètes, peintres, sculpteur, musiciens, acteurs), hommes de bien qui voient leur art se prostituer pour l’alchimie des prestidigitations de show-business.

Je crie au nom des journalistes qui sont réduits soit au silence, soit au mensonge pour ne pas subir les dures lois du chômage.

Je proteste au nom des sportifs du monde entier dont les muscles sont exploités par les systèmes politiques ou les négociants de l’esclavage modernes.

Mon pays est un concentré de tous les malheurs des peuples, une synthèse douloureuse de toutes les souffrances de l’humanité, mais aussi et surtout des espérances de nos luttes. C’est pourquoi je vibre naturellement au nom des malades qui scrutent avec anxiété les horizons d’une science accaparée par les marchands de canons. Mes pensées vont à tous ceux qui sont touchés par la destruction de la nature et à ces trente millions d’hommes qui vont mourir comme chaque année, abattus par la redoutable arme de la faim.

Militaire, je ne peux oublier ce soldat obéissant aux ordres, le doigt sur la détente, et qui sait que la balle qui va partir ne porte que le message de la mort.

Enfin, je veux m’indigner en pensant aux Palestiniens qu’une humanité inhumaine a choisi de substituer à un autre peuple, hier encore martyrisé. Je pense à ce vaillant peuple palestinien, c’est-à-dire à ces familles atomisées errant de par le monde en quête d’un asile. Courageux, déterminés, stoïques et infatigables, les Palestiniens rappellent à chaque conscience humaine la nécessité et l’obligation morale de respecter les droits d’un peuple : avec leurs frères juifs, ils sont antisionistes.

Aux côtés de mes frères soldats de l’Iran et de l’Irak, qui meurent dans une guerre fratricide et suicidaire, je veux également me sentir proche des camarades du Nicaragua dont les ports sont minés, les villes bombardées et qui, malgré tout, affrontent avec courage et lucidité leur destin. Je souffre avec tous ceux qui, en Amérique latine, souffrent de la mainmise impérialiste.

Je veux être aux côtés des peuples afghan et irlandais, aux côtés des peuples de Grenade et de Timor Oriental, chacun à la recherche d’un bonheur dicté par la dignité et les lois de sa culture.

Je m’élève ici au nom des tous ceux qui cherchent vainement dans quel forum de ce monde ils pourront faire entendre leur voix et la faire prendre en considération réellement. Sur cette tribune beaucoup m’ont précédé, d’autres viendront après moi. Mais seuls quelques uns feront la décision. Pourtant nous sommes officiellement présentés comme égaux. Eh bien, je me fais le porte voix de tous ceux qui cherchent vainement dans quel forum de ce monde, ils peuvent se faire entendre. Oui je veux donc parler au nom de tous les "laissés pour compte" parce que "je suis homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger".

Notre révolution au Burkina Faso est ouverte aux malheurs de tous les peuples. Elle s’inspire aussi de toutes les expériences des hommes depuis le premier souffle de l’Humanité. Nous voulons être les héritiers de toutes les révolutions du monde, de toutes les luttes de libération des peuples du Tiers Monde. Nous sommes à l’écoute des grands bouleversements qui ont transformé le monde. Nous tirons des leçons de la révolution américaine, les leçons de sa victoire contre la domination coloniale et les conséquences de cette victoire. Nous faisons nôtre l’affirmation de la doctrine de la non-ingérence des Européens dans les affaires américaines et des Américains dans les affaires européennes. Ce que Monroe clamait en 1823, « L’Amérique aux Américains », nous le reprenons en disant « l’Afrique aux Africains », « Le Burkina aux Burkinabè ». La Révolution française de 1789, bouleversant les fondements de l’absolutisme, nous a enseigné les droits de l’homme alliés aux droits des peuples à la liberté. La grande révolution d’octobre 1917 a transformé le monde, permis la victoire du prolétariat, ébranlé les assises du capitalisme et rendu possible les rêves de justice de la Commune française.

Ouverts à tous les vents de la volonté des peuples et de leurs révolutions, nous instruisant aussi de certains terribles échecs qui ont conduits à de tragiques manquements aux droits de l’homme, nous ne voulons conserver de chaque révolution, que le noyau de pureté qui nous interdit de nous inféoder aux réalités des autres, même si par la pensée, nous nous retrouvons dans une communauté d’intérêts.

 

Monsieur les Président,

Il n’y a plus de duperie possible. Le Nouvel Ordre Economique Mondial pour lequel nous luttons et continuerons à lutter, ne peut se réaliser que :

- si nous parvenons à ruiner l’ancien ordre qui nous ignore,

- si nous imposons la place qui nous revient dans l’organisation politique du monde,

- si, prenant conscience de notre importance dans le monde, nous obtenons un droit de regard et de décision sur les mécanismes qui régissent le commerce, l’économie et la monnaie à l’échelle planétaire.

Le Nouvel Ordre Economique international s’inscrit tout simplement, à côté de tous les autres droits des peuples, droit à l’indépendance, au libre choix des formes et de structures de gouvernement, comme le droit au développement. Et comme tous les droits des peuples, il s’arrache dans la lutte et par la lutte des peuples. Il ne sera jamais le résultat d’un acte de la générosité d’une puissance quelconque.

Je conserve en moi la confiance inébranlable, confiance partagée avec l’immense communauté des pays non-alignés, que sous les coups de boutoir de la détresse hurlante de nos peuples, notre groupe va maintenir sa cohésion, renforcer son pouvoir de négociation collective, se trouver des alliés parmi les nations et commencer, de concert avec ceux qu peuvent encore nous entendrez, l’organisation d’un système de relations économiques internationales véritablement nouveau.

 

Monsieur le Président,

Si j’ai accepté de me présenter devant cette illustre assemblée pour y prendre la parole, c’est parce que malgré les critiques qui lui sont adressées par certains grands contributeurs, les Nations Unies demeurent la tribune idéale pour nos revendications, le lieu obligé de la légitimité des pays sans voix.

C’est cela qu’exprime avec beaucoup de justesse notre Secrétaire général lorsqu’il écrit :

"L’organisation des Nations Unies est unique en ce qu’elle reflète les aspirations et les frustrations de nombreux pays et gouvernements du monde entier. Un de ses grands mérites est que toutes les Nations, y compris celles qui sont faibles, opprimées ou victimes de l’injustice, (il s’agit de nous), peuvent, même lorsqu’elles sont confrontées aux dures réalités du pouvoir, y trouver une tribune et s’y faire entendre. Une cause juste, même si elle ne rencontre que revers ou indifférence, peut trouver un écho à l’Organisation des Nations Unies ; cet attribut de l’Organisation n’est pas toujours prisé, mais il n’en est pas moins essentiel".

On ne peut mieux définir le sens et la portée de l’Organisation.

Aussi est-il, pour chacun de nous, un impératif catégorique de consolider les assises de notre Organisation, de lui donner les moyens de son action. Nous adoptons en conséquence, les propositions faîtes à cette fin par le Secrétaire Général, pour sortir l’Organisation des nombreuses impasses, soigneusement entretenues par le jeu des grandes puissances afin de la discréditer aux yeux de l’opinion publique.

 

Monsieur le Président,

Reconnaissant les mérites mêmes limités de notre Organisation, je ne peux que me réjouir de la voir compter de nouveaux adhérents. C’est pourquoi la délégation burkinabè salue l’entrée du 159ème membre de notre Organisation : l’Etat du Brunei Darussalam.

C’est la déraison de ceux entre les mains desquelles la direction du monde es tombée par le hasard des choses qui fait l’obligation au Mouvement des pays non alignés, auquel je l’espère, se joindra bientôt l’Etat du Brunei Darussalam, de considérer comme un des objectifs permanents de sa lutte, le combat pour le désarmement qui est un des aspects essentiels et une condition première de notre droit au développement.

Il faut, à notre avis des études sérieuses prenant en compte tous les éléments qui ont conduit aux calamités qui ont fondu sur le monde. A ce titre, le Président Fidel Castro en 1979, a admirablement exprimé notre point de vue à l’ouverture du sixième sommet des Pays non alignés lorsqu’il déclarait :

"Avec 300 milliards de dollars, on pourrait construire en un an 600000 écoles pouvant recevoir 400 millions d’enfants ; ou 60 millions de logements confortables pour 300 millions de personnes ; ou 30000 hôpitaux équipés de 18 millions de lits ; ou 20000 usines pouvant employer plus de 20 millions de travailleurs ou irriguer 150 millions d’hectares de terre qui, avec les moyens techniques adéquats pourraient alimenter un milliard de personnes…"

En multipliant aujourd’hui ce chiffre par 10, je suis certainement en deçà de la réalité, on réalise ce que l’Humanité gaspille tous les ans dans le domaine militaire, c’est-à-dire contre la paix.

On perçoit aisément pourquoi l’indignation des peuples se transforme rapidement en révolte et en révolution devant les miettes qu’on leur jette sous la forme ignominieuse d’une certaine "aide", assortie de conditions parfois franchement abjectes. On comprend enfin pourquoi dans le combat pour le développement, nous nous désignons comme des militants inlassables de la paix.

Nous faisons le serment de lutter pour atténuer les tensions, introduire les principes d’une vie civilisée dans les relations internationales et les étendre à toutes les parties du monde. Ce qui revient à dire que nous ne pouvons assister  passifs, au trafic des concepts.

Nous réitérons notre résolution d’être des agents actifs de la paix ; de tenir notre place dans le combat pour le désarmement ; d’agir enfin dans la politique internationale comme le facteur décisif, libéré de toute entrave vis-à-vis de toutes les grandes puissances, quels que soient les projets de ces dernières.

Mais la recherche de la paix va de pair avec l’application ferme du droit des pays à l’indépendance, des peuples à la liberté et des nations à l’existence autonome. Sur ce point, le palmarès le plus pitoyable, le plus lamentable _ oui, le plus lamentable_ est détenu au Moyen Orient en termes d’arrogance, d’insolence et d’incroyable entêtement par un petit pays, Israël, qui, depuis, plus de vingt ans, avec l’inqualifiable complicité de son puissant protecteur les Etats-Unis, continue à défier la communauté internationale.

Au mépris d’une histoire qui hier encore, désignait chaque Juif à l’horreur des fours crématoires, Israël en arrive à infliger à d’autres ce qui fut son propre calvaire. En tout état de cause, Israël dont nous aimons le peuple pour son courage et ses sacrifices d’hier, doit savoir que les conditions de sa propre quiétude ne résident pas dans sa puissance militaire financée de l’extérieur. Israël doit commencer à apprendre à devenir une nation comme les autres, parmi les autres.

Pour l’heure, nous tenons à affirmer du haut de cette tribune, notre solidarité militante et agissante à l’endroit des combattants, femmes et hommes, de ce peuple merveilleux de la Palestine parce que nous savons qu’il n’y a pas de souffrance sans fin.

 

Monsieur, le Président,

Analysant la situation qui prévaut en Afrique sur les plans économique et politique, nous ne pouvons pas ne pas souligner les graves préoccupations qui sont les nôtres, face aux dangereux défis lancés aux droits des peuples par certaines nations qui, sûres de leurs alliances, bafouent ouvertement la morale internationale.

Certes, nous avons le droit de nous réjouir de la décision de retrait des troupes étrangères au Tchad, afin que le Tchadiens entre eux, sans intermédiaire, cherchent les moyens de mettre fin à cette guerre fratricide, et donner enfin à ce peuple qui n’en finit pas de pleurer depuis de nombreux hivernages, les moyens de sécher ses larmes. Mais, malgré les progrès enregistrés çà et là par les peuples africains dans leur lutte pour l’émancipation économique, notre continent continue de refléter la réalité essentielle des contradictions entre les grandes puissances, de charrier les insupportables apories du monde contemporain.

C’est pourquoi nous tenons pour inadmissible et condamnons sans recours, le sort fait au peuple du Sahara Occidental par le Royaume du Maroc qui se livre à des méthodes dilatoires pour retarder l’échéance qui, de toute façon, lui sera imposée par la volonté du peuple sahraoui. Pour avoir visité personnellement les régions libérées par le peuple sahraoui, j’ai acquis la confirmation que plus rien désormais ne saurait entraver sa marche vers la libération totale de son pays, sous la conduite et éclairée du Front Polisario.

 

Monsieur le Président,

Je ne voudrais pas trop m’étendre sur la question de Mayotte et des îles de l’Archipel malgache. Lorsque les choses sont claires, lorsque les principes sont évidents, point n’est besoin d’élaborer. Mayotte appartient aux Comores. Les îles de l’archipel sont malgaches.

En Amérique Latine, nous saluons l’initiative du Groupe de Contadora, qui constitue une étape positive dans la recherche d’une solution juste à la situation explosive qui y prévaut. Le commandant Daniel Ortega, au nom du peuple révolutionnaire du Nicaragua a fait ici des propositions concrètes et posé des questions de fond à qui de droit. Nous attendons de voir la paix s’installer dans son pays et en Amérique Centrale, le 15 octobre prochain et après le 15 octobre et nous prenons à témoin l’opinion publique mondiale.

De même que nous avons condamné l’agression étrangère de l’île de Grenade, de même nous fustigeons toutes les interventions étrangères. C’est ainsi que nous ne pouvons pas nous taire face à l’intervention militaire en Afghanistan.

Il est cependant un point, mais dont la gravité exige de chacun de nous une explication franche et décisive. Cette question, vous vous en doutez, ne peut qu’être celle de l’Afrique du Sud. L’incroyable insolence de ce pays à l’égard de toutes les nations du monde, même vis-à-vis de celles qui soutiennent le terrorisme qu’il érige en système pour liquider physiquement la majorité noire de ce pays, le mépris qu’il adopte à l’égard de toutes nos résolutions, constituent l’une des préoccupations les plus oppressantes du monde contemporain.

Mais le plus tragique, n’est pas que l’Afrique du Sud se soit elle-même mise au banc de la communauté internationale à cause de l’abjection des lois de l’apartheid, encore moins qu’elle continue de maintenir illégalement la Namibie sous la botte colonialiste et raciste, ou de soumettre impunément ses voisins aux lois du banditisme. Non, le plus abject, le plus humiliant pour la conscience humaine, c’est qu’elle soit parvenue à "banaliser" le malheur de millions d’êtres humains qui n’ont pour se défendre que leur poitrine et l’héroïsme de leurs mains nues. Sûre de la complicité des grandes puissances et de l’engagement actif de certaines d’entre elles à ses côtés, ainsi que de la criminelle collaboration de quelques tristes dirigeants de pays africains, la minorité blanche ne se gêne pas pour ridiculiser les états d’âme de tous les peuples, qui, partout à travers le monde, trouvent intolérable la sauvagerie des méthodes en usage dans ce pays.

Il fut un temps où les brigades internationales se constituaient pour aller défendre l’honneur des nations agressées dans leur dignité. Aujourd’hui, malgré la purulence des plaies que nous portons tous à nos flancs, nous allons voter des résolutions dont les seules vertus, nous dira-t-on, seraient de conduire à résipiscence une Nation de corsaires qui "détruit le sourire comme le grêle due le fleurs".

 

Monsieur le Président,

Nous allons bientôt fêter le cent cinquantième anniversaire de l’émancipation des esclaves de l’Empire britannique. Ma délégation souscrit à la proposition des pays d’Antigua et de la Barbade de commémorer avec éclat cet événement qui revêt, pour les pays africains et le monde noir, une signification d’une très grande importance. Pour nous, tout ce qui pourra être fait, dit ou organisé à travers le monde au cours des cérémonies commémoratives devra mettre l’accent sur le terrible écot payé par l’Afrique et le monde noir, au développement de la civilisation humaine. Ecot payé sans retour et qui explique, sans aucun doute, les raisons de la tragédie d’aujourd’hui sur notre continent.

C’est notre sang qui a nourri l’essor du capitalisme, rendu possible notre dépendance présente et consolidé notre sous-développement. On ne peut plus escamoter la vérité, trafiquer les chiffres. Pour chaque Nègre parvenu dans les plantations, cinq au moins connurent la mort ou la mutilation. Et j’omets à dessein, la désorganisation du continent et les séquelles qui s’en sont suivies.

 

Monsieur le Président,

Si la terre entière, grâce à vous, avec l’aide du Secrétaire Général, parvient à l’occasion de cet anniversaire à se convaincre de cette vérité-là, elle comprendra pourquoi, avec toute la tension de notre être, nous voulons la paix entre les nations, pourquoi nous exigeons et réclamons notre droit au développement dans l’égalité absolue, par une organisation et une répartition des ressources humaines.

C’est parce que de toutes les races humaines, nous appartenons à celles qui ont le plus souffert, que nous nous sommes jurés, nous burkinabè, de ne plus jamais accepter sur la moindre parcelle de cette terre, le moindre déni de justice. C’est le souvenir de la souffrance qui nous place aux côtés de l’OLP contre les bandes armées d’Israël. C’est le souvenir de cette souffrance qui, d’une part, nous fait soutenir l’ANC et la SWAPO, et d’autre part, nous rend intolérable la présence en Afrique du Sud des hommes qui se disent blancs et qui brûlent le monde à ce titre. C’est enfin ce même souvenir qui nous fait placer l’Organisation des Nations Unies toute notre foi dans un devoir commun, dans un tâche commune pour un espoir commun.

Nous réclamons :

- Que s’intensifie à travers le monde la campagne pour la libération de Nelson Mandela et sa présence effective à la prochaine Assemblée générale de l’ONU comme une victoire de fierté collective.

- Que soit créé en souvenir de nos souffrances et au titre de pardon collectif un Prix international de l’Humanité réconciliée, décerné à tous ceux qui par leur recherche auraient contribué à la défense des droits de l’homme.

- Que touts les budgets de recherches spatiales soient amputés de 1/10000e et consacrés à des recherches dans le domaine de la santé et visant à la reconstitution de l’environnement humain perturbé par tous ces feux d’artifices nuisibles à l’écosystème

Nous proposons également que les structures des Nations Unies soient repensées et que soit mis fin à ce scandale que constitue le droit de veto. Bien sûr, les effets pervers de son usage abusif sont atténués par la vigilance de certains de ses détenteurs. Cependant, rien ne justifie ce droit : ni la taille des pays qui le détiennent ni les richesses de ces derniers.

Si l’argument développé pour justifier une telle iniquité est le prix payé au cours de la guerre mondiale, que ces nations, qui se sont arrogé ces droits, sachent que nous aussi nous avons chacun un oncle ou un père qui, à l’instar de milliers d’autres innocents arrachés au Tiers Monde pour défendre les droits bafoués par les hordes hitlériennes, porte lui aussi dans sa chair les meurtrissures des balles nazies. Que cesse donc l’arrogance des grands qui ne perdent aucune occasion pour remettre en cause le droit des peuples. L’absence de l’Afrique du Club de ceux qui détiennent le droit de veto est une injustice qui doit cesser.

Enfin ma délégation n’aurait pas accompli tous ses devoirs si elle n’exigeait pas la suspension d’Israël et le dégagement pur et simple de l’Afrique du Sud de notre organisation. Lorsque, à la faveur du temps, ces pays auront opéré la mutation qui les introduira dans la Communauté internationale, chacun de nous nous, et mon pays en tête, devra les accueillir avec bonté, guider leur premier pas.

Nous tenons à réaffirmer notre confiance en l’Organisation des Nations Unies. Nous lui sommes redevables du travail fourni par ses agences au Burkina Faso et de la présence de ces dernières à nos côtés dans les durs moments que nous t traversons.

Nous sommes reconnaissants aux membres du Conseil de Sécurité de nous avoir permis de présider deux fois cette année les travaux du Conseil. Souhaitons seulement voir le Conseil admettre et appliquer le principe de la lutte contre l’extermination de 30 millions d’êtres humains chaque année, par l’arme de la faim qui, de nos jours, fait plus de ravages que l’arme nucléaire.

Cette confiance et cette foi en l’Organisation me fait obligation de remercier le Secrétaire général, M. Xavier Pérez de Cuellar, de la visite tant appréciée qu’il nous a faite pour constater, sur le terrain, les dures réalités de notre existence et se donner une image fidèle de l’aridité du Sahel et la tragédie du désert conquérant.

Je ne saurai terminer sans rendre hommage aux éminentes qualités de notre Président (Paul Lusaka de Zambie) qui saura, avec la clairvoyance que nous lui connaissons, diriger les travaux de cette Trente-neuvième session.

 

Monsieur le Président,

J’ai parcouru des milliers de kilomètres. Je suis venu pour demander à chacun de vous que nous puissions mettre ensemble nos efforts pour que cesse la morgue des gens qui n’ont pas raison, pour que s’efface le triste spectacle des enfants mourant de faim, pour que disparaisse l’ignorance, pour que triomphe la rébellion légitime des peuples, pour que se taise le bruit des armes et qu’enfin, avec une seule et même volonté, luttant pour la survie de l’Humanité, nous parvenions à chanter en chœur avec le grand poète Novalis :

"Bientôt les astres reviendront visiter la terre d’où ils se sont éloignés pendant nos temps obscurs ; le soleil déposera son spectre sévère, redeviendra étoile parmi les étoiles, toutes les races du monde se rassembleront à nouveau, après une longue séparation, les vieilles familles orphelines se retrouveront et chaque jour verra de nouvelles retrouvailles, de nouveaux embrassement ; alors les habitants du temps jadis reviendront vers la terre, en chaque tombe se réveillera la cendre éteinte, partout brûleront à nouveau les flammes de la vie, le vieilles demeures seront rebâties, les temps anciens se renouvelleront et l’histoire sera le rêve d’un présent à l’étendue infinie".

 

La Patrie ou la mort, nous vaincrons !

 

Je vous remercie.

 

 

Thomas SANKARA - discours à la 39e Session de l’Assemblée Générale des Nations Unies, 4 octobre 1984.

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11 novembre 2010 4 11 /11 /novembre /2010 00:06

Discours prononcé au Sommet des Non alignés de New Delhi en mars 1983

 

Madame le Président, Excellences, Messieurs les Chefs d’Etat et de gouvernement, honorables, délégués,

Au nom du peuple voltaïque, au nom du Conseil de Salut du Peuple, de son président le médecin Commandant Jean Baptiste Ouedraogo, et en mon nom personnel, je voudrais tout d’abord remercier et féliciter le peuple et le gouvernement indien d’avoir accepté d’abriter le 7eme sommet du mouvement des non alignés ce qui nous donne l’agréable occasion de nous retrouver dans cette admirable et historique cité de New Delhi pour débattre dans une atmosphère d’amitié et de bonne volonté réciproque des problèmes de la paix et de l’avenir de l’humanité.

Ma délégation et moi-même avons été particulièrement sensibles à l’accueil chaleureux entièrement conforme à la longue tradition d’hospitalité de courtoisie et de solidarité qui constitue un des nombreux éléments de réputation du peuple indien et de sa brillante civilisation à travers le monde, accueil dont nous le remercions profondément.

Madame le Président permettez moi à suite des délégations qui m’ont précédé à cette tribune de vous exprimer mes plus vives félicitations pour votre brillante élection à la présidence du Sommet et des travaux de notre mouvement. Je le fais avec d’autant plus de plaisir et de sincérité que vos incontestables qualités d’homme d’Etat et votre longue expérience personnelle des problèmes qui sont ceux de tous les pays ici représentés, ainsi que la place éminente occupée par l’Inde dans le mouvement des non alignés dès l’aube de sa naissance sont des gages certains de la réussite de nos travaux et du développement continu de notre cause commune.

Durant les 3 années où il a eu à diriger notre mouvement, le président Fidel Castro a fait preuve de qualités hors pair, ce qui a renforcé notre dignité et notre crédibilité.

Nous voudrions lui redire toute notre satisfaction et notre profonde considération

Au nom du peuple voltaïque, du Conseil du Salut du Peuple et du gouvernement voltaïque, je salue ici les représentants des peuples et les gouvernements frères et amis auxquels nous lient une histoire commune faite de souffrance coloniale ou néocoloniale, de lutte douloureuse et héroïque pour notre liberté et notre indépendance et maintenant un destin commun dans la recherche de la paix, la consolidation de notre indépendance, et le développement juste et équilibré de l’humanité.

Je salue également les nouveaux membres de notre mouvement à savoir, les Bahamas, la Colombie, La Barbade et Vuanatu. Leur admission au sein de son alignés sera sans aucun doute un apport fécondant pour la consolidation de nos luttes communes

Après les concertations préliminaires de la conférence de Bandung qui affirma avec éclat à la face du monde et par la voie des peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique Latine, le droit à l’autodétermination et à l’indépendance des peuples coloniaux, donnant ainsi le signal décisif de l’ébranlement et de l’effondrement généralisé de l’odieux système colonial, le mouvement des non alignés est né voici maintenant 22 ans à Belgrade à l’initiative de ses pères fondateurs qui ont pour noms, Nehru, Sukarno, Nasser, Tito, des héros de l’humanité et dont l’histoire gardera éternellement la marque profonde.

D’autres après eux ont joué un rôle dynamique pour valoriser notre mouvement, lui éviter la sclérose que l’impérialisme et le néocolonialisme affolés tentaient de lui imposer par les chantages économiques et politiques. Permettez-moi de ne citer que Kwamé Nkrumah et de Boumediene dont nous nous souviendrons toujours avec un profond respect.

Du premier sommet de Belgrade en 1961 au second du Caire en 1964, de celui de Lusaka en 1970, à celui d’Alger en 1973, de celui de Colombo en 1976 à celui de la Havane en 1979 et maintenant à celui de New Delhi, notre mouvement n’a cessé de confirmer et d’étendre son audience, de se préciser et de s’affirmer dans le monde à travers ses objectifs et ses nobles idéaux comme une force de paix, comme une force de raison, comme enfin la conscience profonde et courageuse d’un monde que l’impérialisme voudrait voir éternellement soumis à sa domination, à son pillage et à ses massacres aveugles. Car né en pleine guerre froide le mouvement des non-alignés s’est voulu tout d’abord comme une force représentant l’aspiration profonde de nos pays à la liberté à l’indépendance et à la paix face aux blocs hostiles en présence, comme une force affirmant notre droit de pays, et de peuple souverain à choisir librement et sans inféodation nos propres voies pour le progrès de nos peuples à choisir librement nos amis dans le monde sur la base de leur attitude concrète devant l’aspiration de nos peuples à la libération du joug colonial, néocolonial ou raciste à l’indépendance, à la sécurité, à la paix et au progrès économique social.

Contrairement à l’interprétation restrictive et simpliste que l’impérialisme veut nous imposer comme définition du non-alignement, celui-ci n’a rien à voir avec une équidistance arithmétique des deux blocs qui dominent le monde ou un équilibrisme ridicule des traumatisés entre ces deux blocs, toute chose qui n’ont manifestement aucun sens et nient en fait notre liberté d’apprécier souverainement et en tout indépendance les attitudes et agissements des uns et des autres dans le monde. Nous ne pourrons jamais mettre sur le même pied d’égalité de celui opprime un peuple, le pille et le massacre quand il lutte pour sa libération et celui qui aide de façon désintéressées et constante ce peuple dans sa lutte de libération. Nous ne pouvons nous tenir à équidistance de celui qui arme, fortifie, soutient diplomatiquement et économiquement une clique raciste qui assassine froidement et depuis des décennies tout un peuple et celui qui aide ce peuple à mettre une fin par les armes au régime raciste qui le massacre.

Nous ne pouvons mettre sur le même pied d’égalité et nous tenir à égale distance d’une part, de ceux qui soutiennent par tous leurs puissants moyens militaires, politiques, diplomatiques économiques des régimes et des gouvernements qui n’ont d’autre obsession que de soumettre et de terroriser tous les pays autour d’eux, y compris par l’agression militaire directe, les assassinats organisés par leurs services secrets, et d’autre part ceux qui apportent un soutien concret à ces pays agressés pour assurer sur leur sol leur défense leur sécurité.

Bien sur le mouvement des non lignés n’est pas une puissance militaire et c’est heureux ainsi, même si cela lui vaut la dérision de certaines puissances chez qui la force tout cour prime le droit des peuples à la dignité et à l’indépendance.

Notre mouvement est avant tout une force morale qui rassemble des pays divers par leur position géographique, leur étendue, leur population, leur économie et les systèmes sociaux dont il se sont dotés autour d’une politique positive et constructive pour promouvoir une paix collective entre eux, et entre tous les pays de notre planète, pour promouvoir la démocratisation des rapports internationaux fondés sur l’égalité des droits et des obligations en lieu et place des rapports internationaux actuels injustes et inégaux, pour promouvoir enfin le progrès des pays et des peuples en lieu et place de l’appauvrissement continue des pays pauvres et de l’enrichissement sur leur dos des plus riches.

Promouvoir une paix collective entre les pays membres des non alignés et entre tous les pays, pour ce premier grand objectif, notre mouvement ne doit jamais abandonner ses efforts persévérants pour amener ses membres à respecter l’un de nos grands principes qui est de rechercher dans la négociation et les moyens pacifiques la solution des divergences ou des conflits pouvant surgir entre eux et qui sont du reste sont souvent aiguisés ou suscités par les manoeuvres suscitées par l’impérialisme.

C’est pourquoi non seulement nous déplorons la guerre fratricide engagée depuis plus de deux ans entre l’Irak et le l’Iran, deux pays membres de notre mouvement, mais nous appelons ces deux pays à accepter la médiation du mouvement des non alignés pour une paix juste, honorable et rapide.

De même pensons-nous, notre mouvement ne peut accepter le rôle d’observateur muet et passif qu’on cherche à lui imposer, comme au reste du monde dans ce conflit du Proche Orient, vieux maintenant de près 40 ans, où les manoeuvres combinées de l’impérialisme et du sionisme, ont réussi non seulement à expulser de sa patrie le peuple palestinien mais aussi à la suite d’agressions barbares successives à réaliser et maintenir l’occupation militaire et l’annexion de vastes territoires de plusieurs pays arabes membres de notre mouvement.

Récemment encore, il y a moins d’un an, le gouvernement d’Israël publiquement encouragé par les celui des Etats-Unis, et malgré la condamnation unanime des peuples du monde entier, a envahi avec son armée l’état du Liban, soumis la capitale Beyrouth à la destruction impitoyable de ses énormes moyens militaires, terrestres, maritimes et aériens, malgré l’héroïque résistance de la ville et des palestiniens sous la direction de l’OLP (Organisation de Libération de la Palestine).

Malgré le cessez-le feu obtenu par la communauté internationale, le gouvernement israélien a permis les massacres inqualifiables de Sabra et Chatila dont les responsables méritent d’être poursuivis pour crime contre l’humanité et s’obstinent encore à refuser de retirer du Liban les troupes d’agression.

Partout où les peuples se lèvent pour réclamer leur libération et leur indépendance, l’impérialisme intervient grossièrement pour armer leurs ennemis, allumer la guerre et organiser leur massacre, se dressant ainsi activement contre la paix et contre la liberté des peuples.

Il en est ainsi au Nicaragua où pour tenter d’effacer la victoire du peuple nicaraguayen, l’impérialisme dresse contre lui des bandes armées et des gouvernements de pays voisins qu’il manipule. 

Au Salvador, le même scénario a pour objectif d’enrayer l’avance du mouvement de libération nationale.

Mais nous croyons que sur ce problème de la paix et de la sécurité et du droit des peuples à l’autodétermination et à l’indépendance, le mouvement des non alignés a entièrement raison de s’en tenir à sa position constante qui est de soutenir les peuples qui luttent pour leur liberté et leur indépendance ainsi que leur mouvement de libération nationale, quelque soit la fureur de l’impérialisme quelques soient les pressions que ce dernier exerce sur tel ou tel de nos membres pour tenter d’affaiblir la voix de notre mouvement.

Nous saluons ainsi l’appui constant apporté par le mouvement des non alignés, à la lutte du peuple de Namibie pour sa libération sous la conduite de son unique représentant légitime, la SWAPO, à la lutte du peuple noire d’Afrique du Sud contre l’odieux système raciste d’exploitation qu’est l’apartheid ; au droit à l’autodétermination indépendante du peuple Sahraoui, à la réunification pacifique de la Corée débarrassée des troupes étrangères qui occupent son sol depuis 30 ans.

Promouvoir la démocratisation des rapports internationaux, c’est tout simplement accorder ces rapports institués à une époque de plus en plus révolue, avec la situation actuelle de notre monde. C’est prendre en compte le fait indéniable de l’émergence sur la scène internationale de peuples colonisés ou assujettis mais qui tout naturellement aspirent au progrès et au bien être, à être maîtres des ressources de leur sol et de leur sous-sol fin qu’elles servent en premier à satisfaire leur propre besoin, à participer avec des droits et des obligations égaux au développement des échanges internationaux de toute nature, économiques, commerciaux mais aussi technologiques et culturels.

Nos pays ne veulent plus de l’ordre économique ancien bâti sur la suprématie incontestée et le diktat du plus fort organisé autour des échanges à sens unique de nos matières premières, produits de base ou à peine élaborés contre leurs produits manufacturés, leur technologie et leur mode de vie.

Les objectifs de notre mouvement pour la paix, l’indépendance des pays et des peuples et la démocratisation des rapports internationaux peuvent apparaître comme ambitieux mais l’audience de plus en plus grande du mouvement des non alignés, le fait que des pays de plus en nombreux nous rejoignent comme membres à part entière ou comme observateurs, la participation régulière à nos assises de hautes personnalités comme le secrétaire général de l’Organisation de l’Unité Africaine, le secrétaire général des Nations Unies, dont nous voulons saluer ici la présence, soulignent l’impact croissant de notre mouvement. Nous devons donc poursuivre avec persévérance notre action.

En dépit des obstacles et des échecs momentanés, en recherchant constamment à renforcer notre cohésion, car la paix, l’indépendance des peuples et la démocratisation des rapports internationaux pour le progrès global de l’humanité méritent plus que tout et particulièrement cette époque où le gigantisme des arsenaux nucléaires fait planer sur le genre humain la menace permanente de sa folle autodestruction, que nous leur consacrions tous nos efforts toute notre intelligence et tout notre courage.

Dans notre monde en proie à de multiples convulsions, la recherche constante de la paix doit être l’impératif majeur de notre mouvement car sans la paix, aucun des objectifs que nous poursuivons ne pourra être atteint.

Dans ces conditions par exemple comment ne pas encourager et soutenir les efforts inlassables déployés par la République Démocratique Madagascar et d’autres pour faire de l’Océan Indien une zone de paix, c’est-à-dire une zone plus humaine pour le bonheur des peuples riverains.

Mme le Président, messieurs les Chefs d’Etat et de gouvernement, honorables délégués, permettez moi avant de quitter cette historique tribune de réaffirmer plus haut pour nous peuple de Haute Volta sous la direction du Conseil du Salut du Peuple, le non alignement doit être compris d’abord comme notre autonomie permanente de décision et pour la non-ingérence dans les affaires intérieurs des Etats, mais que nous ne confondons pas le non alignement avec la complicité de la passivité devant les crimes de l’impérialisme contre l’indépendance et la liberté des peuples, ni la non ingérence avec l’aveuglement devant les crimes des forces réactionnaires contre la liberté de leur peuple et le respect de leurs droits.

Notre appartenance au mouvement des non a lignés nous ordonne parmi les nombreuses tâches de barrer la route à toutes les forces qui ambitionnent d’aligner d’autres peuples. L’Afrique du Sud est de celles-là. Le non alignement responsable nous interdit de nous taire lorsque l’on assassine des hommes, des femmes et des enfants qui n’ont commis d’autre crime que celui de penser à la notion si lointaine pour eux de liberté.

Depuis le 7 novembre 1982, au nom des justes et progressistes principes que le Conseil de Salut du Peuple a tracé en prenant le pouvoir, le peuple voltaïque se sent plus proche de tous ceux qui luttent pour la justice, la liberté et la démocratie. Il n’est plus ce peuple à qui l’on présentait les racistes par des euphémismes sans engagement. Le peuple de Haute Volta vit sans sa chair les cruautés que subissent des hommes géographiquement loin de lui mais désormais si près de lui de par la détermination commune à dénoncer le racisme, cette autre forme de fascisme.

Nous voulons dire à tous ceux qui sont victimes des harcèlements des bandits d’Afrique du Sud que nous épousons totalement leur lutte

Nous saluons les forces populaires du Mozambique et de l’Angola qui repoussent victorieusement les hordes que les sinistres impénitents de Pretoria continuent encore de leur envoyer.

Notre mouvement a déjà condamné l’Afrique du Sud et il doit continuer de le faire. C’est bien, c’est déjà beaucoup.

Je voudrais terminer mon propos par une question. A quand la condamnation réelle de tous ceux qui dans l’ombre comme au grand jour apportent à Pretoria, un soutien financier, économique, diplomatique et militaire ?

Vive la coopération internationale, vive la solidarité des peuples des pays non alignés, vive la paix, la sécurité et l’indépendance et le progrès de tous les peuples.

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11 novembre 2010 4 11 /11 /novembre /2010 00:06

APPEL DE GAOUA[1]

SUR LA QUALITE DE L’ENSEIGNEMENT AU BURKINA FASO

 

Discours du Capitaine Thomas Sankara prononcé le 17 octobre 1986

 

 

Camarades militants et militantes de la Révolution Démocratique et Populaire,

Camarades Enseignants,

Camarades Parents d’Elèves, Camarades Elèves

Nous voici encore une fois à la rentrée scolaire, plus exactement en période de rentrée scolaire, tant il est vrai que les problèmes posés ne sont jamais des problèmes d’un jour ni même de quelques semaines.

De nombreuses difficultés nous assaillent aujourd’hui encore, difficultés matérielles et morales qui ont abusé d’une certaine démission des uns et des autres pour s’imposer en phénomène cyclique.

Une chose est au moins sûre : la rentrée scolaire ne laisse personne indifférent au Burkina Faso, même si les intérêts qu’elle charrie ou engage sont forcément divergents, parfois même antagoniques. Il y a les intérêts du commerçant de fourniture scolaires ou ceux du commerçant promoteur, il y a les intérêts du fondateur d’école, il y a les intérêts des parents - hélas encore formulés au niveau individuel et isolé – et bien sûr l’intérêt de l’Etat, gestionnaire de la société globale.

Cependant, c’est que, au-delà de cette diversité et de cette concurrence apparentes, la rentrée scolaire, par son objet, masque des enjeux autrement plus importants. Peut-on, en effet, parler de rentrée scolaire sans poser la question de savoir qui rentre, où il rentre et pourquoi il rentre et quel type d’homme en sortira ?

Les réponses à ces questions sont simples, du moins directes, et nous ramènent au problème fondamental de l’éducation en général et de l’enseignement en particulier dans notre pays.

Nous suivons la démarche suivante pour parler de cette si importante question de la qualité de l’enseignement :

Nous verrons tour à tour

I- Quelle est la situation qualitative de notre enseignement ?

II- Quelles sont les causes de la baisse de qualité de l’enseignement ?

III- Quels sont nos devoirs de responsabilité pour une plus grande qualité dans l’enseignement ?

IV- Enseignement de qualité : nécessité vitale de la Révolution Démocratique et Populaire (R. D. P.).

 

I- QUELLE EST LA SITUATION QUALITATIVE DE NOTRE ENSEIGNEMENT ?

Je ne reviendrai pas sur les rapports dialectiques entre l’école et la société que j’avais rappelés lorsque j’introduisais le débat national et populaire sur le document relatif au projet de réforme scolaire.

Le lieu géométrique, le centre commun des préoccupations de l’Etat et des parents est et devrait être l’enfant, chacun d’entre nous ayant vérifié ou pouvant comprendre cette vérité historique selon laquelle « l’enfant est le père de l’homme » c’est-à-dire l’avenir de la société.

Je sais que vous avez compris pourquoi le Conseil National de la Révolution (C. N. R.) qui lutte pour construire l’avenir, qui se bat pour l’avènement d’une société nouvelle burkinabè, s’occupe et se préoccupe de l’enfant.

Il ne me paraît pas utile de dresser une liste exhaustive de toutes les mesures stratégiques et tactiques prises depuis le 4 août 1983 pour permettre à nos continuateurs, je veux parler des enfants, d’accomplir leur rôle historique. Le thème du troisième anniversaire de la Révolution Démocratique et Populaire, « l’Enfant et le Plan Quinquennal » a situé éloquemment le contenu et la portée des choix du Conseil National de la Révolution en la matière.

Dans l’immédiat, et ce malgré les efforts déployés ça et là, force est de constater, de reconnaître qu’il reste beaucoup, sinon tout à faire, tant sur le nombre d’enfants à éduquer que sur le contenu de cette éducation.

Aujourd’hui, chacun d’entre nous se félicite ou se réjouit, et je vous comprends, du plafonnement des frais de scolarité, certains manifestent leur satisfaction légitime pour l’accroissement visible du taux de scolarisation, fruit de la prise de conscience et de la mobilisation populaire.

Par contre, chaque parent, chaque responsable s’inquiète de la détérioration tendancielle et continuelle de la qualité de l’enseignement, telle que le révèle la faible niveau des élèves, ces dernières années.

Il s’agit là d’une situation extrêmement grave qui préoccupe au plus haut point notre direction politique, et qui doit préoccuper tout militant de la Révolution Démocratique et Populaire. Comment ne pas comprendre que toute indifférence ou complaisance vis-à-vis de ce problème est un crime collectif, les enfants étant notre propre avenir. Comment ne pas comprendre que sans un sursaut de rectification nous courons à notre ruine, car si l’école ne produit pas la vraie société burkinabè, elle produira la société des hommes non dignes, non intègres.

Face à cette dégradation continue et dangereuse de notre enseignement dans son aspect le plus significatif , il faut qu’en révolutionnaires conséquents nous situions les responsabilités et assumions pleinement les nôtres.

Pour cela, il nous faut procéder à un diagnostic profond et précis de la situation de l’enseignement actuel afin de nous donner des chances de lui trouver une thérapeutique appropriée.

 

Quel constat peut-on alors faire de notre système éducatif ?

Je sais que chacun d’entre nous l’a déjà établi, du reste, les conclusions de la première Conférence des Comités de Défense de la Révolution et le large débat national ont montré le désir unanime de changer l’école et le système éducatif. Cette position est politiquement juste et économiquement rationnelle car il n’y a, dans la situation actuelle, aucun motif de fierté.

Au niveau de l’Etat, les charges, en termes financiers, sont très lourdes, et les résultats, en termes d’efficacité et d’efficience, dérisoires.

Ainsi pendant ces trois dernières années, en moyenne 17 à 20% du budget de l’Etat ont été alloués à l’enseignement au seul titre des salaires versés aux enseignants, soit plus de dix milliards[2] de nos francs.

Or, nous savons tous que cette charge, aussi importante qu’elle puise paraître, ne représente qu’un aspect du problème car elle ne prend pas en copte les dépenses multiformes des parents aux moins égales à celles de l’Etat.

C’est donc dire que nous avons dépensé pendant la période considérée plus de vingt milliards de francs[3] pour l’éducation de nos enfants.

Posons-nous maintenant la question de savoir quels résultats nous ont rapportés de si lourds investissements ?

A ce niveau, point n’est besoin d’être un expert pour reconnaître le taux élevé de déperdition d’une classe à une autre, et surtout pour fustiger et répudier la mauvaise qualité des rares produits finis ou semi-finis de notre école.

Par exemple, nous observons avec beaucoup d’amertume aujourd’hui qu’un élève qui termine le cours moyen sait à peine lire et comprendre un texte. Il est même établi que si cet élève en fin de « cours moyen » quitte l’école pendant deux ou trois années, il redevient un analphabète complet, alors que théoriquement tout élève qui a fréquenté l’école jusqu’au « cours élémentaire » est sensé être définitivement alphabétisé. Sur la base de cette constatation, si nous comparons les deux termes ou pôles contradictoires de notre action actuelle en matière d’éducation, accroissement continu des dépenses d’une part baisse vertigineuse du niveau des élèves, nous ne pouvons alors éviter de nous demander si nous ne sommes pas en train de financer l’analphabétisme en croyant de bonne foi le combattre.

Mais ce faible niveau des élèves, aussi injuste et inexpliqué qu’il est, ne caractérise pas toute la carence du système éducatif incriminé, qui fait peu cas du minimum de civisme à même d’intégrer socialement l’enfant. Voilà pourquoi ils sont nombreux ceux qui attribuent les déviances sociales observées chez les enfants à cette école exogène et inadaptée : impolitesse, désobéissance et indiscipline, grossièreté et malpropreté, malhonnêteté et délinquance.

 

II. QUELLES SONT LES CAUSES DE LA BAISSE DE QUALITE DE L’ENSEIGNEMENT ?

De nombreuses et ténébreuses raisons sont évoquées pour justifier cet état de fait.

Pêle-mêle l’on cite :

- La présence massive d’éléments non qualifiés (à défaut de pouvoir dire non désirés) dans l’enseignement. Et aussitôt en rangs serrés, l’anathème est jeté sur les enseignants révolutionnaires et une apologie romantique à l’adresse des instituteurs de « William Ponty » ;

- Le surnombre des élèves dans les salles de classe est une excuse toute faite ;

- L’absence ou l’anachronisme des méthodes étant un argument absolutoire.

Bien d’autres raisons sont décrites dans des épanchements du cœur, les uns plus pathétiques que les autres. Mais, toutes ces raisons se ramènent à trois causes qui sont :

- Primo : la non-définition d’une méthode correcte, ce qui dans notre cas signifie la réforme de l’école ;

- Secundo : le manque de moyens importants, c’est-à-dire des enseignants, des infrastructures et un environnement pédagogique idoine ;

- Tertio : l’absence de conscience responsable chez tous les acteurs de l’éducation, c’est-à-dire les parents d’élèves, les enseignants et les élèves.

J’ai choisi de limiter mon propos à cette dernière cause, à savoir : la conscience des hommes. L’homme est la machine la plus complexe la plus performante du monde, qui dispose d’un centre pluridimensionnel autonome et personnel de commandement, de conception, de stimulation et de régulation qui s’appelle la conscience. L’homme, c’est aussi le génie le plus apte à l’organisation. C’est pourquoi, malgré des moyens pédagogiques insignifiants et une définition non achevée du type d’école, la qualité des hommes, conséquence de leur degré de conscience, peut être un palliatif autorisant des résultats forts brillants. A l’inverse, abondance de moyens et affinement de la théorie éducative sans cependant des hommes consciencieux ne sont que ruine de la société. Je ne vous parlerai donc que de l’homme, c’est-à-dire de chacun de nous.

Dans d’autres circonstances, j’évoquerai et développerai les questions relatives à la nécessité de la réforme scolaire et des moyens complémentaires à en gager pour notre école. A cette occasion également, nous verrons que l’homme sera la clé universelle à nos interrogations. Parce que les moyens dépendent des hommes et la réforme si nécessaire ne sera que l’œuvre des hommes. Mais le chemin de l’école nouvelle passe par la transformation de nos mentalités et de nos comportements. Ce qui exige de nous une véritable croisade contre la démission collective qu’a été notre ponce-pilatisme lorsqu’il s’est agi de réfléchir et de proposer une réforme de notre école après avoir décrié la présente.

 

Camarades,

Un mal ravage notre jeunesse scolarisée, et un grand malheur s’abattra sur notre peuple si nous n’engagions le juste combat pour conjurer ce sort que ne mérite pas notre Révolution. Adopter une attitude d’indifférence serait œuvrer, et ce de façon active, au sabotage de l’avenir, à l’assassinat, à l’holocauste même de nos enfants sans défense. Face à notre culpabilité silencieuse leur innocence clamera demain notre oppression ; nos penchants égoïstes étoufferont en eux tout germe de solidarité. Ainsi donc, même si l’enfant dont les résultats scolaires permettent de dire aujourd’hui qu’il est sur la voie du succès sera broyé par la vie de demain, parce que nous n’aurons pas su créer, développer aujourd’hui les règles d’une société saine et solidaire pour les générations à venir.

Pour obtenir la qualité de l’enseignement il faut que les protagonistes jouent correctement leur rôle. Je veux parler du devoir des enseignants, des parents d’élèves et des élèves eux-mêmes. Ce n’est pas toujours le cas malheureusement.

 

Que peut-on dire des mauvais enseignants ?

Il est à observer que dans toute sa pyramide, l’enseignement renferme de nombreux phénomènes qui prennent leur propre éducation coloniale ou néo-coloniale comme une fin en soi et montrent de ce fait une incapacité révoltante à adapter l’appris et l’acquis au vécu.

Ces mêmes phénomènes manifestent une absence d’intérêt pour leur métier ce qui se traduit dans ce domaine comme un manque total d’amour pour l’enfant à former.

Il est vrai que de nombreux enseignants ne voient pas l’enfant à l’école mais simplement leurs salaires, et il est regrettable qu’ils ne s’acquittent même pas correctement du travail correspondant à ce salaire. Pire, ces braves camarades ou messieurs (j’avoue ici franchement mon embarras), pour éviter que le travail, perçu comme une contrainte, ne finisse par leur inculquer une conscience professionnelle, ces braves-là, dis-je, vont trouver un abri inexpugnable dans la déchéance et l’activisme extra-scolaire.

Aujourd’hui, la désorganisation des cours est plus le fait des enseignants que celui de l’Etat : la moindre occasion de manifestation, quelle qu’en soit la nature ou la durée, est prétexte irréfutable pour libérer les élèves, c’est-à-dire pour se libérer soi-même. Et l’on voit les récréations qui n’en finissent pas, les actIvités C. D. R. étant évoqués à tout propos par ceux qui n’y prennent même pas part pour expliquer une fuite criminelle des responsabilités.

Si l’on ajoute à cette déplorable situation l’affairisme et la laxisme qui se sont substitués avec un rare succès aux vertus théologales de l’enseignement, l’on comprend aisément le sens de la dégénérescence. Les aides alimentaires ont développé des vocations de gestionnaires chez certains. Après avoir enseigné aux élèves qu’il ne faut jamais voler et que l’honnêteté est la mère des vertus, des enseignants s’occupent des vivres de l’école qu’ils manipulent avec dextérité en les dirigeant vers leur cuisine familiale ou en les vendant, pendant que la cantine scolaire sert aux enfants des mets peu appétissants. Les cotisations au profit de l’école sont utilisées à d’autres fins. Les mères de famille ont coutume d’entendre à midi les enfants dire avec beaucoup d’anxiété dans la gorge « maman le maître a dit d’amener 25 francs le soir sinon on n’entre pas en classe ».

Certains enseignants sont devenus de véritables hommes d’affaires usuriers possédant bars, buvettes, commerce de vivres, commerce de bois… Les journaux envoyés gratuitement aux enfants de même que certaines fournitures scolaires se retrouvent en vente à nos fameuses « librairies par terre ».

 

Les préparations de la classe sont bâclées ou simplement ignorées.

Pour se donner le moins de travail, l’on réduit du simple au dixième le nombre des devoirs, les rares devoirs étant eux-mêmes corrigés à la hâte. Peu d’enseignants demandent conseils et suggestions à leurs collègues pour leur travail. Combien ne se sont-ils pas retrouvés le jour de l’inspection avec des leçons non préparées ?

Des institutrices sont souvent plus préoccupées par les comptes d’exploitation de leur « dani glacé » ou de leur « lembourdji » que par la préparation des cours et la correction des cahiers.

 

Des pratiques immorales et indignes d’un formateur sont souvent rencontrées : viol des élèves, avortements clandestins, etc. … Des enseignants sont passés maîtres dans cet art, et il leur est devenu objectivement difficile de jouer leur rôle premier. D’où les mesures administratives qui les ont frappés. Qu’ils ne s’en prennent qu’à eux-mêmes car ils sont responsables de leurs forfaits. Des enseignantes tombent amoureuses de leurs élèves, non d’un amour sain et admirable, mais plutôt de ces liaisons coupables à la lisière de la perversion.

Le choc est dur pour les enfants qui, témoins, sont brutalisés, traumatisés. L’obstacle à la communication pédagogique est alors créé. Ces enseignants deviennent pratiquement inutiles. L’administration sévit. Un torrent de larmes se déclenche. Quel dilemme !

 

En début d’années, les places dans les établissements sont simplement vendues.

Lorsque les élèves, par une élévation de leur sens moral et leur niveau politique tentent de dénoncer ces faits, les enseignants crient au scandale déclarant que depuis qu’il y a les C. D. R. dans les établissements, les professeurs ne sont plus respecté comme il se doit. Et ils s’emploient à faire taire les élèves à coups de mauvaises notes.

Aujourd’hui encore il existe hélas une catégorie d’enseignants irresponsables. C’est surtout eux qui sont à la base des échecs scolaires. Le plus grave est que leurs responsabilités sont parfois voilées par le fait qu’ils ont réussi à transférer à d’autres enseignants des promotions entières d’enfants qu’ils ont mal instruits, mal formés, dévoyés sûrement.

Les efforts titanesques des enseignants responsables qui tentent de sauver ces malheureux enfants arrivent trop tard, débouchent fatalement sur des échecs. Il n’y a plus que tristesse et abattement chez ceux dont la conscience est encore vivante.

Agents cupides, ils ne doivent être perçus que comme des voleurs de l’Etat, et des rongeurs et des déprédateurs de notre budget national. Ce sont de mauvais fonctionnaires. La première Conférence des Commissions du Peuple chargées des secteurs Ministériels (C. C. P .M.) les a dénoncés à Ouahigouya[4]. Il faut les combattre avec tous les raticides de la gamme des sanctions dont dispose notre Fonction Publique.

Sur le plan social ces paresseux ne sont rien d’autre que ces parasites véhiculant en plus les nombreux vices de l’oisiveté. Il faut s’en méfier, il faut les détruire sinon les fuir.

Sur le plan politique, ce sont des opportunistes ; des imposteurs, des tartuffes. Ils ne croient pas plus au Discours d’Orientation Politique qu’à une calebassée de dolo, un verre de bière ou de whisky, un mégot de cigarette, un bon d’essence…

De tels enseignants développent toutes sortes d’ingéniosités, de stratagèmes pour éviter les inspections, les contrôles, les séances de recyclage. Certains vont jusqu’à l’intimidation politique, le trafic d’influence pour échapper à la rigueur de l’Inspecteur.

Mais ces inspecteurs eux-mêmes, les Conseiller Itinérants et tous les autres pédagogues, formateurs des formateurs ont-ils toujours et tous pris leurs responsabilités, au lieu de rôder autour du ministre de l’Education Nationale pour obtenir un stage ou simplement jongler pour la reconnaissance d’une équivalence d’un diplôme scabreusement négocié ? N’ont-ils pas, généralement préféré les centres de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso, sans égard pour une couverture rationnelle des circonscriptions scolaires ! N’ont-ils pas souvent fui la fermeté dans la formation des maîtres pour ne s’aliéner personne ! Ils ont donc abâtardi la noble mission de formateur des formateurs.

 

Ensuite de la responsabilité des parents d’élèves

Est-il besoin de rappeler la part de responsabilité d’un père et d’une mère dans l’éducation d’un enfant ? Il s’agirait là d’un simple truisme, si tant il est vrai que l’enfant naît et se développe d’abord dans une famille et que celle-ci co-partage son éducation avec toutes les institutions jusqu’à sa majorité. Or que constatons-nous aujourd’hui ?

Les parents ne s’occupent en général de la scolarité des enfants qu’à la rentrée pour leur trouver une place, et au moment des résultats scolaires pour savoir s’ils sont renvoyés ou pas de l’école.

Entre les deux extrêmes, peu de parents s’intéressent réellement de savoir ce que fait l’enfant à l’école, si à la maison il révise ses leçons ou prépare ses devoirs, s’il comprend et suit les enseignements. Peut-il en être autrement si beaucoup de parents à rentrer tard le soir au moment où l’enfant est déjà au lit, pour repartir le matin après le départ des enfants pour l’école ?

 

L’éducation d’un enfant nécessite une collaboration étroite entre les parents et l’enseignant.

Il n’est pas nécessaire d’être scolarisé soi-même pour stimuler un enfant, s’intéresser à son travail, l’encourager à réussir. Nous l’avons dit, les élèves sont trop nombreux dans les classes et il est difficile à un maître de les encadrer tous. Ce sont donc les parents qui doivent apporter leur contribution pour que la tâche soit réalisable, obliger l’enfant à se pencher quotidiennement sur ses leçons.

Les parents d’élèves premiers responsables de l’éducation des enfants affichent bien souvent des comportements purs d’inconscients.

Beaucoup entretiennent des maîtresses et des foyers parallèles soumettant femme et enfants restés à la maison à une vie de misère morale et matérielle.

Des enfants manquent du minimum pour aller à l’école (crayons, cahiers, livres, sac, chaussures) alors qu’il n’est pas établi que leurs parents ne peuvent pas les leur procurer.

En revanche ces parents, battent perpétuellement leurs enfants exigeant d’eux le maximum dans leur travail en classe ou à la maison sans leur donner le minimum pour ce faire.

Pour beaucoup de parents, l’enfant une fois à la maison ne doit parler ni de livre, ni de cahier. Ce sont ces parents qui les leur retirent pour ensuite leur confier des travaux pénibles dépassant leurs capacités physiques. Après tout cela, l’enfant s’endort, exténué, sans avoir appris ses leçons. S’ensuivent les mauvaises notes, puis l’échec scolaire et au bout, la marginalisation sociale.

On refuse aux enfants de vivre leur époque en les enfermant dans la maison, en leur refusant les temps de délassement. Pour nos parents d’élèves commençants, les enfants sont vendeurs de boutiques, convoyeurs de véhicules à la place des personnes que leurs parents avares refusent d’embaucher, ce qui aurait permis à ces derniers d’avoir un salaire.

Il est certes recommandé de faire travailler les enfants après les classes, mais des proportions doivent être respectées. Cela ne devrait pas se faire au détriment du travail à l’école.

Souvent pour se donner bonne conscience, des parents d’élèves se retrouvent dans des associations. Si de telles organisations sont à saluer, il faut toutefois en déplorer l’inorganisation, l’immobilisme, l’inefficacité et l’inanité. Nous avons horreur des associations de parents d’élèves qui ne se manifestent qu’à l’occasion des anniversaires, des fins d’années, des fêtes, mais sans bilan. Toute association pour être crédible, doit vivre pleinement et assumer ses responsabilités. Si l’association des parents d’élèves existe à cause des élèves, elle doit veiller à l’éducation de ces derniers. Qu’il s’agisse d’améliorer le cadre de vie des enfants en réalisant par-ci une clôture d’école, par-là des latrines, ou qu’il s’agisse d’aider à la qualité de l’enseignement en soutenant les bons enseignants, en exprimant aux mauvais la juste réprobation, et en exigeant des élèves le respect de leurs devoirs. De tels comportements courageux seront pour chacun de nous bien plus bénéfiques que les trafics d’influence, les manipulations de listes d’inscrits pour la rentrée et de candidats à repêcher de la part de dirigeants de ces associations, plus portées vers l’affairisme et en mal de pouvoir dynastique que de dévouement à la cause de tous.

 

De la responsabilité des élèves

Si les élèves ont le droit de se plaindre de la mauvaise qualité de l’enseignement dispensé, ils doivent savoir qu’une grande part de la baisse de la qualité de l’enseignement leur revient également. Certains d’entre eux sont passés champion dans la pratique de l’école buissonnière aussi bien au primaire qu’au secondaire. Les leçons ne sont plus apprises, les devoirs ne sont plus exécutés et parce qu’ils ont désormais le droit de s’exprimer à travers leur CDR, ils essaient souvent d’utiliser ce droit-là pour camoufler leur paresse.

Ils se croient autorisés sous ce prétexte à avoir des attitudes irrespectueuses vis-à-vis de leurs enseignants. Des élèves interpellés pendant les cours, quittent les classes sans la permission de leurs professeurs. Les activités parascolaires prennent le pas sur les cours.

Nos lycées et collèges sont souvent le théâtre des méfaits de l’alcool, de la cigarette et même de la drogue.

Les robes prêt-à-porter, les bijoux et grosses ceintures, les pantalons à pinces, la mode provocatrice, la bamboula hebdomadaire sont devenus les préoccupations principales des élèves au prix d’une prostitution occasionnelle qui tend à devenir un fléau dans nos villes. Que dire alors du sport que les élèves désertent par bandes entières, témoins les 3. 000 exemptés de sport aux épreuves du B. E. P. C. de 1985. Que l’on ne s’étonne pas que nos enfants ne soient pas capables de soutenir le moindre effort physique.

Les élèves se contentent d’être présents de temps en temps dans les classes, ils n’ont plus le temps de se consacrer à leurs études et beaucoup comptent sur l’heure de la négociation avec leurs enseignants pour avoir les points nécessaires pour passer en classe supérieure ou réussir un examen. A la maison, d’interminables séances pour ingurgiter du thé ou danser sans rythme à la faveur d’une lueur blafarde et complice, dans l’ambiance d’une musique qui, pour être non conformiste, multiplie les décibels ou persiste dans l’harmonie des temps. Au mur, la large photo d’une vedette au regard éthéré, en fait, un délinquant produit par le show-business du capitalisme immoral. C’est le début de l’idolâtrie.

Par couples ou par groupes, des mineures dans les bras de non majeurs, célèbrent une messe qui n’est que la compétition à qui défiera la plus les règles de retenue morale. La société permissive prend ainsi naissance ; l’irresponsabilité de demain s’incruste chez ces jeunes esprits ; les volutes d’une plante prétendue paradisiaque font le reste. Que pourra-t-on faire alors faire plus tard pour rectifier une telle inconduite chez ces futurs hommes quand ils entreront en production ? Les avertissements, les blâmes, les suspensions, les dégagements et les licenciements n’y feront rien. Des inconscients sont nés. Au vu et au su d’enseignants lascifs et des[5] regards démissionnaires de parents qui se vantent que leurs enfants soient aussi éveillés ! Oui, éveillés, mais éveillés à la perdition.

Si j’ai fait le tour des différents partenaires de l’éducation, c’est pour permettre de comprendre que chacun à son niveau est également responsable de la mauvaise qualité de notre système éducatif et de notre enseignement : les parents par leur égoïsme, leur indifférence et leur insouciance, les enseignants par leur paresse et leur affairisme, les élèves par leur paresse, leur indiscipline et leur mauvaise conduite.

Voilà décrits nos comportements inadmissibles. La qualité de notre système éducatif déterminera la valeur des hommes que nous mettrons demain au service de notre peuple. C’est pour cela qu’il est important et urgent que chacun de nous se ressaisisse.

Que faut-il faire ?

 

III. QUELS SONT LES DEVOIRS DE RESPONSABILITE POUR PLUS DE QUALITE DANS L’ENSEIGNEMENT ?

Des devoirs attendent chacun de nous. Ils exigent de nous plus d’effort, plus de sacrifice. Ils exigent de nous plus d’abnégation et de volonté de réussir.

 

Ce que nous attendons de nos enseignants

Chaque enseignant devra se mettre à la hauteur de ce que les parents d’élèves et les élèves, en un mot la société, sont en droit d’attendre de lui. Le laxisme, la paresse, l’affairisme seront énergiquement combattus.

Il importe pour l’enseignant que ses connaissances pédagogiques soient constamment remises à jour et que ses cours soient minutieusement préparés, les documents pédagogiques qui sont élaborés à leur intention par les services techniques na sont pas de trop. Chaque enseignant, partout où il se trouve, a l’obligation de chercher à se les procurer et à s’en inspirer dans son travail quotidien.

Les Conseillers Pédagogiques et les Inspecteurs sont appelés à déployer tous les moyens possibles pour l’encadrement des enseignants. Les moyens qui sont progressivement mis à leur disposition doivent y contribuer et les arracher ainsi des tâches administratives. Mais, de même que le maître d’école doit éviter de terroriser l’écolier, de même, Conseillers et Inspecteurs doivent veiller à ne point blesser l’amour-propre des enseignants qu’ils ont pour mission de guider. Nos pédagogues devront mettre un point d’honneur à mériter que leur service sorte la quintessence de connaissance de l’école de l’enfant et des méthodes d’enseignement, mais aussi devront-ils relever tous les défis de chez nous et hors de chez nous pour produire au profit de notre peuple le nec plus ultra de la projection de l’école de demain.

Quant aux directeurs d’école, ils devront avoir le souci constant de faire de leur établissement des cadres agréables de vie. Propreté et embellissement favorisent sûrement les œuvres de l’esprit, et l’exercice physique contribue au développement harmonieux d’un corps sain. Au-delà de toute chose, c’est l’amour des enfants, lequel se confond avec l’amour du peuple, qui doit prédominer chez tous les enseignants.

Quand il le faudra, nous sanctionnerons. Nous tiendrons désormais compte, dans la notation et l’avancement des enseignants, de leurs résultats aux examens scolaires.

Les écoles ayant des résultats catastrophiques aux examens seront appelés à se justifier et les enseignants recevront, s’ils le méritent, des sanctions appropriées.

Les Conseillers et les Inspecteurs seront appelés à répondre des mauvaises prestations des enseignants puisqu’ils sont chargés d’encadrer.

De même, des distinctions aux yeux du peuple, félicitations, récompenses touchant à la carrière seront attribuées aux enseignants méritants compte tenu du rendement méritant[6] des écoles.

Chacun sera jugé désormais à la lumière des résultats obtenus et non plus uniquement sur la base d’un bulletin de notes superficiellement rempli, et dont les appréciations ne correspondent généralement pas à la réalité de la pratique professionnelle. Les enseignants ne seront plus promus exclusivement sur la base de diplômes qu’ils ont personnellement décrochés et pour la préparation desquels ils ont, dans bien des cas, sacrifié leurs élèves.

Les parents d’élèves, les militants des CDR ont le devoir de dénoncer lors de leurs assemblées générales les enseignants grossièrement coupables, et d’en rendre compte aux Ministères chargés de l’Education et au Secrétariat Général National des CDR qui enquêteront et séviront.

Les enseignants devront rappeler périodiquement aux parents d’élèves leurs devoirs vis-à-vis des élèves. Lorsqu’un élève sera constamment sale, mal habillé, sans le minimum de fournitures, ne connaissant pas ses leçons et n’ayant pas fait ses devoirs, ses parents seront appelés à s’expliquer et à recevoir, s’ils le méritent, les sanctions appropriées par le truchement des institutions habilitées.

 

Que doivent faire les parents d’élèves ?

Les parents ont le devoir d’assurer à leurs enfants l’alimentation, l’habillement, les soins médicaux, les fournitures scolaires indispensables. C’est leur premier devoir familial et leurs revenus doivent servir à cela avant toute autre chose. Nos enfants doivent être simples mais propres et bien portants. De plus, les parents ont le devoir d’aimer leurs enfants et de les guider dans leur apprentissage de la vie. Il leur revient d’éveiller le sens civique de leurs enfants et de faire preuve de rigueur dans le suivi des enfants à la maison, leur donner l’amour du travail bien fait. Puisqu’il s’agit plus de former des hommes que de fabriquer des robots aptes à des fonctions précises, veillons à ce que l’enfant dès aujourd’hui apprenne et pratique la règle des règles : le respect de son peuple. C’est-à-dire le souci permanent d’être utile à soi-même en étant utile à toute la société, lutter avec les masses pour avoir droit à célébrer la victoire avec elles, vouer un respect sans bornes à l’homme. Il faut savoir vivre chez nous, avec nous, pour nous.

Et pour cela, nos enfants doivent vivre dans un climat familial sain car c’est surtout l’exemple des parents qui éduque.

Des dispositions seront prises par les ministères concernés, Education Nationale, Enseignement Supérieur et Recherche Scientifique, Essor Familial et de la Solidarité Nationale, Secrétariat Général National des CDR, pour repérer dans nos écoles les enfants mal soignés et réaliser les enquêtes nécessaires pour situer les responsabilités.

Des parents verront venir à eux des agents de ces institutions pour s’enquérir des raisons de la mauvaise tenue de leurs enfants. Des sanctions disciplinaires et pécuniaires seront prises contre les parents insouciants et négligents pour rétablir les enfants dans leurs droits.

Lorsque l’on prend la lourde responsabilité de mettre un enfant dans ce monde dont l’on connaît pourtant les exigences, l’on doit assumer son rôle jusqu’au bout. Nous ne permettrons plus que ceux qui s’enivrent d’alcool, s’empiffrent de bonnes choses et s’intoxiquent au tabac, abandonnent des êtres fragiles et non responsables à la compassion des autres.

Désormais, pour chaque parent d’élève, le mot d’ordre dans la lutte pour la qualité de l’enseignement sera : « au moins trois fois une heure par semaine pour le suivi de l’enfant ».

 

Que doivent faire les enfants ?

La Révolution est avant tout discipline et travail. L’élève paresseux ou indiscipliné qui ne respecte ni ses professeurs ni l’administration de l’établissement, ni le besoin de tranquillité des autres élèves studieux, qui arrive en retard, joue de ruse pour échapper au cours, donne des signes de dépravation, n’est jamais à jour dans ses devoirs et ses leçons, et a une moyenne lamentable en fin d’année, cet élève-là n’est pas un révolutionnaire.

Il mérite d’être exclu des CDR. L’école ne saurait non plus le garder ; tout au moins sans une rééducation appropriée.

Il sera exigé désormais des délégués et militants CDR des établissements de garndes qualités de travail, de discipline, de ponctualité, de respect de la hiérarchie. Un délégué CDR doit être un exemple à suivre au sein de son établissement. La formation politique et l’instruction vont de pair. Il est impossible de mener l’un au détriment de l’autre. Le délégué CDR qui n’est pas sérieux, appliqué et soigné au travail ne peut rien exiger de ses camarades comme dévouement révolutionnaire. Celui qui bafoue l’autorité d’un enseignant servant correctement le peuple, celui-là ne peut obtenir à son tour de ses camarades la correction dans leur vie militante, ni le respect des principes tels le centralisme démocratique.

Nos élèves doivent continuer et accentuer leur formation politique et idéologique au sein du mouvement des pionniers, au sein de leurs CDR. Mais ce militantisme doit contribuer à renforcer leur ardeur au travail, à renforcer leur discipline au sein des établissements sinonil n’aura pas atteint son objectif.

Tous les élèves devront savoir qu’ils ont obligation de résultats et de bons résultats. Ils doivent mériter les sacrifices consentis pour eux par la société, donner le bon exemple de l’enfant travailleur, patriote, soucieux de son avenir. Il leur sera demandé plus de devoirs à réaliser en classe ou à emporter à la maison. Cela ne devra pas être confondu avec la pratiques de pensums ou autres brimades inutiles, mais comme des exercices qui forgent la mémoire, le raisonnement et éduquent le futur travailleur. Ce ne sera point du goût de tous, je le sais, mais nous ne pouvons pas attendre que nos petits élèves deviennent des adultes, et que, confrontés alors aux difficultés de la vie, ils regrettent leurs caprices d’aujourd’hui pour s’exclamer « ah ! si j’avais su ». Ils doivent être tous exemplaires par leur conduite, leur comportement à l’égard de leurs parents, enseignants et camarades.

Ils doivent pratiquer la courtoisie, l’assistance aux autres, le goût de l’effort et de la saine émulation.

Mais les élèves qui n’auront pas fournis de bons résultats, alors qu’ils en avaient les moyens, seront sanctionnés, tout comme les indisciplinés. Les vacances leur seront confisquées au profit de périodes de rattrapage, de production et de rééducation.

 

IV. ENSEIGNEMENTDE QUALITE = NECESSITE VITALE DE LA R.D.P.

Pour nous, éduquer un enfant sous la RDP c’est le former, le rendre utile à lui-même, à la société, c’est-à-dire l’aider à s’adapter, à se transformer, à s’améliorer au contact des situations nouvelles voulues ou imposées. C’est l’amener à savoir apporter sa contribution de travailleur conscient capable de juger et d’agir, de s’engager et de participer à la construction nationale avec le peuple.

Eduquer un enfant sous la RDP c’est former un partisan du peuple doté d’un sens de patriotisme, de civisme et de bonne moralité et apte à accomplir les tâches qui concourent au bonheur de son peuple. C’est former un homme conscient des responsabilités qui l’attendent, un formateur, un agent de développement.

L’éducation s’intéresse donc à l’enfant dans toute sa dimension physique, affective et intellectuelle. L’action éducative est permanente et le séjour à l’école n’en est qu’une séquence, mais une séquence très importante.

L’école doit certes apprendre à lire, à écrire, mais l’école doit surtout apprendre à l’enfant à compter, non pas compter ses doigts en rêvant, mais à compter sur ses propres forces.

Mettre un enfant à l’école c’est donc investir. C’est un investissement en argent, en temps et en espoir, et comme tel, il doit être rentabilisé. L’échec n’est pas permis, et s’il se réalisait après un investissement de plus de soixante milliards de francs[7], nous aurons failli à notre devoir vis-à-vis des 80% d’enfants qui n’ont pas eu la chance d’aller à l’école et aussi vis-à-vis des 20% d’enfants privilégiés immolés sur l’autel de notre démission et de notre irresponsabilité.

Nous apprécierons la rentabilité de notre système, non pas par les résultats d’une sélection à outrance, mais par les fruits d’une formation complète de l’enfant, telle que nous la souhaitons dans notre éducation. La qualité du niveau que nous recherchons ne saurait être le fait d’une forte sélection.

Tout en combattant l’enseignement au rabais, nous combattrons l’élitisme, solution de facilité et d’injustice qui nous ôterait le droit de nous dire serviteurs du peuple.

Les sanctions que nous infligerons n’auront pas pour but de condamner les fautifs à ne plus pouvoir se rattraper ou s’éduquer. Ce seront des sanctions graduelles et éducatives pour permettre à chacun de mieux se pénétrer de ses devoirs dans la société et de saisir l’occasion offerte pour redresser sa conduite.

Aux parents d’élèves défaillants, il leur sera rappelé avec fermeté que la paternité et la maternité sont des responsabilités. Celui qui produit un délinquant nuit à toute la société. Cette société-là a donc le droit d’interférer dans les relations entre les parents et leurs fils pour l’intérêt de tous.

Aux enseignants exemplaires, le temps, les moyens et le cadre seront trouvés pour leur donner la part de formation qui leur a fait défaut, que cette formation manquante soit technique ou relève des devoirs sociaux vis-à-vis de notre peuple. Les élèves eux aussi bénéficieront de cette même rigueur pour progresser.

 

Camarades,

Bien d’enseignants, de parents d’élèves et d’élèves sont méritants et irréprochable. Ceux-là, nous les connaissons aussi. Les propos que nous tenons ici, s’ils ne leur sont pas adressés, devront cependant rester pour eux stimulants pour les aider à persévérer dans la juste voie et à défendre leurs nobles vertus sociales, pour lesquelles ils ont jusque-là combattu inlassablement et seuls. Ils se réjouiront que l’appel que je lance renforce leurs rangs par d’autres hommes qui abhorrent la médiocrité et le vice.

 

Camarades militantes et militants de la Révolution Démocratique et Populaire,

L’une des tâches les plus urgentes à résoudre par notre Révolution sous peine de se retourner en son contraire est bien celle de l’éducation de nos enfants. Il faut apprendre à l’enfant à être d’abord et avant tout un être social, c’est-à-dire un homme et non un individu.

Il faut que l’école nouvelle et l’enseignement nouveau concourent à la naissance de patriotes et non d’apatrides. Mettre un enfant à l’école doit cesser d’être perçu comme un simple placement comptable, si tant est vrai que la transformation continue des sociétés qui incombe aux générations successives comporte des éléments quantifiables et non quantifiables.

Une telle mission dans toute la plénitude de sa noblesse, implique des tâches concrètes et des sacrifices qui nous interpellent tous. Si l’amélioration des comportements individuels est une solution à court terme, la restructuration totale de notre système éducatif nous semble être conforme à l’édification d’une société engagée dans une gestion planifiée.

Faut-il le rappeler, la victoire que nous devons gagner sera le fait des hommes. Développons la conscience des acteurs de l’éducation de nos enfants et le reste nous sera donné par surcroît.

Que n’a-t-on pas dit sur nos nouveaux enseignants dont les limites en pédagogie sont réelles et objectives !

Mais il est injuste de ne voir comme cause de la baisse de la qualité de l’enseignement que les enseignants révolutionnaires ou ceux du Service National Populaire. Parce que, même dans les écoles où les éléments du S.N.P. n’enseignent pas, le niveau baisse. Avant l’introduction de ces éléments dans le corps enseignant, le niveau baissait déjà. Dans beaucoup d’autres pays où n’existe pas le SNP, le niveau ne cesse de baisser.

Cessons aussi de pratiquer la politique de l’autruche en invoquant comme leitmotiv la réforme, car ce n’est pas tant la réforme que le sérieux, la rigueur avec lesquels elle est appliquée qui importent. N’oublions jamais que la prétention plus ou moins justifiée que nous affichons d’avoir été bien formés tient à la droiture, à l’abnégation, au goût du travail bien fait de certains maîtres dont nous nous souvenons, plus qu’au syllabaire ou à l’histoire de « nos ancêtres les Gaulois » que nous apprenions par cœur.

 

C’est une nouvelle approche de l’éducation que nous souhaitons aborder.

Nous ne sommes pas ici uniquement pour écouter et repartir. Chacun d’entre nous est ici en acteur et non en spectateur. J’invite chaque Haut-Commissaire dans sa province à organiser des meetings autour de la qualité de l’enseignement, afin de sensibiliser les militants autour de leur participation active à l’œuvre d’éducation. J’invite aussi les Inspecteurs d’enseignement, les Chefs d’établissements à organiser à leur tour des rencontre avec les enseignants pour débattre de la stratégie à mettre en place et des actions concrètes pour combattre les maux que nous avons dénoncés et raviver le niveau de conscience professionnelle, l’esprit d’initiative et de créativité. J’invite les CDR, les Conseils d’Administration Ministériels (CAM), les structures de l’Union Nationale du Burkina, de l’Union des Femmes du Burkina, les associations de parents d’élèves, à dégager les tâches qui sont les leurs pour l’amélioration de la qualité de l’enseignement. J’invite également les élèves à organiser dans leurs établissements des réunions autour de leurs responsabilités dans la baisse actuelle du niveau de l’enseignement.

Chacun d’entre nous, à partir de cet appel de Gaoua, devra entreprendre une œuvre de sensibilisation. A chaque niveau, une stratégie doit être élaborée pour rehausser le niveau en amenant chacun à jouer son rôle.

C’est une tâche permanente.

 

Camarades,

Il s’agit bel et bien d’une lutte politique. Avant-hier, le colonialisme, hier le néo-colonialisme et aujourd’hui l’impérialisme nous ont piégés. Ils ont créé malicieusement un cadre de corrosion de nos mentalités. Ils nous ont arrachés[8] d’un univers logique et harmonieux et nous ont poussés vers un monde qui, nous le savons, restera inadapté pour nous.

Cependant, dans la marche forcée qui nous est imposée par l’irrésistible séduction de la domination étrangère, nous perdons nos énergies pour avoir trop bandé nos muscles qui éclatent, nous perdons nos âmes pour avoir voulu n’être plus nous-mêmes. La jungle de la société capitaliste, sa philosophie d’injustice et d’exploitation de l’homme par l’homme créent pour chacun de nous les alibis, l’absolution anticipée, le blanc-seing du dédouanement. Alors nous voilà lancés à corps perdu dans la lutte égoïste pour des plaisirs qui ne constituent qu’une illusion de bonheur, et pour cela nous écrasons et notre prochain et les valeurs de notre peuple. Dans ce capharnaüm de mœurs dissolues, l’homme devient réellement un loup pour l’homme. L’horloge de la société se détraque, et le bon état de quelques pièces ne suffit plus à assurer un fonctionnement correct. Il n’y a plus d’obligation de qualité par la société, plus de discipline collective et individuelle pour y parvenir : la bête prend le dessus sur l’homme et le troupeau insensiblement remplace la collectivité des êtres pensants. Nos enfants naissant et grandissant dans un tel milieu s’exercent eux aussi à la vie débridée, à l’extinction des valeurs.

 

Camarades, enseignants, parents d’élèves et élèves,

C’est au prix d’une violence sur nos mauvaises habitudes et nos pratiques irresponsables, mais aussi d’une victoire sur nous-mêmes que nous remplirons notre mission historique de préparer une relève sûre et de former selon la morale et l’éthique révolutionnaire les bâtisseurs du Burkina Faso de demain.

 

La Patrie ou la Mort, Nous Vaincrons !

 

La retranscription et les notes ci-dessous ont été réalisées par Max Vernet. Nous avons retrouvé récemment ce discours mais n’avions guère le temps de le retaper, ce que Max Vernet a gentiment accepté de faire. Qu’il soit ici chaleureusement remercié.



[1] Gaoua est la capitale de la Province de Poni, capitale du pays Lobi, au sud-est de Ouagadougou presque à la frontière de la Côte d’Ivoire – note du transcripteur

[2] environ 15,25 millions d’euros ; il s’agit de francs CFA. ; 100 francs CFA =1 franc français = 15 centimes d’euro . – note du transcripteur

[3] environ 30,5 millions d’euros – note du transcripteur

[4] capitale du Yatenga, troisième ville du Burkina Faso à 200 km au nord-ouest de Ouagadougou – note du transcripteur

[5] texte original : « les » - note du transcripteur

[6] texte original : « du rendements méritants des… » - note du transcripteur

[7] environ 91,5 millions d’euros – note du transcripteur

[8] texte original : « arraché » - note du transcripteur

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11 novembre 2010 4 11 /11 /novembre /2010 00:05

Lorsque nous avons pris connaissance du discours de Blaise Compaoré à l’assemblée générale de l’ONU en septembre 2009, nous avons été particulièrement frappés par le manque de clarté si ce n’est de courage dans la position énoncée à propos de la question palestinienne par l’actuel président du Burkina Faso. Nous avions en souvenir ce que Sankara, lui, avait déclaré. Des militantes de SURVIE nous ont fait parvenir le récit de la marche sur Gaza décembre 2009, janvier 2010, auxquelles elles ont participé (voir à l’adresse http://www.thomassankara.net/...). A cette occasion il nous a semble utile de vous livrer, à titre de comparaison, l’extrait du discours de Compaoré à l’ONU consacré au Moyen Orient en septembre 2009 et quelques citations extraites de différents discours de Thomas Sankara. Un exemple supplémentaire de l’actualité de la pensée de Thomas Sankara. B. J.

Discours de Blaise Compaoré à l’occasion du débat général de la 64ème session ordinaire de l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies (New-York, 25 septembre 2009)

Extrait sur le Moyen Orient :

« Au Moyen-Orient, nous nous félicitons du bon déroulement des élections au Liban et encourageons ce pays à améliorer ses relations avec la Syrie et Israël. La stabilité retrouvée du Liban et les perspectives de normalisation avec les Etats voisins constituent une opportunité pour envisager avec sérénité un règlement global de la question palestinienne. »


 Extraits de discours de Thomas Sankara sur le Moyen Orient

Discours prononcé au Sommet des Non alignés de New Delhi en mars 1983. Source : http://thomassankara.net/...

« De même pensons-nous, notre mouvement ne peut accepter le rôle d’observateur muet et passif qu’on cherche à lui imposer, comme au reste du monde dans ce conflit du Proche Orient, vieux maintenant de près 40 ans, où les manoeuvres combinées de l’impérialisme et du sionisme, ont réussi non seulement à expulser de sa patrie le peuple palestinien mais aussi à la suite d’agressions barbares successives à réaliser et maintenir l’occupation militaire et l’annexion de vastes territoires de plusieurs pays arabes membres de notre mouvement.

Récemment encore, il y a moins d’un an, le gouvernement d’Israël publiquement encouragé par les celui des Etats-Unis, et malgré la condamnation unanime des peuples du monde entier, a envahi avec son armée l’état du Liban, soumis la capitale Beyrouth à la destruction impitoyable de ses énormes moyens militaires, terrestres, maritimes et aériens, malgré l’héroïque résistance de la ville et des palestiniens sous la direction de l’OLP (Organisation de Libération de la Palestine).

Malgré le cessez-le feu obtenu par la communauté internationale, le gouvernement israélien a permis les massacres inqualifiables de Sabra et Chatila dont les responsables méritent d’être poursuivis pour crime contre l’humanité et s’obstinent encore à refuser de retirer du Liban les troupes d’agression. »

Discours de Thomas Sankara devant l’Assemblée générale des Nations Unies le 4 octobre 1984. Source : http://thomassankara.net/...

« Enfin, je veux m’indigner en pensant aux Palestiniens qu’une humanité inhumaine a choisi de substituer à un autre peuple, hier encore martyrisé. Je pense à ce vaillant peuple palestinien, c’est-à-dire à ces familles atomisées errant de par le monde en quête d’un asile. Courageux, déterminés, stoïques et infatigables, les Palestiniens rappellent à chaque conscience humaine la nécessité et l’obligation morale de respecter les droits d’un peuple : avec leurs frères juifs, ils sont antisionistes. »

.../...

« Mais la recherche de la paix va de pair avec l’application ferme du droit des pays à l’indépendance, des peuples à la liberté et des nations à l’existence autonome. Sur ce point, le palmarès le plus pitoyable, le plus lamentable, oui, le plus lamentable, est détenu au Moyen Orient en termes d’arrogance, d’insolence et d’incroyable entêtement par un petit pays, Israël, qui, depuis, plus de vingt ans, avec l’inqualifiable complicité de son puissant protecteur les Etats-Unis, continue à défier la communauté internationale.

Au mépris d’une histoire qui hier encore, désignait chaque Juif à l’horreur des fours crématoires, Israël en arrive à infliger à d’autres ce qui fut son propre calvaire. En tout état de cause, Israël dont nous aimons le peuple pour son courage et ses sacrifices d’hier, doit savoir que les conditions de sa propre quiétude ne résident pas dans sa puissance militaire financée de l’extérieur. Israël doit commencer à apprendre à devenir une nation comme les autres, parmi les autres.

Pour l’heure, nous tenons à affirmer du haut de cette tribune, notre solidarité militante et agissante à l’endroit des combattants, femmes et hommes, de ce peuple merveilleux de la Palestine parce que nous savons qu’il n’y a pas de souffrance sans fin. »

.../...

« Enfin ma délégation n’aurait pas accompli tous ses devoirs si elle n’exigeait pas la suspension d’Israël et le dégagement pur et simple de l’Afrique du Sud de notre organisation. Lorsque, à la faveur du temps, ces pays auront opéré la mutation qui les introduira dans la Communauté internationale, chacun de nous nous, et mon pays en tête, devra les accueillir avec bonté, guider leur premier pas. »

Discours de Thomas Sankara lors de la visite de François Mitterrand à Ouagadougou le 17 novembre 1986 source : http://www.thomassankara.net/...

"Nous suivons et apprécions aussi chaque jour, les actes comme ils sont posés. La France est engagée avec les autres peuples du monde dans la lutte pour la paix et c’est pourquoi, à l’heure où nous nous rencontrons aujourd’hui, il convient de rappeler que d’autres, ailleurs, ignorent, et pour combien de temps, cette paix.

Il s’agit d’abord des Palestiniens. Les Palestiniens, des hommes et des femmes qui errent de part en part, bohémiens du sionisme. Ces hommes et ces femmes qui sont contraints de chercher refuge, ces hommes et ces femmes pour qui la nuit est une succession de cauchemars et le jour, une avalanche d’obus."

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11 novembre 2010 4 11 /11 /novembre /2010 00:04

 

« La vraie émancipation de la femme c’est celle qui responsabilise la femme, qui l’associe aux activités productrices, aux différents combats auxquels est confronté le peuple. La vraie émancipation de la femme, c’est celle qui force la considération et le respect de l’homme ».

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11 novembre 2010 4 11 /11 /novembre /2010 00:04

8 mars 1987

 

Il n’est pas courant qu’un homme ait à s’adresser à tant et tant de femmes à la fois. Il n’est pas courant non plus qu’un homme ait à suggérer à tant et tant de femmes à la fois, les nouvelles batailles à engager.

La première timidité de l’homme lui vient dès le moment où il a conscience qu’il regarde une femme. Aussi, camarades militantes, vous comprendrez que malgré la joie et le plaisir que j’ai à m’adresser à vous, je reste quand même un homme qui regarde en chacune de vous, la mère, la soeur ou l’épouse. Je voudrais également que nos soeurs ici présentes, venues du Kadiogo, et qui ne comprennent pas la langue française étrangère dans laquelle je vais prononcer mon discours soient indulgentes à notre égard comme elles l’ont toujours été, elles qui, comme nos mères, ont accepté de nous porter pendant neuf mois sans rechigner. ( Intervention en langue nationale mooré pour assurer les femmes qu’une traduction suivra, d leur intention.)

Camarades, la nuit de 4 août a accouché de l’oeuvre la plus salutaire pour le peuple burkinabè. Elle a donné à notre peuple un nom et à notre pays un horizon.

Irradiés de la sève vivifiante de la liberté, les hommes burkinabè, humiliés et proscrits d’hier, ont reçu le sceau de ce qu’il y a de plus cher au monde : la dignité et l’honneur. Dès lors, le bonheur est devenu accessible et chaque jour nous marchons vers lui, embaumés par les luttes, prémices qui témoignent des grands pas que nous avons déjà réalisés. Mais le bonheur égoïste n’est qu’illusion et nous avons une grande absente : la femme. Elle a été exclue de cette procession heureuse.

Si des hommes sont déjà à l’orée du grand jardin de la révolution, les femmes elles, sont encore confinées dans leur obscurité dépersonnalisante, devisant bruyamment ou sourdement sur les expériences qui ont embrassé le Burkina Faso et qui ne sont chez elles pour l’instant que clameurs.

Les promesses de la révolution sont déjà réalités chez les hommes. Chez les femmes par contre, elles ne sont encore que rumeurs. Et pourtant c’est d’elles que dépendent la vérité et l’avenir de notre révolution : questions vitales, questions essentielles puisque rien de complet, rien de décisif, rien de durable ne pourra se faire dans notre pays tant que cette importante partie de nous-mêmes sera maintenue dans cet assujettissement imposé durant des siècles par les différents systèmes d’exploitation. Les hommes et les femmes du Burkina Faso doivent dorénavant modifier en profondeur l’image qu’ils se font d’eux-mêmes à l’intérieur d’une société qui, non seulement, détermine de nouveaux rapports sociaux mais provoque une mutation culturelle en bouleversant les relations de pouvoir entre hommes et femmes, et en condamnant l’un et l’autre à repenser la nature de chacun. C’est une tâche redoutable mais nécessaire, puisqu’il s’agit de permettre à notre révolution de donner toute sa mesure, de libérer toutes ses possibilités et de révéler son authentique signification dans ces rapports immédiats, naturels, nécessaires, de l’homme et de la femme, qui sont les rapports les plus naturels de l’être humain à l’être humain.

Voici donc jusqu’à quel point le comportement naturel de l’homme est devenu humain et jusqu’à quel point sa nature humaine est devenue sa nature.

Cet être humain, vaste et complexe conglomérat de douleurs et de joies, de solitude dans l’abandon, et cependant berceau créateur de l’immense humanité, cet être de souffrance, de frustration et d’humiliation, et pourtant, source intarissable de félicité pour chacun de nous ; lieu incomparable de toute affection, aiguillon des courages même les plus inattendus ; cet être dit faible mais incroyable force inspiratrice des voies qui mènent à l’honneur ; cet être, vérité chamelle et certitude spirituelle, cet être-là, femmes, c’est vous ! Vous, berceuses et compagnes de notre vie, camarades de notre lutte, et qui de ce fait, en toute justice, devez vous imposer comme partenaires égales dans la convivialité des festins des victoires de la révolution.

C’est sous cet éclairage que tous, hommes et femmes, nous nous devons de définir et d’affirmer le rôle et la place de la femme dans la société.

Il s’agit donc de restituer à l’homme sa vraie image en faisant triompher le règne de la liberté par-delà les différenciations naturelles, grâce à la liquidation de tous les systèmes d’hypocrisie qui consolident l’exploitation cynique de la femme.

En d’autres termes, poser la question de la femme dans la société burkinabè d’aujourd’hui, c’est vouloir abolir le système d’esclavage dans lequel elle a été maintenue pendant des millénaires. C’est d’abord vouloir comprendre ce système dans son fonctionnement, en saisir la vraie nature et toutes ses subtilités pour réussir à dégager une action susceptible de conduire à un affranchissement total de la femme.

Autrement dit, pour gagner un combat qui est commun à la femme et à l’homme, il importe de connaître tous les contours de la question féminine tant à l’échelle nationale qu’universelle et de comprendre comment, aujourd’hui, le combat de la femme, burkinabè rejoint le combat universel de toutes les femmes, et au-delà, le combat pour la réhabilitation totale de notre continent.

La condition de la femme est par conséquent le noeud de toute la question humaine, ici, là-bas, partout. Elle a donc un caractère universel.

La lutte de classes et la question de la femme.

Nous devons assurément au matérialisme dialectique d’avoir projeté sur les problèmes de la condition féminine la lumière la plus forte, celle qui nous permet de cerner le problème de l’exploitation de la femme à l’intérieur d’un système généralisé d’exploitation. Celle aussi qui définit la société humaine non plus comme un fait naturel immuable mais comme une antiphysis.

L’humanité ne subit pas passivement la puissance de la nature. Elle la prend à son compte. Cette prise en compte n’est pas une opération intérieure et subjective. Elle s’effectue objectivement dans la pratique, si la femme cesse d’être considérée comme un simple organisme sexué, pour prendre conscience au-delà des données biologiques, de sa valeur dans l’action.

En outre, la conscience que la femme prend d’elle-même n’est pas définie par sa seule sexualité. Elle reflète une situation qui dépend de la structure économique de la société, structure qui traduit le degré de l’évolution technique et des rapports entre classes auquel est parvenue l’humanité.

L’importance du matérialisme dialectique est d’avoir dépassé les limites essentielles de la biologie, d’avoir échappé aux thèses simplistes de l’asservissement à l’espèce, pour introduire tous les faits dans le contexte économique et social. Aussi loin que remonte l’histoire humaine, l’emprise de l’homme sur la nature ne s’est jamais réalisée directement, le corps nu. La main avec son pouce préhensif déjà se prolonge vers l’instrument qui multiplie son pouvoir. Ce ne sont donc pas les seules données physiques, la musculature, la parturition par exemple, qui ont consacré l’inégalité de statut entre l’homme et la femme. Ce n’est pas non plus l’évolution technique en tant que telle qui l’a confirmée. Dans certains cas, et dans certaines parties du globe, la femme a pu annuler la différence physique qui la sépare de l’homme.

C’est le passage d’une forme de société à une autre qui justifie l’institutionnalisation de cette inégalité. Une inégalité sécrétée par l’esprit et par notre intelligence pour réaliser la domination et l’exploitation concrétisées, représentées et vécues désormais par les fonctions et les rôles auxquels nous avons soumis la femme.

La maternité, l’obligation sociale d’être conforme aux canons de ce que les hommes désirent comme élégance, empêchent la femme qui le désirerait de se forger une musculature dite d’homme.

Pendant des millénaires, du paléolithique à l’âge du bronze, les relations entre les sexes furent considérées par les paléontologues les plus qualifiés de complémentarité positive. Ces rapports demeurèrent pendant huit millénaires sous l’angle de la collaboration et de l’interférence, et non sous celui de l’exclusion propre au patriarcat absolu à peu près généralisé à l’époque historique !

Engels a fait l’état de l’évolution des techniques mais aussi de l’asservissement historique de la femme qui naquit avec l’apparition de la propriété privée, à la faveur du passage d’un mode de production à un autre, d’une organisation sociale à une autre.

Avec le travail intensif exigé pour défricher la forêt, faire fructifier les champs, tirer au maximum parti de la nature, intervient la parcellisation des tâches. L’égoïsme, la paresse, la facilité, bref le plus grand profit pour le plus petit effort émergent des profondeurs de l’homme et s’érigent en principes. La tendresse protectrice de la femme à l’égard de la famille et du clan devient le piège qui la livre à la domination du mâle. L’innocence et la générosité sont victimes de la dissimulation et des calculs crapuleux. L’amour est bafoué. La dignité est éclaboussée. Tous les vrais sentiments se transforment en objets de marchandage. Dès lors, le sens de l’hospitalité et du partage des femmes succombe à la ruse des fourbes.

Quoique consciente de cette fourberie qui régit la répartition inégale des tâches, elle, la femme, suit l’homme pour soigner et élever tout ce qu’elle aime. Lui, l’homme, surexploite tant de don de soi. Plus tard, le germe de l’exploitation coupable installe des règles atroces, dépassant les concessions conscientes de la femme historiquement trahie.

L’humanité connaît l’esclavage avec la propriété privée. L’homme maître de ses esclaves et de la terre devient aussi propriétaire de la femme. C’est là la grande défaite historique du sexe féminin. Elle s’explique par le bouleversement survenu dans la division du travail, du fait de nouveaux modes de production et d’une révolution dans les moyens de production.

Alors le droit paternel se substitue au droit maternel ; la transmission du domaine se fait de père en fils et non plus de la femme à son clan. C’est l’apparition de la famille patriarcale fondée sur la propriété personnelle et unique du père, devenu chef de famille. Dans cette famille, la femme est opprimée. Régnant en souverain, l’homme assouvit ses caprices sexuels, s’accouple avec les esclaves ou hétaïres. Les femmes deviennent son butin et ses conquêtes de marché. Il tire profit de leur force de travail et jouit de la diversité du plaisir qu’elles lui procurent.

De son côté dès que les maîtres rendent la réciproque possible, la femme se venge par l’infidélité. Ainsi le mariage se complète naturellement par l’adultère. C’est la seule défense de la femme contre l’esclavage domestique où elle est tenue. L’oppression sociale est ici l’expression de l’oppression économique.

Dans un tel cycle de violence, l’inégalité ne prendra fin qu’avec l’avènement d’une société nouvelle, c’est-à-dire lorsque hommes et femmes jouiront de droits sociaux égaux, issus de bouleversements intervenus dans les moyens de production ainsi que dans tous les rapports sociaux. Aussi le sort de la femme ne s’améliorera-t-il qu’avec la liquidation du système qui l’exploite.

De fait, à travers les âges et partout où triomphait le patriarcat, il y a eu un parallélisme étroit entre l’exploitation des classes et la domination des femmes ; Certes, avec des périodes d’éclaircies où des femmes, prêtresses ou guerrières ont crevé la voûte oppressive. Mais l’essentiel, tant au niveau de la pratique quotidienne que dans la répression intellectuelle et morale, a survécu et s’est consolidé. Détrônée par la propriété privée, expulsée d’elle-même, ravalée au rang de nourrice et de servante, rendue inessentielle par les philosophies Aristote, Pythagore et autres et les religions les plus installées, dévalorisée par les mythes, la femme partageait le sort de l’esclave qui dans la société esclavagiste n’était qu’une bête de somme à face humaine.

Rien d’étonnant alors que, dans sa phase conquérante, le capitalisme, pour lequel les êtres humains n’étaient que des chiffres, ait été le système économique qui a exploité la femme avec le plus de cynisme et le plus de raffinement. C’était le cas, rapporte-t-on, chez ce fabricant de l’époque, qui n’employait que des femmes à ses métiers à tisser mécaniques. Il donnait la préférence aux femmes mariées et parmi elles, à celles qui avaient à la maison de la famille à entretenir, parce qu’elles montraient beaucoup plus d’attention et de docilité que les célibataires. Elles travaillaient jusqu’à l’épuisement de leurs forces pour procurer aux leurs les moyen subsistance indispensables.

C’est ainsi que les qualités propres de la femme sont faussées à son détriment, et tous les éléments moraux et délicats de sa nature deviennent des moyens de l’asservir. Sa tendresse, l’amour de la famille, la méticulosité qu’elle apporte à son oeuvre sont utilisés contre elle, tout en se parant contre les défauts qu’elle peut avoir.

Ainsi, à travers les âges et à travers les types de sociétés, la femme a connu un triste sort : celui de l’inégalité toujours confirmée par rapport à l’homme. Que les manifestations de cette inégalité aient pris des tours et contours divers, cette inégalité n’en est pas moins restée la même.

Dans la société esclavagiste, l’homme esclave était considéré comme un animal, un moyen de production de biens et de services. La femme, quel que fût son rang, était écrasée à l’intérieur de sa propre classe, et hors de cette classe même pour celles qui appartenaient aux classes exploiteuses.

Dans la société féodale, se basant sur la prétendue faiblesse physique ou psychologique des femmes, les hommes les ont confinées dans une dépendance absolue de l’homme. Souvent considérée comme objet de souillure ou principal agent d’indiscrétion, la femme, à de rares exceptions près, était écartée des lieux de culte.

Dans la société capitaliste, la femme, déjà moralement et socialement persécutée, est également économiquement dominée. Entretenue par l’homme lorsqu’elle ne travaille pas, elle l’est encore lorsqu’elle se tue à travailler. On ne saurait jeter assez de lumière vive sur la misère des femmes, démontrer avec assez de force qu’elle est solidaire de celle des prolétaires.

De la spécificité du fait féminin.

Solidaire de l’homme exploité, la femme l’est.

Toutefois, cette solidarité dans l’exploitation sociale dont hommes et femmes sont victimes et qui lie le sort de l’un et de l’autre à l’Histoire, ne doit pas faire perdre de vue le fait spécifique de la condition féminine. La condition de la femme déborde les entités économiques en singularisant l’oppression dont elle est victime. Cette singularité nous interdit d’établir des équations en nous abîmant dans les réductions faciles et infantiles. Sans doute, dans l’exploitation, la femme et l’ouvrier sont-ils tenus au silence. Mais dans le système mis en place, la femme de l’ouvrier doit un autre silence à son ouvrier de mari. En d’autres termes, à l’exploitation de classe qui leur est commune, s’ajoutent pour les femmes, des relations singulières avec l’homme, relations d’opposition et d’agression qui prennent prétexte des différences physiques pour s’imposer.

Il faut admettre que l’asymétrie entre les sexes est ce qui caractérise la société humaine, et que cette asymétrie définit des rapports souverains qui ne nous autorisent pas à voir d’emblée dans la femme, même au sein de la production économique, une simple travailleuse. Rapports privilégiés, rapports périlleux qui font que la question de la condition de la femme se pose toujours comme un problème.

L’homme prend donc prétexte la complexité de ces rapports pour semer la confusion au sein des femmes et tirer profit de toutes les astuces de l’exploitation de classe pour maintenir sa domination sur les femmes. De cette même façon, ailleurs, des hommes ont dominé d’autres hommes parce qu’ils ont réussi à imposer l’idée selon laquelle au nom de l’origine de la famille et de la naissance, du « droit divin », certains hommes étaient supérieurs à d’autres. D’où le règne féodal. De cette même manière, ailleurs, d’autres hommes ont réussi à asservir des peuples entiers, parce que l’origine et l’explication de la couleur de leur peau ont été une justification qu’ils ont voulue « scientifique » pour dominer ceux qui avaient le malheur d’être d’une autre couleur. C’est le règne colonial. C’est l’apartheid.

Nous ne pouvons pas ne pas être attentifs à cette situation des femmes, car c’est elle qui pousse les meilleures d’entre elles à parler de guerre des sexes alors qu’il s’agit d’une guerre de clans et de classes à mener ensemble dans la complémentarité tout simplement. Mais il faut admettre que c’est bien l’attitude des hommes qui rend possible une telle oblitération des significations et autorise par là toutes les audaces sémantiques du féminisme dont certaines n’ont pas été inutiles dans le combat qu’hommes et femmes mènent contre l’oppression. Un combat que nous pouvons gagner, que nous allons gagner si nous retrouvons notre complémentarité, si nous nous savons nécessaires et complémentaires, si nous savons enfin que nous sommes condamnés à la complémentarité.

Pour l’heure, force est de reconnaître que le comportement masculin, fait de vanités, d’irresponsabilités, d’arrogances et de violences de toutes sortes à l’endroit de la femme, ne peut guère déboucher sur une action coordonnée contre l’oppression de celle-ci. Et que dire de ces attitudes qui vont jusqu’à la bêtise et qui ne sont en réalité qu’exutoires des mâles opprimés espérants, par leurs brutalités contre leur femme, récupérer pour leur seul compte une humanité que le système d’exploitation leur dénie.

La bêtise masculine s’appelle sexisme ou machisme, toute forme d’indigence intellectuelle et morale, voire d’impuissance physique plus ou moins déclarée qui oblige souvent les femmes politiquement conscientes à considérer comme un devoir la nécessité de lutter sur deux fronts.

Pour lutter et vaincre, les femmes doivent s’identifier aux couches et classes sociales opprimées : les ouvriers, les paysans...

Un homme, si opprimé soit-il, trouve un être à opprimer : sa femme. C’est là assurément affirmer une terrible réalité. Lorsque nous parlons de l’ignoble système de l’apartheid, c’est vers les Noirs exploités et opprimés que se tournent et notre pensée et notre émotion. Mais nous oublions hélas la femme noire qui subit son homme, cet homme qui, muni de son passbook (laisser-passer), s’autorise des détours coupables avant d’aller retrouver celle qui l’a attendu dignement, dans la souffrance et dans le dénuement.

Pensons aussi à la femme blanche d’Afrique du Sud, aristocrate, matériellement comblée sûrement, mais malheureusement machine de plaisir de ces hommes blancs lubriques qui n’ont plus pour oublier leurs forfaits contre les Noirs que leur enivrement désordonné et pervers de rapports sexuels bestiaux.

En outre, les exemples ne manquent pas d’hommes pourtant progressistes, vivant allègrement d’adultère, mais qui seraient prêts à assassiner leur femme rien que pour un soupçon d’infidélité. Ils sont nombreux chez nous, ces hommes qui vont chercher des soi-disant consolations dans les bras de prostituées et de courtisanes de toutes sortes ! Sans oublier les maris irresponsables dont les salaires ne servent qu’à entretenir des maîtresses et enrichir des débits de boisson. Et que dire de ces petits hommes eux aussi progressistes qui se retrouvent souvent dans une ambiance lascive pour parler des femmes dont ils ont abusé. Ils croient ainsi se mesurer à leurs semblables hommes, voire les humilier quand ils ravissent des femmes mariées.

En fait, il ne s’agit là que de lamentables mineurs dont nous nous serions même abstenus de parler si leur comportement de délinquants ne mettait en cause et la vertu et la morale de femmes de grande valeur qui auraient été hautement utiles à notre révolution.

Et puis tous ces militants plus ou moins révolutionnaires, beaucoup moins révolutionnaires que plus, qui n’acceptent pas que leurs épouses militent ou ne l’acceptent que pour le militantisme de jour et seulement de jour ; qui battent leurs femmes parce qu’elles se sont absentées pour des réunions ou des manifestations de nuit. Ah ! ces soupçonneux, ces jaloux ! Quelle pauvreté d’esprit et quel engagement conditionnel, limité ! Car n’y aurait-il que la nuit qu’une femme déçue et décidée puisse tromper son mari ? Et quel est cet engagement qui veut que le militantisme s’arrête avec la tombée de la nuit, pour ne reprendre ses droits et ses exigences que seulement au lever du jour !

Et que penser enfin de tous ces propos dans la bouche des militants plus révolutionnaires, les uns que les autres sur les femmes ? Des propos comme « bassement matérialistes, profiteuses, comédiennes, menteuses cancanières, intrigantes, jalouses etc, etc... » Tout cela est peut-être vrai des femmes mais sûrement aussi vrai pour les hommes ! Notre société pourrait-elle pervertir moins que cela lorsque avec méthode, elle accable les femmes, les écarte de tout ce qui est censé être sérieux, déterminant, c’est-à-dire au-dessus des relations subalternes et mesquines !

Lorsque l’on est condamné comme les femmes le sont à attendre son maître de mari pour lui donner à manger, et recevoir de lui l’autorisation de parler et de vivre, on n’a plus, pour s’occuper et se créer une illusion d’utilité ou d’importance, que les regards, les reportages, les papotages, les jeux de ferraille, les regards obliques et envieux suivis de médisance sur la coquetterie des autres et leur vie privée. Les mêmes attitudes se retrouvent chez les mâles placés dans les mêmes conditions.

Des femmes, nous disons également, hélas qu’elles sont oublieuses. On les qualifie même de têtes de linottes. N’oublions jamais cependant qu’accaparée, voire tourmentée par l’époux léger, le mari infidèle et irresponsable, l’enfant et ses problèmes, accablée enfin par l’intendance de toute la famille, la femme, dans ces conditions, ne peut avoir que des yeux hagards qui reflètent l’absence, et la distraction de l’esprit. L’oubli, pour elle, devient un antidote à la peine, une atténuation des rigueurs de l’existence, une protection vitale.

Mais des hommes oublieux, il y en a aussi, et beaucoup ; les uns dans l’alcool et les stupéfiants, les autres dans diverses formes de perversité auxquelles ils s’adonnent dans la course de la vie. Cependant, personne ne dit jamais que ces hommes-là sont oublieux. Quelle vanité, quelles banalités !

Banalités dont ils se gargarisent pour marquer ces infirmités de l’univers masculin. Car l’univers masculin dans une société d’exploitation a besoin de femmes prostituées ; Celles que l’on souille et que l’on sacrifie après usage sur l’autel de la prospérité d’un système de mensonges et de rapines, ne sont que des boucs émissaires.

La prostitution n’est que la quintessence d’une société où l’exploitation est érigée en règle. Elle symbolise le mépris que l’homme a de la femme. De cette femme qui n’est autre que la figure douloureuse de la mère, de la soeur ou de l’épouse d’autres hommes, donc de chacun de nous. C’est en définitive, le mépris inconscient que nous avons de nous-mêmes. Il n’y a de prostituées que là où existent des « prostitueurs » et des proxénètes.

Mais qui donc va chez la prostituée ?

Il y a d’abord des maris qui vouent leurs épouses à la chasteté pour décharger sur la prostituée leur turpitude et leurs désirs de stupres. Cela leur permet d’accorder un respect apparent à leurs épouses tout en révélant leur vraie nature dans le giron de la fille dite de joie. Ainsi sur le plan moral, on fait de la prostitution le symétrique du mariage. On semble s’en accommoder, dans les rites et coutumes, les religions et les morales. C’est ce que les pères de l’Église exprimaient en disant qu « il faut des égouts pour garantir la salubrité des palais ».

Il y a ensuite les jouisseurs impénitents et intempérants qui ont peur d’assumer la responsabilité d’un foyer avec ses turbulences et qui fuient les charges morales et matérielles d’une paternité. Ils exploitent alors l’adresse discrète d’une maison close comme le filon précieux d’une liaison sans conséquences.

Il y a aussi la cohorte de tous ceux qui, publiquement du moins et dans les lieux bien pensants, vouent la femme aux gémonies. Soit par un dépit qu’ils n’ont pas eu le courage de transcender, perdant confiance ainsi en toute femme déclarée alors instrumentum diabolicum, soit également par hypocrisie pour avoir trop souvent et péremptoirement proclamé contre le sexe féminin un mépris qu’ils s’efforcent d’assumer aux yeux de la société dont ils ont extorqué l’admiration par la fausse vertu. Tous nuitamment échouent dans les lupanars de manière répétée jusqu’à ce que parfois leur tartufferie soit découverte.

Il y a encore cette faiblesse de l’homme que l’on retrouve dans sa recherche de situations polyandriques. Loin de nous, toute idée de jugement de valeur sur la polyandrie, cette forme de rapport entre l’homme et la femme que certaines civilisations ont privilégiée. Mais dans les cas que nous dénonçons, retenons ces parcs de gigolos cupides et fainéants qu’entretiennent grassement de riches dames.

Dans ce même système, au plan économique la prostitution peut confondre prostituée et femme mariée « matérialiste ». Entre celle qui vend son corps par la prostitution et celle qui se vend dans le mariage, la seule différence consiste dans le prix et la durée du contrat.

Ainsi en tolérant l’existence de la prostitution, nous ravalons toutes nos femmes au même rang : prostituées ou mariées. La seule différence est que la femme légitime tout en étant opprimée en tant qu’épouse bénéficie au moins du sceau de l’honorabilité que confère le mariage. Quant à la prostituée, il ne reste plus que l’appréciation marchande de son corps, appréciation fluctuant au gré des valeurs des bourses phallocratiques.

N’est-elle qu’un article qui se valorise ou se dévalorise en fonction du degré de flétrissement de ses charmes ? N’est-elle pas régie par la loi de l’offre et de la demande ? La prostitution est un raccourci tragique et douloureux de toutes les formes de l’esclavage féminin. Nous devons par conséquent voir dans chaque prostituée le regard accusateur braqué sur la société tout entière. Chaque proxénète, chaque partenaire de prostituée remue un couteau dans cette plaie purulente et béante qui enlaidit le monde des hommes et le conduit à sa perte. Aussi, en combattant la prostitution, en tendant une main secourable à la prostituée, nous sauvons nos mères, nos soeurs et nos femmes de cette lèpre sociale. Nous nous sauvons nous-mêmes. Nous sauvons le monde.

La condition de la femme au Burkina.

Si dans l’entendement de la société, le garçon qui naît est un « don de Dieu », la naissance d’une fille est accueillie, sinon comme une fatalité, au mieux comme un présent qui servira à produire des aliments et à reproduire le genre humain.

Au petit homme l’on apprendra à vouloir et à obtenir, à dire et être servi, à désirer et prendre, à décider sans appel. A la future femme, la société, comme un seul homme et c’est bien le lieu de le dire assène, inculque des normes sans issue. Des corsets psychiques appelés vertus créent en elle un esprit d’aliénation personnelle, développent dans cette enfant la préoccupation de protection et la prédisposition aux alliances tutélaires et aux tractations matrimoniales. Quelle fraude mentale monstrueuse !

Ainsi, enfant sans enfance, la petite fille, dès l’âge de 3 ans, devra répondre à sa raison d’être : servir, être utile. Pendant que son frère de 4, 5 ou 6 ans jouera jusqu’à l’épuisement ou l’ennui, elle entrera, sans ménagement, dans le processus de production. Elle aura, déjà, un métier : assistante-ménagère. Occupation sans rémunération bien sûr car ne dit-on pas généralement d’une femme à la maison qu’elle « ne fait rien ? ». N’inscrit-on pas sur les documents d’identité des femmes non rémunérées la mention « ménagère » pour dire que celles-ci n’ont pas d’emploi ? Qu’elles « ne travaillent pas ? ».

Les rites et les obligations de soumission aidant, nos soeurs grandissent, de plus en plus dépendantes, de plus en plus dominées, de plus en plus exploitées avec de moins en moins de loisirs et de temps libre.

Alors que le jeune homme trouvera sur son chemin les occasions de s’épanouir et de s’assumer, la camisole de force sociale enserrera davantage la jeune fille, à chaque étape de sa vie. Pour être née fille, elle paiera un lourd tribut, sa vie durant, jusqu’à ce que le poids du labeur et les effets de l’oubli de soi physiquement et mentalement la conduisent au jour du Grand repos. Facteur de production aux côtés de sa mère dès ce moment, plus sa patronne que sa maman elle ne sera jamais assise à ne rien faire, jamais laissée, oubliée à ses jeux et à ses jouets comme lui, son frère.

De quelque côté que l’on se tourne, du Plateau central au Nord-Est où les sociétés à pouvoir fortement centralisé prédominent, à l’Ouest où vivent des communautés villageoises au pouvoir non centralisé ou au Sud-Ouest, terroir des collectivités dites segmentaires, l’organisation sociale traditionnelle présente au moins un point commun : la subordination des femmes. Dans ce domaine, nos 8 000 villages, nos 600 000 concessions et notre million et plus de ménages, observent des comportements identiques ou similaires. Ici et là, l’impératif de la cohésion sociale définie par les hommes est la soumission des femmes et la subordination des cadets.

Notre société, encore par trop primitivement agraire, patriarcale et polygamique, faite de la femme un objet d’exploitation pour sa force de travail et de consommation, pour sa fonction de reproduction biologique.

Comment la femme vit-elle cette curieuse double identité : celle d’être le noeud vital qui soude tous les membres de la famille, qui garantit par sa présence et son attention l’unité fondamentale et celle d’être marginalisée, ignorée ? Une condition hybride s’il en est, dont l’ostracisme imposé n’a d’égal que le stoïcisme de la femme. Pour vivre en harmonie avec la société des hommes, pour se conformer au diktat des hommes, la femme s’enferrera dans une ataraxie avilissante, négativiste, par le don de soi.

Femme-source de vie mais femme-objet. Mère mais servile domestique. Femme-nourricière mais femme-alibi. Taillable aux champs et corvéable au ménage, cependant figurante sans visage et sans voix. Femme-charnière, femme-confluent mais femme en chaînes, femme-ombre à l’ombre masculine.

Pilier du bien-être familial, elle est accoucheuse, laveuse, balayeuse, cuisinière, messagère, matrone, cultivatrice, guérisseuse, maraîchère, pileuse, vendeuse, ouvrière. Elle est une force de travail à l’outil désuet, cumulant des centaines de milliers d’heures pour des rendements désespérants.

Déjà aux quatre fronts du combat contre la maladie, la faim, le dénuement, la dégénérescence, nos soeurs subissent chaque jour la pression des changements sur lesquels elles n’ont point de prise. Lorsque chacun de nos 800 000 émigrants mâles s’en va, une femme assume un surcroît de travail. Ainsi, les deux millions de Burkinabé résidant hors du territoire national ont contribué à aggraver le déséquilibre de la sex-ratio qui, aujourd’hui, fait que les femmes constituent 51,7 pour cent de la population totale. De la population résidante potentiellement active, elles sont 52,1 pour cent.

Trop occupée pour accorder l’attention voulue à ses enfants, trop épuisée pour penser à elle-même, la femme continuera de trimer : roue de fortune, roue de friction, roue motrice, roue de secours, grande roue.

Rouées et brimées, les femmes, nos soeurs et nos épouses, paient pour avoir donné la vie. Socialement reléguées au troisième rang, après l’homme et l’enfant, elles paient pour entretenir la vie. Ici aussi, un Tiers Monde est arbitrairement arrêté pour dominer, pour exploiter.

Dominée et transférée d’une tutelle protectrice exploiteuse à une tutelle dominatrice et davantage exploiteuse, première à la tâche et dernière au repos, première au puits et au bois, au feu du foyer mais dernière à étancher ses soifs, autorisée à manger que seulement quand il en reste ; et après l’homme, clé de voûte de la famille, tenant sur ses épaules, dans ses mains et par son ventre cette famille et la société, la femme est payée en retour d’idéologie nataliste oppressive, de tabous et d’interdits alimentaires, de surcroît de travail, de malnutrition, de grossesses dangereuses, de dépersonnalisation et d’innombrables autres maux qui font de la mortalité maternelle une des tares les plus intolérables, les plus indicibles, les plus honteuses de notre société.

Sur ce substrat aliénant, l’intrusion des rapaces venus de loin a contribué à fermenter la solitude des femmes et à empirer la précarité de leur condition.

L’euphorie de l’indépendance a oublié la femme dans le lit des espoirs châtrés. Ségréguée dans les délibérations, absente des décisions, vulnérable donc victime de choix, elle a continué de subir la famille et la société. Le capital et la bureaucratie ont été de la partie pour maintenir la femme subjuguée. L’impérialisme a fait le reste.

Scolarisées deux fois moins que les hommes, analphabètes à 99 pour cent, peu formées aux métiers, discriminées dans l’emploi, limitées aux fonctions subalternes, harcelées et congédiées les premières, les femmes, sous les poids de cent traditions et de mille excuses ont continué de relever les défis successifs. Elles devaient rester actives, coûte que coûte, pour les enfants, pour la famille et pour la société. Au travers de mille nuits sans aurores.

Le capitalisme avait besoin de coton, de karité, de sésame pour ses industries et c’est la femme, ce sont nos mères qui en plus de ce qu’elles faisaient déjà se sont retrouvées chargées d’en réaliser la cueillette. Dans les villes, là où était censée être la civilisation émancipatrice de la femme, celle-ci s’est retrouvée obligée de décorer les salons de bourgeois, de vendre son corps pour vivre ou de servir d’appât commercial dans les productions publicitaires.

Les femmes de la petite-bourgeoisie des villes vivent sans doute mieux que les femmes de nos campagnes sur le plan matériel. Mais sont-elles plus libres, plus émancipées, plus respectées, plus responsabilisées ? Il y a plus qu’une question à poser, il y a une affirmation à avancer. De nombreux problèmes demeurent, qu’il s’agisse de l’emploi ou de l’accès à l’éducation, qu’il s’agisse du statut de la femme dans les textes législatifs ou dans la vie concrète de tous les jours, la femme burkinabè demeure encore celle qui vient après l’homme et non en même temps.

Les régimes politiques néo-coloniaux qui se sont succédés au Burkina n’ont eu de la question de l’émancipation de la femme que son approche bourgeoise qui n’est que l’illusion de liberté et de dignité. Seules les quelques femmes de la petite-bourgeoisie des villes étaient concernées par la politique à la mode de la « condition féminine » ou plutôt du féminisme primaire qui revendique pour la femme le droit d’être masculine. Ainsi la création du ministère de la Condition féminine, dirigée par une femme fut-elle chantée comme une victoire.

Mais avait-on vraiment conscience de cette condition féminine ? Avait-on conscience que la condition féminine c’est la condition de 52 pour cent de la population burkinabè ? Savait-on que cette condition était déterminée par les structures sociales, politiques, économiques et par les conceptions rétrogrades dominantes et que par conséquent la transformation de cette condition ne saurait incomber à un seul ministère, fût-il dirigé par une femme ?

Cela est si vrai que les femmes du Burkina ont pu constater après plusieurs années d’existence de ce ministère que rien n’avait changé dans leur condition. Et il ne pouvait en être autrement dans la mesure où l’approche de la question de l’émancipation des femmes qui a conduit à la création d’un tel ministère-alibi, refusait de voir et de mettre en évidence afin d’en tenir compte les véritables causes de la domination et de l’exploitation de la femme. Aussi ne doit-on pas s’étonner que malgré l’existence de ce ministère, la prostitution se soit développée, que l’accès des femmes à l’éducation et à l’emploi ne se soit pas amélioré, que les droits civiques et politiques des femmes soient restés ignorés, que les conditions d’existence des femmes en ville comme en campagne ne se soient nullement améliorées.

Femme-bijou, femme-alibi politique au gouvernement, femme-sirène clientéliste aux élections, femme-robot à la cuisine, femme frustrée par la résignation et les inhibitions imposées malgré son ouverture d’esprit ! Quelle que soit sa place dans le spectre de la douleur, quelle que soit sa façon urbaine ou rurale de souffrir, elle souffre toujours.

Mais une seule nuit a porté la femme au coeur de l’essor familial et au centre de la solidarité nationale.

Porteuse de liberté, l’aurore consécutive du 4 août 1983 lui a fait écho pour qu’ensemble, égaux, solidaires et complémentaires, nous marchions côte à côte, en un seul peuple.

La révolution d’août a trouvé la femme burkinabè dans sa condition d’être assujettie et exploité par une société néo-coloniale fortement influencée par l’idéologie des forces rétrogrades. Elle se devait de rompre avec la politique réactionnaire, prônée et suivie jusque-là en matière d’émancipation de la femme, en définissant de façon claire un politique nouveau, juste et révolutionnaire.

Notre révolution et l’émancipation de la femme

  

Le 2 octobre 1983, le Conseil national de la révolution a clairement énoncé dans son Discours d’orientation politique l’axe principal du combat de libération de la femme. Il s’y est engagé à travailler à la mobilisation, à l’organisation et à l’union de toutes les forces vives de la nation, et de la femme en particulier. Le Discours d’orientation politique précisait à propos de la femme : « Elle sera associée d tous les combats que nous aurons à entreprendre contre les diverses entraves de la société néo-coloniale et pour l’édification d’une société nouvelle. Elle sera associée à tous les niveaux de conception, de décision et d’exécution dans l’organisation de la vie de la nation tout entière ».

Le but de cette grandiose entreprise, c’est de construire une société libre et prospère où la femme sera l’égale de l’homme dans tous les domaines. Il ne peut y avoir de façon plus claire de concevoir et d’énoncer la question de la femme et la lutte émancipatrice qui nous attend.

« La vraie émancipation de la femme c’est celle qui responsabilise la femme, qui l’associe aux activités productrices, aux différents combats auxquels est confronté le peuple. La vraie émancipation de la femme, c’est celle qui force la considération et le respect de l’homme ».

Cela indique clairement, camarades militantes, que le combat pour la libération de la femme est avant tout votre combat pour le renforcement de la Révolution démocratique et populaire. Cette révolution qui vous donne désormais la parole et le pouvoir de dire et d’agir pour l’édification d’une société de justice et d’égalité, où la femme et l’homme ont les mêmes droits et les mêmes devoirs. La Révolution démocratique et populaire a créé les conditions d’un tel combat libérateur. Il vous appartient désormais d’agir en toute responsabilité pour, d’une part, briser toutes les chaînes et entraves qui asservissent la femme dans les sociétés arriérées comme la nôtre, et pour, d’autre part, assumer la part de responsabilité qui est la vôtre dans la politique d’édification de la société nouvelle au profit de l’Afrique et au profit de toute l’humanité.

Aux premières heures de la Révolution démocratique et populaire, nous le disions déjà : « l’émancipation tout comme la liberté ne s’octroie pas, elle se conquiert. Et il incombe aux femmes elles-mêmes d’avancer leurs revendications et de se mobiliser pour les faire aboutir ». Ainsi notre révolution a non seulement précisé l’objectif à atteindre dans la question de la lutte d’émancipation de la femme, mais elle a également indiqué ta voie à suivre, les moyens à mettre en oeuvre et les principaux acteurs de ce combat. Voilà bientôt quatre ans que nous oeuvrons ensemble, hommes et femmes, pour remporter des victoires et avancer vers l’objectif final.

Il nous faut avoir conscience des batailles livrées, des succès remportés, des échecs subis et des difficultés rencontrées pour davantage préparer et diriger les futurs combats. Quelle oeuvre a été réalisée par la Révolution démocratique et populaire dans l’émancipation de la femme ?

Quels atouts et quels handicaps ?

L’un des principaux acquis de notre révolution dans la lutte pour l’émancipation de la femme a été sans conteste la création de l’Union des femmes du Burkina, (UFB). La création de cette organisation constitue un acquit majeur parce qu’elle a permis de donner aux femmes de notre pays un cadre et des moyens sûrs pour victorieusement mener le combat. La création de l’UFB est une grande victoire parce qu’elle permet le ralliement de l’ensemble des femmes militantes autour d’objectifs précis, justes, pour le combat libérateur sous la direction du Conseil national de la révolution. L’UFB est l’organisation des femmes militantes et responsables, déterminées à travailler pour transformer [la réalité], à se battre pour gagner, à tomber et retomber, mais à se relever chaque fois pour avancer sans reculer.

C’est là une conscience nouvelle qui a germé chez les femmes du Burkina, et nous devons tous en être fiers. Camarades militantes, l’Union des femmes du Burkina est votre organisation de combat. Il vous appartient de l’affûter davantage pour que ses coups soient plus tranchants et vous permettent de remporter toujours et toujours des victoires. Les différentes initiatives que le Gouvernement a pu entreprendre depuis un peu plus de trois ans pour l’émancipation de la femme sont certainement insuffisantes, mais elles ont permis de faire un bout du chemin au point que notre pays peut se présenter aujourd’hui à l’avant-garde du combat libérateur de la femme. Nos femmes participent de plus en plus aux prises de décision, à l’exercice effectif du pouvoir populaire.

Les femmes du Burkina sont partout où se construit le pays, elles sont sur les chantiers : le Sourou (vallée irriguée), le reboisement, la vaccination-commando, les opérations « Villes propres », la bataille du rail, etc. Progressivement, les femmes du Burkina prennent pied et s’imposent, battant ainsi en brèche toutes les conceptions phallocratiques et passéïstes des hommes. Et il en sera ainsi jusqu’à ce que la femme au Burkina soit partout présente dans le tissu social et professionnel. Notre révolution, durant les trois ans et demi, a oeuvré à l’élimination progressive des pratiques dévalorisantes de la femme, comme la prostitution et les pratiques avoisinantes comme le vagabondage 3t la délinquance des jeunes filles, le mariage forcé, l’excision et les conditions de vie particulièrement difficiles de la femme.

En contribuant à résoudre partout le problème de l’eau, en contribuant aussi à l’installation des moulins dans les villages, en vulgarisant les foyers améliorés, en créant des garderies populaires, en pratiquant la vaccination au quotidien, en incitant à l’alimentation saine, abondante et variée, la révolution contribue sans nul doute à améliorer les conditions de vie de la femme burkinabè.

Aussi, celle-ci doit-elle s’engager davantage dans l’application des mots d’ordre anti-impérialistes, à produire et consommer burkinabè, en s’affirmant toujours comme un agent économique de premier plan, producteur comme consommateur des produits locaux.

La révolution d’août a sans doute beaucoup fait pour l’émancipation de la femme, mais cela est pourtant loin d’être satisfaisant. Il nous reste beaucoup à faire.

Pour mieux réaliser ce qu’il nous reste à faire, il nous faut d’avantage être conscients des difficultés à vaincre. Les obstacles et les difficultés sont nombreux. Et en tout premier lieu l’analphabétisme et le faible niveau de conscience politique, toutes choses accentuées encore par l’influence trop grande des forces rétrogrades dans nos sociétés arriérées.

Ces deux principaux obstacles, nous devons travailler avec persévérance à les vaincre. Car tant que les femmes n’auront pas une conscience claire de la justesse du combat politique à mener et des moyens à mettre en oeuvre, nous risquons de piétiner et finalement de régresser.

C’est pourquoi, l’Union des femmes du Burkina devra pleinement jouer le rôle qui est le sien. Les femmes de l’UFB doivent travailler à surmonter leurs propres insuffisances, à rompre avec les pratiques et le comportement qu’on a toujours dit propres aux femmes et que malheureusement nous pouvons vérifier encore chaque jour par les propos et comportements de nombreuses femmes. Il s’agit de toutes ces mesquineries comme la jalousie, l’exhibitionnisme, les critiques incessantes et gratuites, négatives et sans principes, le dénigrement des unes par les autres, le subjectivisme à fleur de peau, les rivalités, etc... Une femme révolutionnaire doit vaincre de tels comportements qui sont particulièrement accentués chez celles de la petite-bourgeoisie. Ils sont de nature à compromettre tout travail de groupe, alors même que le combat pour la libération de la femme est un travail organisé qui a besoin par conséquent de la contribution de l’ensemble des femmes.

Ensemble nous devons toujours veiller à l’accès de la femme au travail. Ce travail émancipateur et libérateur qui garantira à la femme l’indépendance économique, un plus grand rôle social et une connaissance plus juste et plus complète du monde.

Notre entendement du pouvoir économique de la femme doit se départir de la cupidité vulgaire et de la crasse avidité matérialiste qui font de certaines femmes des bourses de valeurs-spéculatrices, des coffres-forts ambulants. Il s’agit de ces femmes qui perdent toute dignité, tout contrôle et tout principe dès lors que le clinquant des bijoux se manifeste ou que le craquant des billets se fait entendre. De ces femmes, il y en a malheureusement qui conduisent des hommes aux excès d’endettement, voire de concussion, de corruption. Ces femmes sont de dangereuses boues gluantes, fétides, qui nuisent à la flamme révolutionnaire de leurs époux ou compagnons militants. De tristes cas existent où des ardeurs révolutionnaires ont été éteintes et où l’engagement du mari a été détourné de la cause du peuple par une femme égoïste et acariâtre, jalouse et envieuse.

L’éducation et l’émancipation économique, si elles ne sont pas bien comprises et utilement orientées, peuvent être sources de malheur pour la femme, donc pour la société. Recherchées comme amantes, épousées pour le meilleur, elles sont abandonnées dès que survient le pire. Le jugement répandu est impitoyable pour elles : l’intellectuelle se « place mal » et la richissime est suspecte. Toutes sont condamnées à un célibat qui ne serait pas grave s’il n’était pas l’expression même d’un ostracisme diffus de toute une société contre des personnes, victimes innocentes parce qu’elles ignorent tout de « leur crime et de leur tare », frustrées parce que chaque jour est un éteignoir à une affectivité qui se mue en acariâtrie ou en hypochondrie. Chez beaucoup de femmes le grand savoir a provoqué des déboires et la grande fortune a nourri bien des infortunes.

La solution à ces paradoxes apparents réside dans la capacité des malheureuses instruites ou riches à mettre au service de leur peuple leur grande instruction, leurs grandes richesses. Elles n’en seront que plus appréciées, voire adulées par tant et tant de personnes à qui elles auront apporté un peu de joie. Comment alors pourraient-elles se sentir seules dans ces conditions ? Comment ne pas connaître la plénitude sentimentale lorsque l’on a su faire de l’amour de soi et de l’amour pour soi, l’amour de l’autre et l’amour des autres ?

Nos femmes ne doivent pas reculer devant les combats multiformes qui conduisent une femme à s’assumer pleinement, courageusement et fièrement afin de vivre le bonheur d’être elle-même, et non pas la domestication d’elle par lui.

Aujourd’hui encore, et pour beaucoup de nos femmes, s’inscrire sous le couvert d’un homme demeure le quitus le plus sûr contre le qu’en-dira-t-on oppressant. Elles se marient sans amour et sans joie de vivre, au seul profit d’un goujat, d’un falot démarqué de la vie et des luttes du peuple. Bien souvent, des femmes exigent une indépendance sourcilleuse, réclamant en même temps d’être protégées, pire, d’être sous le protectorat colonial d’un mâle. Elles ne croient pas pouvoir vivre autrement.

Non ! il nous faut redire à nos soeurs que le mariage, s’il n’apporte rien à la société et s’il ne les rend pas heureuses, n’est pas indispensable, et doit même être évité. Au contraire, montrons-leur chaque jour les exemples de pionnières hardies et intrépides qui dans leur célibat, avec ou sans enfants, sont épanouies et radieuses pour elles, débordantes de richesses et de disponibilité pour les autres. Elles sont même enviées par les mariées malheureuses pour les sympathies qu’elles soulèvent, le bonheur qu’elles tirent de leur liberté, de leur dignité et de leur serviabilité.

Les femmes ont suffisamment fait la preuve de leurs capacités à entretenir une famille, à élever des enfants, à être en un mot responsables sans l’assujettissement tutélaire d’un homme. La société a suffisamment évolué pour que cesse le bannissement injuste de la femme sans mari. Révolutionnaires, nous devons faire en sorte que le mariage soit un choix valorisant et non pas cette loterie où l’on sait ce que l’on dépense au départ mais rien de ce que l’on va gagner. Les sentiments sont trop nobles pour tomber sous le coup du ludisme.

Une autre difficulté réside aussi sans aucun doute dans l’attitude féodale, réactionnaire et passive de nombreux hommes qui continuent de par leur comportement, à tirer en arrière. Ils n’entendent pas voir remettre en cause des dominations absolues sur la femme au foyer ou dans la société en général. Dans le combat pour l’édification de la société nouvelle qui est un combat révolutionnaire, ces hommes de par leurs pratiques, se placent du côté de la réaction et de la contre-révolution. Car la révolution ne saurait aboutir sans l’émancipation véritable des femmes.

Nous devons donc, camarades militantes, avoir clairement conscience de toutes ces difficultés pour mieux affronter les combats à venir.

La femme tout comme l’homme possède des qualités mais aussi des défauts et c’est là sans doute la preuve que la femme est l’égale de l’homme. En mettant délibérément l’accent sur les qualités de la femme, nous n’avons pas d’elle une vision idéaliste. Nous tenons simplement à mettre en relief ses qualités et ses compétences que l’homme et la société ont toujours occultées pour justifier l’exploitation et la domination de la femme.

Comment allons-nous nous organiser pour accélérer la marche en avant vers l’émancipation ?

Nos moyens sont dérisoires, mais notre ambition, elle, est grande. Notre volonté et notre conviction fermes d’aller de l’avant ne suffisent pas pour réaliser notre pari. II nous faut rassembler nos forces, toutes nos forces, les agencer, les coordonner dans le sens du succès de notre lutte. Depuis plus de deux décennies l’on a beaucoup parlé d’émancipation dans notre pays, l’on s’est beaucoup ému. II s’agit aujourd’hui d’aborder la question de l’émancipation de façon globale, en évitant les fuites des responsabilités qui ont conduit à ne pas engager toutes les forces dans la lutte et à faire de cette question centrale une question marginale, en évitant également les fuites en avant qui laisseraient loin derrière, ceux et surtout celles qui doivent tue en première ligne.

Au niveau gouvernemental, guidé par les directives du Conseil national de la révolution, un Plan d’action cohérent en faveur des femmes, impliquant l’ensemble des départements ministériels, sera mis en place afin de situer les responsabilités de chacun dans des missions à court et moyen termes. Ce plan d’action, loin d’être un catalogue de voeux pieux et autres apitoiements devra être le fil directeur de l’intensification de l’action révolutionnaire. C’est dans le feu de la lutte que les victoires importantes et décisives seront remportées.

Ce plan d’action devra être conçu par nous et pour nous. De nos larges et démocratiques débats devront sortir les audacieuses résolutions pour réaliser notre foi en la femme. Que veulent les hommes et les femmes pour les femmes ? C’est ce que nous dirons dans notre Plan d’action.

Le Plan d’action, de par l’implication de tous les départements ministériels, se démarquera résolument de l’attitude qui consiste à marginaliser la question de la femme et à déresponsabiliser des responsables qui, dans leurs actions quotidiennes, auraient dû et auraient pu contribuer de façon significative à la résolution de la question. Cette nouvelle approche multidimensionnelle de la question de la femme découle de notre analyse scientifique, de son origine, de ses causes et de son importance dans le cadre de notre projet d’une société nouvelle, débarrassée de toutes formes d’exploitation et d’oppression. II ne s’agit point ici d’implorer la condescendance de qui que ce soit en faveur de la femme. II s’agit d’exiger au nom de la révolution qui est venue pour donner et non pour prendre, que justice soit faite aux femmes.

Désormais l’action de chaque ministère, de chaque comité d’administration ministériel sera jugée en fonction des résultats atteints dans le cadre de la mise en oeuvre du Plan d’action, au-delà des résultats globaux usuels. À cet effet, les résultats statistiques comporteront nécessairement la part de l’action entreprise qui a bénéficié aux femmes ou qui les a concernées. La question de la femme devra être présente à l’esprit de tous les décideurs à tout instant, à toutes les phases de la conception, de l’exécution des actions de développement. Car concevoir un projet de développement sans la participation de la femme, c’est ne se servir que de quatre doigts, quand on en a dix. C’est donc courir à l’échec.

Au niveau des ministères chargés de l’éducation, on veillera tout particulièrement à ce que l’accès des femmes à l’éducation soit une réalité, cette réalité qui constituera un pas qualitatif vers l’émancipation. Tant il est vrai que partout où les femmes ont accès à l’éducation, la marche vers l’émancipation s’est trouvée accélérée. La sortie de la nuit de l’ignorance permet en effet aux femmes d’exprimer, et d’utiliser les armes du savoir, pour se mettre à la disposition de la société. Du Burkina Faso, devraient disparaître toutes les formes ridicules et rétrogrades qui faisaient que seule la scolarisation des garçons était perçue comme importante et rentable, alors que celle de la fille n’était qu’une prodigalité.

L’attention des parents pour les filles à l’école devra être égale à celle accordée aux garçons qui font toute leur fierté. Car, non seulement les femmes ont prouvé qu’elles étaient égales à l’homme à l’école quand elles n’étaient pas tout simplement meilleures, mais surtout elles ont droit à l’école pour apprendre et savoir, pour être libres.

Dans les futures campagnes d’alphabétisation, les taux de participation des femmes devront être relevés pour correspondre à leur importance numérique dans la population, car ce serait une trop grande injustice que de maintenir une si importante fraction de la population, la moitié de celle-ci, dans l’ignorance.

Au niveau des ministères chargés du travail et de la justice,

les textes devront s’adapter constamment à la mutation que connaît notre société depuis le 4 août 1983, afin que l’égalité en droits entre l’homme et la femme soit une réalité tangible. Le nouveau code du travail, en cours de confection et de débat devra être l’expression des aspirations profondes de notre peuple à la justice sociale et marquer une étape importante dans l’oeuvre de destruction de l’appareil néo-colonial. Un appareil de classe, qui a été façonné et modelé par les régimes réactionnaires pour pérenniser le système d’oppression des masses populaires et notamment des femmes. Comment pouvons-nous continuer d’admettre qu’à travail égal, la femme gagne moins que l’homme ? Pouvons-nous admettre le lévirat et la dot réduisant nos soeurs et nos mères au statut de biens vulgaires qui font l’objet de tractations ? II y a tant et tant de choses que les lois moyenâgeuses continuent encore d’imposer à notre peuple, aux femmes de notre peuple. C’est juste, qu’enfin, justice soit rendue.

Au niveau des ministères chargés de la culture et de la famille, un accent particulier sera mis sur l’avènement d’une mentalité nouvelle dans les rapports sociaux, en collaboration étroite avec l’Union des femmes du Burkina. La mère et l’épouse sous la révolution ont des rôles spécifiques importants à jouer dans le cadre des transformations révolutionnaires. L’éducation des enfants, la gestion correcte des budgets familiaux, la pratique de la planification familiale, la création d’une ambiance familiale, le patriotisme sont autant d’atouts importants devant contribuer efficacement à la naissance d’une morale révolutionnaire et d’un style de vie anti-impérialiste, prélude à une société nouvelle.

La femme, dans son foyer, devra mettre un soin particulier à participer à la progression de la qualité de la vie. En tant que Burkinabé, bien vivre, c’est bien se nourrir, c’est bien s’habiller avec les produits burkinabé. II s’agira d’entretenir un cadre de vie propre et agréable car l’impact de ce cadre sur les rapports entre les membres d’une même famille est très important. Un cadre de vie sale et vilain engendre des rapports de même nature. II n’y a qu’à observer les porcs pour s’en convaincre.

Et puis la transformation des mentalités serait incomplète si la femme de type nouveau devait vivre avec un homme de type ancien. Le réel complexe de supériorité des hommes sur les femmes, où est-il le plus pernicieux mais le plus déterminant si ce n’est dans le foyer où la mère, complice et coupable, organise sa progéniture d’après des règles sexistes inégalitaires ? Ce sont les femmes qui perpétuent le complexe des sexes, dès les débuts de l’éducation et de la formation du caractère.

Par ailleurs à quoi servirait notre activisme pour mobiliser le jour un militant si la nuit, le néophyte devait se retrouver aux côtés d’une femme réactionnaire démobilisatrice !

Que dire des tâches de ménage, absorbantes et abrutissantes, qui tendent à la robotisation et ne laissent aucun répit pour la réflexion !

C’est pourquoi, des actions doivent être résolument entreprises en direction des hommes et dans le sens de la mise en place, à grande échelle, d’infrastructures sociales telles que les crèches, les garderies populaires, et les cantines. Elles permettront aux femmes de participer plus facilement au débat révolutionnaire, à l’action révolutionnaire.

L’enfant qui est rejeté comme le raté de sa mère ou monopolisé comme la fierté de son père devra être une préoccupation pour toute la société et bénéficier de son attention et de son affection.

L’homme et la femme au foyer se partageront désormais toutes les tâches du foyer.

Le Plan d’action en faveur des femmes devra être un outil révolutionnaire pour la mobilisation générale de toutes les structures politiques et administratives dans le processus de libération de la femme.

Camarades militantes, je vous le répète, afin qu’il corresponde aux besoins réels des femmes, ce plan fera l’objet de débats démocratiques au niveau de toutes les structures de l’UFB.

L’UFB est une organisation révolutionnaire. À ce titre, elle est une école de démocratie populaire régie par les principes organisationnels que sont la critique et l’autocritique, le centralisme démocratique. Elle entend se démarquer des organisations où la mystification a pris le pas sur les objectifs réels. Mais cette démarcation ne sera effective et permanente que si les militantes de l’UFB engagent une lutte résolue contre les tares qui persistent encore, hélas, dans certains milieux féminins. Car il ne s’agit point de rassembler des femmes pour la galerie ou pour d’autres arrière-pensées démagogiques électoralistes ou simplement coupables.

II s’agit de rassembler des combattantes pour gagner des victoires ; il s’agit de se battre en ordre et autour des programmes d’activités arrêtés démocratiquement au sein de leurs comités dans le cadre de l’exercice bien compris de l’autonomie organisationnelle propre à chaque structure révolutionnaire. Chaque responsable UFB devra être imprégnée de son rôle, dans sa structure, afin de pouvoir être efficace dans l’action. Cela impose à l’Union des femmes du Burkina d’engager de vastes campagnes d’éducation politique et idéologique de ses responsables, pour le renforcement sur le plan organisationnel des structures de l’UFB à tous les niveaux.

Camarades militantes de l’UFB, votre union, notre union, doit participer pleinement à la lutte des classes aux côtés des masses populaires. Les millions de consciences endormies, qui se sont réveillées à l’avènement de la révolution représentent une force puissante. Nous avons choisi au Burkina Faso, le 4 août 1983, de compter sur nos propres forces, c’est-à-dire en grande partie sur la force que vous représentez, vous les femmes. Vos énergies doivent, pour être utiles, être toutes conjuguées dans le sens de la liquidation des races des exploiteurs, de la domination économique de l’impérialisme.

En tant que structure de mobilisation, l’UFB devra forger au niveau des militantes une conscience politique aiguë pour un engagement révolutionnaire total dans l’accomplissement des différentes actions entreprises par le gouvernement pour l’amélioration des conditions de la femme. Camarades de l’UFB, ce sont les transformations révolutionnaires qui vont créer les conditions favorables à votre libération. Vous êtes doublement dominées par l’impérialisme et par l’homme. En chaque homme somnole un féodal, un phallocrate qu’il faut détruire. Aussi, est-ce avec empressement que vous devez adhérer aux mots d’ordre révolutionnaires les plus avancés pour en accélérer la concrétisation et avancer encore plus vite vers l’émancipation. C’est pourquoi, le Conseil national de la révolution note avec joie votre participation intense à tous les grands chantiers nationaux et vous incite à aller encore plus loin pour un soutien toujours plus grand, à la révolution d’août qui est avant tout la vôtre.

En participant massivement aux grands chantiers, vous vous montrez d’autant plus méritantes que l’on a toujours voulu, à travers la répartition des tâches au niveau de la société, vous confiner dans des activités secondaires. Alors que votre apparente faiblesse physique n’est rien d’autre que la conséquence des normes de coquetterie et de goût que cette même société vous impose parce que vous êtes des femmes.

Chemin faisant, notre société doit se départir des conceptions féodales qui font que la femme non mariée est mise au ban de la société, sans que nous ne percevions clairement que cela est la traduction de la relation d’appropriation qui veut que chaque femme soit la propriété d’un homme. C’est ainsi que l’on méprise les filles-mères comme si elles étaient les seules responsables de leur situation, alors qu’il y a toujours un homme coupable. C’est ainsi que les femmes qui n’ont pas d’enfants, sont opprimées du fait de croyances surannées alors que cela s’explique scientifiquement et peut être vaincu par la science.

La société a par ailleurs imposé aux femmes des canons de coquetterie qui portent préjudice à son intégrité physique : l’excision, les scarifications, les taillages de dents, les perforations des lèvres et du nez. L’application de ces normes de coquetterie reste d’un intérêt douteux. Elle compromet même la capacité de la femme à procréer et sa vie affective dans le cas de l’excision. D’autres types de mutilations, pour moins dangereuses qu’elles soient, comme le perçage des oreilles et le tatouage n’en sont pas moins une expression du conditionnement de la femme, conditionnement imposé à elle par la société pour pouvoir prétendre à un mari.

Camarades militantes, vous vous soignez pour mériter un homme. Vous vous percez les oreilles, et vous vous labourez le corps pour être acceptées par des hommes. Vous vous faites mal pour que le mâle vous fasse encore plus mal !

Femmes, mes camarades de luttes, c’est à vous que je parle : vous qui êtes malheureuses en ville comme en campagne, vous qui ployez sous le poids des fardeaux divers de l’exploitation ignoble, « justifiée et expliquée » en campagne ; vous qui, en ville, êtes sensées être des femmes heureuses, mais qui êtes au fond tous les jours des femmes malheureuses,

accablées de charges, parce que, tôt levée la femme tourne en toupie devant sa garde-robe se demandant quoi porter, non pour se vêtir, non pour se couvrir contre les intempéries mais surtout, quoi porter, pour plaire aux hommes, car elle est tenue, elle est obligée de chercher à plaire aux hommes chaque jour ; vous les femmes à l’heure du repos, qui vivez la triste attitude de celle qui n’a pas droit à tous les repos, celle qui est obligée de se rationner, de s’imposer la continence et l’abstinence pour maintenir un corps conforme à la ligne que désirent les hommes ; vous le soir, avant de vous coucher, recouvertes et maquillées sous le poids de ces nombreux produits que vous détestez tant nous le savons mais qui ont pour but de cacher une ride indiscrète, malencontreuse, toujours jugée précoce, un âge qui commence à se manifester, un embonpoint qui est trop tôt venu ; Vous voilà chaque soir obligées de vous imposer une ou deux heures de rituel pour préserver un atout, mal récompensé d’ailleurs par un mari inattentif, et pour le lendemain recommencer à peine à l’aube.

Camarades militantes, hier à travers les discours, par la Direction de la mobilisation et l’organisation des femmes (DMOF) et en application du statut général des CDR, le Secrétariat général national des CDR a entrepris avec succès la mise en place des comités, des sous-sections et des sections de l’Union des femmes du Burkina.

Le Commissariat politique chargé de l’organisation et de la planification aura la mission de parachever votre pyramide organisationnelle par la mise en place du Bureau national de l’UFB. Nous n’avons pas besoin d’administration au féminin pour gérer bureaucratiquement la vie des femmes ni pour parler sporadiquement en fonctionnaire cauteleux de la vie des femmes. Nous avons besoin de celles qui se battront parce qu’elles savent que sans bataille, il n’y aura pas de destruction de l’ordre ancien et construction de l’ordre nouveau. Nous ne cherchons pas à organiser ce qui existe, mais bel et bien à le détruire, à le remplacer.

Le Bureau national de l’UFB devra être constitué de militantes convaincues et déterminées dont la disponibilité ne devra jamais faire défaut, tant l’oeuvre à entreprendre est grande. Et la lutte commence dans le foyer. Ces militantes devront avoir conscience qu’elles représentent aux yeux des masses l’image de la femme révolutionnaire émancipée, et elles devront se comporter en conséquence.

Camarades militantes, camarades militants, en changeant l’ordre classique des choses, l’expérience fait de plus en plus la preuve que seul le peuple organisé est capable d’exercer le pouvoir démocratiquement.

La justice et l’égalité qui en sont les principes de base permettent à la femme de démontrer que les sociétés ont tort de ne pas lui faire confiance au plan politique comme au plan économique. Ainsi la femme exerçant le pouvoir dont elle s’est emparée au sein du peuple est à même de réhabiliter toutes les femmes condamnées par l’histoire.

Notre révolution entreprend un changement qualitatif, profond de notre société. Ce changement doit nécessairement prendre en compte les aspirations de la femme burkinabè. La libération de la femme est une exigence du futur, et le futur, camarades, est partout porteur de révolutions. Si nous perdons le combat pour la libération de la femme, nous aurons perdu tout droit d’espérer une transformation positive supérieure de la société. Notre révolution n’aura donc plus de sens. Et c’est à ce noble combat que nous sommes tous conviés, hommes et femmes.

Que nos femmes montent alors en première ligne ! C’est essentiellement de leur capacité, de leur sagacité à lutter et de leur détermination à vaincre, que dépendra la victoire finale. Que chaque femme sache entraîner un homme pour atteindre les cimes de la plénitude. Et pour cela que chacune de nos femmes puisse dans l’immensité de ses trésors d’affection et d’amour trouver la force et le savoir-faire pour nous encourager quand nous avançons et nous redonner du dynamisme quand nous flanchons. Que chaque femme conseille un homme, que chaque femme se comporte en mère auprès de chaque homme. Vous nous avez mis au monde, vous nous avez éduqués et vous avez fait de nous des hommes.

Que chaque femme, vous nous avez guidés jusqu’au jour où nous sommes continue d’exercer et d’appliquer son rôle de mère, son rôle de guide. Que la femme se souvienne de ce qu’elle peut faire, que chaque femme se souvienne qu’elle est le centre de la terre, que chaque femme se souvienne qu’elle est dans le monde et pour le monde, que chaque femme se souvienne que la première à pleurer pour un homme, c’est une femme. On dit, et vous le retiendrez, camarades, qu’au moment de mourir, chaque homme interpelle, avec ses derniers soupirs, une femme : sa mère, sa soeur, ou sa compagne.

Les femmes ont besoin des hommes pour vaincre. Et les hommes ont besoin des victoires des femmes pour vaincre. Car, camarades femmes, aux côtés de chaque homme, il y a toujours une femme. Cette main de la femme qui a bercé le petit de l’homme, c’est cette même main qui bercera le monde entier.

Nos mères nous donnent la vie. Nos femmes mettent au monde nos enfants, les nourrissent à leurs seins, les élèvent et en font des êtres responsables.

Les femmes assurent la permanence de notre peuple, les femmes assurent le devenir de l’humanité ; les femmes assurent la continuation de notre oeuvre ; les femmes assurent la fierté de chaque homme.

Mères, soeurs, compagnes,

II n’y a point d’homme fier tant qu’il n’y a point de femme à côté de lui. Tout homme fier, tout homme fort, puise ses énergies auprès d’une femme ; la source intarissable de la virilité, c’est la féminité. La source intarissable, la clé des victoires se trouvent toujours entre les mains de la femme. C’est auprès de la femme, soeur ou compagne que chacun de nous retrouve le sursaut de l’honneur et de la dignité.

 

C’est toujours auprès d’une femme que chacun de nous retourne pour chercher et rechercher la consolation, le courage, l’inspiration pour oser repartir au combat, pour recevoir le conseil qui tempérera des témérités, une irresponsabilité présomptueuse. C’est toujours auprès d’une femme que nous redevenons des hommes, et chaque homme est un enfant pour chaque femme. Celui qui n’aime pas la femme, celui qui ne respecte pas la femme, celui qui n’honore pas la femme, a méprisé sa propre mère. Par conséquent, celui qui méprise la femme méprise et détruit le lieu focal d’où il est issu, c’est-à-dire qu’il se suicide lui-même parce qu’il estime n’avoir pas de raison d’exister, d’être sorti du sein généreux d’une femme.

Camarades, malheur à ceux qui méprisent les femmes ! Ainsi à tous les hommes d’ici et d’ailleurs, à tous les hommes de toutes conditions, de quelque case qu’ils soient, qui méprisent la femme, qui ignorent et oublient ce qu’est la femme, je dis : « Vous avez frappé un roc, vous serez écrasés ».

Camarades, aucune révolution, et à commencer par notre révolution, ne sera victorieuse tant que les femmes ne seront pas d’abord libérées. Notre lutte, notre révolution sera inachevée tant que nous comprendrons la libération comme celle essentiellement des hommes. Après la libération du prolétaire, il reste la libération de la femme. Camarades, toute femme est la mère d’un homme. Je m’en voudrais en tant qu’homme, en tant que fils, de conseiller et d’indiquer la voie à une femme. La prétention serait de vouloir conseiller sa mère. Mais nous savons aussi que l’indulgence et l’affection de la mère, c’est d’écouter son enfant, même dans les caprices de celui-ci, dans ses rêves, dans ses vanités. Et c’est ce qui me console et m’autorise à m’adresser à vous.

C’est pourquoi, Camarades, nous avons besoin de vous pour une véritable libération de nous tous. Je sais que vous trouverez toujours la force et le temps de nous aider à sauver notre société.

Camarades, il n’y a de révolution sociale véritable que lorsque la femme est libérée. Que jamais mes yeux ne voient une société, que jamais, mes pas ne me transportent dans une société où la moitié du peuple est maintenue dans le silence. J’entends le vacarme de ce silence des femmes, je pressens le grondement de leur bourrasque, je sens la furie de leur révolte. J’attends et espère l’irruption féconde de la révolution dont elles traduiront la force et la rigoureuse justesse sorties de leurs entrailles d’opprimées.

Camarades, en avant pour la conquête du futur ; Le futur est révolutionnaire ; Le futur appartient à ceux qui luttent.

La patrie ou la mort, nous vaincrons !

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11 novembre 2010 4 11 /11 /novembre /2010 00:03

3 Janvier 1986

 

Le discours suivant, a été publié par Sidwaya le 6 janvier 1986


Camarades militantes et militants de la Révolution démocratique et populaire :

C’était le 25 décembre 1985 ; l’année tirait à sa fin quand nos populations ont été bombardées. Elles ont été bombardées par des avions, elles ont été blessées, tuées par des chars et par des militaires venus de l’autre côté. Nous avons alors riposté. Face à la supériorité matérielle, à l’abondance de moyens, nous avons opposé la détermination politique et révolutionnaire, nous avons libéré le génie créateur. Nos stratèges ont écrit dans les pages de l’histoire militaire africaine des hauts-faits de guerre. Ainsi nous avons protégé notre peuple. Nous l’avons protégé parce que nous avons été agressés, parce que nous lui devons jour et nuit, la liberté et la quiétude. Nous l’avons protégé, obéissant ainsi à un devoir révolutionnaire.

La guerre n’est rien d’autre que la continuation de la politique. Leur politique a continué et s’est transformée en guerre. Notre politique a continué et s’est transformée en défense populaire généralisée. Ainsi deux politiques se sont affrontées, une politique a triomphé.

Chers camarades, je voudrais qu’en ce jour du 3 janvier 1986, nous pensions à tous ceux qui sont tombés sur le champ d’honneur Maliens et Burkinabè à tous ceux qui ont été blessés, à toutes ces familles éplorées, à tous ces deux peuples et les autres peuples d’Afrique et d’ailleurs qui ont été marqués par ces affrontements douloureux. Je voudrais que chacun de nous fasse l’effort de dominer le sentiment de haine, de rejet et d’hostilité envers le peuple malien. Je voudrais que chacun de nous gagne la victoire la plus importante : tuer en soi les germes de l’hostilité, de l’inimitié vis-à-vis de qui que ce soit. Nous avons une victoire importante à gagner : semer dans nos coeurs les germes de l’amitié vraie, celle qui résiste même aux assauts meurtriers des canons, des avions et des chars.

Cette amitié-là ne se construit que sur la base révolutionnaire de l’amour sincère envers les autres peuples. Et cela, je vous en sais capables, capable d’aimer le peuple malien et de le démontrer. Nous le démontrerons. Les frères du Mali nous ont dit dans leur discours qu’ils étaient pour l’ouverture ; nous répondons d’abord oui, mais en plus nous allons ajouter l’acte à la parole. C’est pourquoi je voudrais vous dire camarades, qu’en ce qui nous concerne, entre les peuples malien et burkinabé il n’y a jamais eu que l’amitié et l’amour.

Camarades ! êtes-vous oui ou non pour l’amitié entre nos deux peuples ? [Cris de « Oui !. »]

Alors, les masses populaires dépositaires du pouvoir au Burkina Faso ont parlé, et c’est en leur nom que je dis à la face du monde entier qu’il n’y a plus de prisonniers maliens au Burkina Faso. Les militaires maliens qui sont ici ne sont plus des prisonniers. Ce sont nos frères. Ils peuvent rentrer à Bamako, quand et comme ils veulent, en toute liberté.

Nous ne nous sommes pas battus pour faire des prisonniers, mais pour repousser l’ennemi. Nous l’avons repoussé, et tout Malien au Burkina Faso est un frère. Ainsi donc, les Maliens qui sont là sont nos frères.

A partir d’aujourd’hui des dispositions seront prises pour qu’ils vivent en toute liberté et qu’ils savourent la joie de la liberté au Burkina Faso, à Ouagadougou en particulier. Que leurs parents au Mali sachent qu’ils peuvent venir les chercher, comme ils peuvent les attendre à l’aéroport de Bamako.

Camarades, évitons de nous laisser divertir, entraîner dans des combats qui ne sont pas des combats du peuple ; évitons de nous laisser entraîner dans les préoccupations qui ne sont pas celles du peuple, dans la course folle à l’affrontement et au surarmement. Nous savons que la tentation sera grande dans certains esprits de rechercher coûte que coûte des arsenaux militaires, justifiant ainsi des actions bellicistes et trouvant souvent par là aussi des prétextes faciles et commodes pour rançonner les masses populaires ; il n’en sera pas ainsi au Burkina Faso.

Le média occidentaux, la presse impérialiste a souvent affirmé que le Burkina Faso était un pays surarmé. Vous avez souvent lu dans les journaux que notre pays a reçu des tonnes et des tonnes de matériel militaire. Fort heureusement, cette même presse s’est condamnée, s’est déjugée et a reconnu que le Burkina Faso était sous-équipé militairement. Ce n’est pas nous qui l’avons dit, ce sont eux qui l’ont écrit. C’est vrai, nous sommes sous-équipés, donc tous les propos qu’ils avaient répandus sur notre compte n’étaient que dénigrements. Aujourd’hui ils sont face à leurs propres dénigrements, face à leurs propres mensonges.

Nous savons maintenant quels sont les pays qui sont surarmés, quels sont les pays qui disposent de la ferraille militaire. Nous savons maintenant quels sont les pays qui imposent des sacrifices à leur peuple pour un développement social, politique et économique au lieu d’une militarisation à outrance.

Ces événements de 6 jours ont permis au Burkina Faso de laver la honte, de rétablir la vérité. Ils ont permis au monde entier de nous connaître sous notre vrai jour, et seuls ceux qui détestent la révolution et ils sont nombreux continueront par leurs manoeuvres à vouloir semer la confusion. Des combats nous attendent et il nous faudra les gagner.

Je voudrais souhaiter à tous pour cette année 1986 qui commence, le bonheur conformément à ce que nous formulons comme intention et aux efforts que nous sommes disposés à engager. En vous souhaitant à tous une bonne et heureuse année, je voudrais demander à chacun de se ressaisir et de considérer ce qui vient de se passer comme un épisode, certes, malheureux, mais plein d’enseignements. Je voudrais que nous analysions cela, cette expérience.

Nous savons, nous, révolutionnaires, que chaque jour qui passe est un jour d’affrontement. Nous savons que depuis le jour où c’était le 26 mars 1983 à cette même place, nous avons proclamé que « lorsque le peuple se met debout, l’impérialisme tremble », depuis ce jour, nous sommes face à face avec l’impérialisme et ses valets.

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11 novembre 2010 4 11 /11 /novembre /2010 00:02

27 Août 1986

Sidwaya du 29 août

L’honneur que nous fait aujourd’hui le leader de la révolution nicaraguayenne, de nous rendre visite au Burkina Faso est un événement d’une grande portée politique. Comme vous le savez, le Nicaragua est fort éloigné de notre pays aussi bien géographiquement qu’historiquement. Et pourtant, malgré les milliers de kilomètres qui nous séparent, malgré le handicap de la langue, malgré les différences de la culture, voici parmi nous le camarade Daniel Ortega, président de la République révolutionnaire du Nicaragua. Saluons le camarade Ortega.

Camarade président :

Permettez-moi tout d’abord, au nom du peuple burkinabè et au mien propre, de vous souhaiter la bienvenue à vous ainsi qu’à la délégation qui vous accompagne, en terre libre africaine du Burkina Faso. C’est avec un sentiment de fierté et de joie que le peuple burkinabè et moi-même vous accueillons aujourd’hui.

Camarade Ortega :

A ceux qui s’interrogeraient sur l’intérêt que le Nicaragua et le Burkina pourraient avoir en commun, je répondrais qu’au-delà des océans, au-delà des mers et des continents, nos deux pays ont le même idéal de paix, de justice et de liberté pour les peuples et entendent unir leurs forces pour défendre et sauvegarder cet idéal à un moment où l’impérialisme déploie avec arrogance ses tentacules. De plus, tout un réseau de liens et d’intérêts divers nous unit, que ce soit en tant que pays en voie de développement, à cause de notre appartenance au Groupe des 77 et des Non-alignés ou en tant que nations ayant choisi la voie de la liberté et de la dignité.

Camarade président :

Ni le Nicaragua, ni le Burkina ne peuvent se permettre d’accepter la division manichéenne qui veut que celui qui ne fait pas allégeance à l’Ouest travaille à l’Est. Nous pays Non-alignés estimons que la politique des blocs est néfaste à la paix mondiale. Nous n’acceptons d’être ni les arrière-cours des pays de l’Ouest ni les têtes de pont de l’Est. Bien que nous acceptions de coopérer aussi bien avec l’un qu’avec l’autre, nous réclamons le droit à la différence.

Mais qu’on n’attende pas de nous que nous soyons les spectateurs indifférents d’un match que se livreraient les grands, nos intérêts les plus primordiaux leur servant de ballon. Nous sommes, nous aussi, des acteurs de la vie internationale et nous avons le droit de choisir le système politique et économique le plus conforme à nos aspirations et le devoir de militer pour un monde plus juste et plus pacifique, bien que nos États ne possèdent ni grands cartels industriels ni arsenal nucléaire.

C’est pourquoi, camarade président, vous et moi, aux côtés de nos peuples, avons choisi de condamner le colonialisme, le néocolonialisme, l’apartheid, le racisme, le sionisme et toutes les formes d’agression, d’occupation, de domination et d’ingérence étrangère d’où qu’elles viennent.

Nous condamnons et luttons contre l’apartheid en Afrique du sud tout comme le sionisme en Palestine ; nous protestons contre l’agression ion au Nicaragua tout comme celle perpétrée contre la Libye et s de la Ligne de front ; nous dénonçons l’invasion de la Grenade tout comme l’occupation de la Namibie. Nous ne cesserons de le faire tant que justice ne sera pas rendue à ces peuples’.

Qu’est-ce qu’est le Nicaragua, pour nous ? Dire que c’est un pays d’Amérique ne suffit pas. Ce serait même masquer par omission impardonnable la vérité. Le Nicaragua, c’est d’abord quatre siècles de la plus rude des colonisations, cent ans de lutte de coteries pour le partage des dépouilles, cinquante ans d’une dictature cupide et sanglante. Le Nicaragua, c’est la lutte contre la domination, l’exploitation et l’oppression. C’est la lutte contre la domination étrangère ; c’est l’affrontement direct à ciel ouvert contre l’impérialisme et ses suppôts locaux.

Contre cet esclavage, il y avait, il y a, il y aura toujours ces hommes, ces femmes, ces enfants. Ils sont près de trois millions. Contre l’humiliation, il y a ces marxistes, ces intellectuels, ces paysans, ces croyants, ces non-croyants, ces bourgeois et ces riches qui aiment leur patrie. Il y a aussi les pauvres. Tous sont des companeros combattants. Ils luttent et meurent pour un même idéal, inscrivant dans le grand-livre d’histoire de l’Amérique latine, les pages les plus belles parmi les plus nobles.

Des millions d’enfants sont morts aux combats, des femmes sont tombées après avoir été torturées et violées, des combattants ont été fauchés, des prêtres ont interrompu la messe pour repousser les ennemis du peuple à l’aide de la Kalachnikov qui, alors, a craché le feu au nom de l’évangile progressiste.

Camarades, comme il est difficile d’être libre !

Chers frères du Nicaragua, nous comprenons les souffrances de votre chair, celles de votre âme. Oui, il y a des pays que la chance ne visite pas. Triste Nicaragua, si loin de Dieu et si près des Etats-Unis. Oui, dans ces conditions, il est difficile de naître et de vivre libre.

Mais les héros meurent debout. Ils ne disent jamais qu’ils meurent pour leur patrie. Ils meurent simplement. Et leur sang fertilise le sol de la révolution. Ainsi Sandino a versé son sang et la révolution sandiniste a triomphé un jour d’été 1979. Le Front sandiniste de libération nationale conduit victorieusement la lutte du peuple nicaraguayen. Et le 19 juillet 1979, Dieu est passé par le Nicaragua. Le monde entier a salué cette aube nouvelle. Les Etats-Unis aussi. Il ne suffisait pas de naître ; il fallait vivre. Qu’il est difficile de vivre libre !

Fallait-il que la fête du peuple nicaraguayen soit perturbée, assombrie par tant d’hostilités ?

On a vu avec le Nicaragua une situation explosive en Amérique latine. Les machinations commencèrent. On parla d’abord d’appel à la raison, puis ce furent des rumeurs de négociations qu’étouffèrent les menaces et les invectives, une opinion nord-américaine troublée, divisée. On dénonça le régime nicaraguayen comme marxiste-léniniste et on cria au nouveau Cuba. Ce fut la campagne de discrédit contre le Nicaragua. On le qualifia de dictature, on lui inventa des opérations de déstabilisation de ses voisins, en prétendant qu’il était manipulé de l’extérieur pour justifier la haine.

Alors se réveillèrent les Somozistes et leurs gardes, ceux que là-bas on nomme las bestias, los perros, c’est-à-dire, les bêtes, les chiens. Ils furent fortement aidés à coups de dollars. Des pays-frères et voisins les abritèrent, les entraînèrent, les équipèrent. On institutionnalisa la contre-révolution. Et voilà les contras une race nouvelle de carnassiers de la terreur.

Puis parfois, de temps en temps, l’on constata une accalmie. L’on espéra qu’elle s’éterniserait. Mais le feu continua de couver, puis se déchaîna de nouveau.

Vivre libre, espérer seulement un avenir meilleur, ce n’est pas facile quand on est Nicaraguayen. C’est pourquoi le peuple burkinabé chante avec vous ce poème, qui est né, non de son inspiration poétique mais de son engagement révolutionnaire à dire ce qu’il pense :

« Les impérialistes rôdent.

Des profondeurs de la terre embrasée,

Montent les clameurs d’un peuple décidé.

Car chaque jour est un jour de lutte.

De combats qui annoncent pour l’ennemi sa chute.

Mais qu’il est lourd le prix à payer !

Que de flots de sang, il faut chaque jour verser !

Des mères ont pleuré leurs enfants morts au front.

Des enfants ont enterré leur père à tâtons.

Dans cette obscurité des contras (contre-révolutionnaires), des bébés ont perdu leur biberon.

Ils ont empoigné la Kalachnikov à la place et se sont retrouvés garçons.

Les voiles blancs des mariées ont été tachés de sang’. Des prêtres patriotes y ont vu un signe des temps. Qu’il est difficile de vivre libre et être nicaraguayen ! Comme il est doux de mourir pour ses frères humains.

Nicaragua vaincra ! Déjà le peuple sait lire. Il écrit et se soigne, cultive ses champs et redécouvre le sourire.

La révolution triomphera ! Pour les contras : no pasardn !

Votre terre, notre terre, connaîtra grâce à notre génie la vraie manne.

À côté du Nicaragua il y aura le Burkina.

Car la révolution est invincible et le peuple régnera. Alors des profondeurs de la terre suave et embaumée Monteront les clameurs fraternelles de la symphonie achevée ».

C’est pour toutes ces raisons camarades, que j’ai l’honneur et le plaisir de vous remettre au nom du peuple burkinabè, un symbole de sa fierté à voir égard.

La patrie libre ou mourir !

La patrie ou la mort, nous vaincrons !

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