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23 octobre 2010 6 23 /10 /octobre /2010 21:10

Alors que Sarkozy voulait récupérer son histoire : 

La jeunesse a repris le combat de Guy Môquet

 

Voilà 3 ans que, suivant la consigne du président Sarkozy, les enseignants doivent commémorer Guy Môquet, le jeune lycéen et résistant communiste assassiné par les nazis le 22 octobre 1941. Ils sont censés lire sa dernière lettre à sa famille, avant son exécution.

Cette année, le pouvoir est étonnamment discret. Et pour cause: la récupération politique, que nous avons dénoncée depuis le début, risquerait de se retourner contre lui, en pleine lutte lycéenne contre la « réforme » des retraites.

Guy Môquet est en effet une incarnation de la Résistance, du refus de l'arbitraire. Communiste de 17 ans, élève du lycée Carnot dans le 17ème, il a été arrêté le 15 octobre 1940 par la police du régime collaborationniste de Pétain, pour avoir distribué des tracts à une sortie de métro. Il a été fusillé comme otage à Châteaubriant avec 26 de ses camarades.

La lutte héroïque de Guy Môquet a été un jalon important dans la Libération du pays et dans les grandes conquêtes sociales qu'elle a amenées. Avec ses camarades, il est tombé pour les idéaux de justice sociale, d’égalité, de paix et d’amitié entre les peuples.

C'est exactement ce que Sarkozy et son gouvernement tentent de détruire aujourd'hui. Ceux là même qui voulaient s'emparer de la mémoire de Guy Môquet, méprise la jeunesse en la traitant d'irresponsable.

Les jeunes de 2010 ne devraient-ils pas descendre dans la rue pour combattre une situation qu'ils trouvent injuste ?

Guy Môquet, à 17 ans, n'aurait pas dû lutter et rentrer en résistance contre le pouvoir de Pétain et la barbarie Nazie ?!

Mauvais souvenir encore: le gouvernement ne connait en 2010 que la répression! Lorsque les lycéens, les étudiants créent les conditions du débat en bloquant leur lieu d'étude, de même que les ouvriers des raffineries qui occupent leurs lieux de travail, la police en armes est là pour les déloger !

 

Le sacrifice de Guy Môquet n’a pas été vain.

Il a contribué à l’adoption du Programme du Conseil national de la résistance, à ses aspects les plus positifs notamment : « L’éducation gratuite de qualité pour tous », « l’instauration d’une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie », une sécurité sociale pour tous, pour « assurer à tous les citoyens des moyens d’existence », « la participation des travailleurs à la direction de l’économie ».

Face à un patronat largement disqualifié par la collaboration, le monde du travail gagne notamment à la Libération notre système solidaire de retraite par répartition, précisément ce que le gouvernement veut démolir aujourd’hui.

 

Guy Môquet a pu écrire encore quelques mots avant sa mort sur une palissade du camp où il était interné. Ils sont célèbres. « Vous qui restez, soyez dignes de nous, les 27 qui allons mourir ». Militants Jeunes Communistes, lycéens étudiants en lutte, jeunes travailleurs en grève, nous nous efforçons de l’être !

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23 octobre 2010 6 23 /10 /octobre /2010 21:10

 

 

http://www.litterales.com/images/auteurs/_Valles.jpg

 

Jules Vallès

 

Journaliste, écrivain et homme politique français.

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23 octobre 2010 6 23 /10 /octobre /2010 21:06

 

Jules Vallès est né au Puy-en-Velay (place de la plâtrière) le 11 juin 1832 (acte de naissance). Sa vie est une révolte permanente contre l’injustice, une lutte sans relâche pour changer l’ordre établi. A partir de l’expérience douloureuse de sa propre enfance, il s’attache à défendre « les droits de l’enfant comme d’autres les droits de l’homme ».

Le Puy-en-Velay en 1831

Le Puy en 1831

Son enfance au Puy-en-Velay est dure, il vit dans un petit appartement. Sur son quartier Vallès écrira : « Voici la maison où je suis né - basse et rongée – sur une place par où l’on passe pour aller à la Cathédrale et qu’on prenait pour aller à l’ancien musée, en face d’un couvent fermé et à coté d’une prison toujours ouverte ». A cette phrase Vallès ajoutera en parlant de l’appartement de ses parents : « C’est dans cette prison que j’ai passé les heures libres de ma vie d’enfant...» (citation extraite du journal le réveil du 02/10/1882). Cette phrase ironique est certainement vraie car les différents domiciles de ses parents devaient être exigus et sombres.

Lithographie du Puy-en-Velay de 1831Gravure de Pannessac de 1840 

Rue du Puy en 1831

 

 

 

 

 

 

 

La vie des parents de Vallès n’était guère heureuse : ressources aléatoires et faibles, quatre de leurs enfants vont décéder en bas âge ; on imagine très facilement toutes ces difficultés de la vie imprégnant le jeune Jules Vallès et son désir de trouver des échappatoires à cette sombre existence.

Aussi dès qu’il put bénéficier de quelques moments de libres c’est dans les rue actives et commerçantes qu’il aime flâner. Les autres lieux qu’affectionne Vallès durant son enfance sont le village de Chaudeyrolles et celui de Farreyrolles. Dans ces lieux il y retrouve ses oncles et tantes; aime s’y amuser et découvrir la vie à la campagne avec ses nombreux cousins.

Son enfance va s’écouler entre la violence d’une mère possessive et exigeante et les joies simples avec ses oncles, tantes, cousin(e)s et ami(e)s.

En 1848, à seize ans, il participe à sa première manifestation à Nantes. Trois ans plus tard, il est sur les barricades à Paris, en réaction au coup d’état de Louis Napoléon Bonaparte. Il fait son premier séjour en prison.

Successivement journaliste au « Figaro », au « Progrès de Lyon », au « Globe », à « L’Evénement » et à « L’Auvergnat de Paris », il crée plusieurs titres : « La Rue », « Le Peuple », « Le Cri du Peuple ».

Numéro 1 du Cri du Peuple (28/10/1883)

N°1 du cri du peuple

La censure le conduit devant les tribunaux et à plusieurs reprises derrière les barreaux. La liberté de la presse fut une bataille pour Vallès; même si elle n‘est jamais acquise d’avance, c’est grâce à des gens comme Vallès qu’elle progressa.

Opposant déterminé au Second Empire, après le soulèvement de la Commune de Paris, en mars 1871, où il est élu du XVéme arrondissement, il siége à la commission de l’Enseignement puis à celle des relations extérieures.

Au moment de l'écrasement de la Commune, lors de la « Semaine Sanglante », il se bat sur les barricades. Le bruit court qu’il a été fusillé mais il est parvenu à s’enfuir jusqu’en Angleterre. En juillet 1872, un tribunal militaire le condamne à mort par contumace.

Barricade lors de l'écrasement de la commune

Barricade durant la Commune

Vallès connaît neuf années d’exil très éprouvantes sur les plans matériel et moral. Il pense souvent à sa ville natale comme le montrent ses correspondances. Durant cette période il écrit « L’Enfant », « Le Bachelier » et « L’Insurgé ». Cette œuvre passera à la postérité, lue et traduite dans de nombreux pays.

De retour en France après l’amnistie, il relance son journal « le Cri du Peuple ». Il revient au Puy en Velay où il souhaite, dit-il s’installer quatre mois par an. Mais le diabète le ronge et il s’éteint le 14 février 1885.

La dépouille de Jules Vallès est conduite au cimetière du Père Lachaise. Ses funérailles furent suivies par près de cent mille personnes. Dans le cortége des heurts éclatèrent entre royalistes et anciens communards. Une vie et une mort jusqu’au bout marquées du signe de la lutte, du désespoir mais aussi pleine d’énergie.

Dernières Photos de Jules Vallès

Derniére photo de Vallés à 50 ans

(collection Georges sirot)

 

Jules Vallès par Courbet

Musée de la Ville de Paris

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Jules Vallès, caricature de Gill

"la Lune" 14/07/1867

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Jules Vallès à 48 ans,

Gill, musée de la ville de Paris

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Dernière photo de Jules Vallès à 50ans

Collection Georges Sirot

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Vallès par Tardi, 2002, "le Cri du Peuple"

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Sépulture de Jules Vallès

Cimetière du Père Lachaise Paris

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1807
Naissance en Haute-loire de Louis Vallez, père de Jules Vallez. rogerval.gif1832-11 juin
Naissance au Puy (Haute-Loire) de Louis Jules Vallez, 3e enfant.
1839
Jules Vallez entre au Collège royal du Puy.
1840
Louis Vallez nommé maître élémentaire, en classe de 7e, au Collège royal de Saint-Etienne.
Jules sera élève au même collège, de la 7eà la 3e. 

1845 Louis Vallez professeur au Collège royal de Nantes. Jules entre en 3e.

1847-1848
Jules Vallez en de rhétorique au Collège royal, puis au lycée de Nantes.



1848 - septembre
Premier voyage de Jules Vallez à Paris ; lycée Bonaparte, Pension Lemeignan.
2e classe de rhétorique. 1846-1850
Jules Vallez en classe de philosophie au lycée de Nantes.
Echec au baccalauréat, à Rennes.
1850-octobre
Retour à Paris pour préparer l'Ecole Normale. 1851-31 décembre
Jules Vallez rappelé à Nantes par son père, est interné à l'asile de Nantes
pour « aliènation mentale ». 1852-fin février
Deux certificats médicaux du même médecin certifient : Jules Vallez est guéri.
Les amis nantais de Jules Vallez avaient menacé de crier au scandale 1852-mai
Jules Vallez obtient son baccalauréat. 1853
Jules Vallez s'inscrit en droit à Paris. Complot de « l'Opéra Comique » :
Jules Vallez et Arthur Ranc sont emprisonnés à Mazas.
1855
Jules Vallez est le secrétaire de Gustave Planche. 1857
Mort du père. Premier livre non signé L'Argent. 1860
Jules Vallez est employé à la Mairie de Vaugirard au bureau des naissances.
Rencontre avec Hector Malot. 1862-1863
Jules Vallez « pion » au collège de Caen, suit les cours de la Faculté,
échec à la licence de Lettres. 1863-1864
Retour à la Mairie de Vaugirard. Grand article au Figaro Les Réfractaires. 1864-1865
Journaliste au Progrès de Lyon. Il envoie des articles à Paris.
1865
Salle du Grand Orient, rue Cadet, conférence sur Balzac. Jules Vallez est renvoyé
de la Mairie de Vaugirard. Journaliste à L'Epoque.
Premier livre signé Vallès, Les Réfractaires. 1866
Voyage à Lyon et à Saint-Etienne, visite sa mère. Deuxième livre signé, La Rue. 1867
Jules Vallès fonde son premier journal La Rue. Voyage en Périgord. 1868
La Ruecesse de paraître. Condamné à 2 mois de prison pour des articles sur la police,
Jules Vallès est emprisonné à Saint-Pélagie. Il y fonde le Journal de Sainte-Pélagie. drapoboutonbio.gif1869
Jules Vallès fonde le journal Le Peuple(quelques numéros),
puis le journal Le Réfractaire (3 numéros).
En mai, il est candidat aux élections législatives contre un «républicain» Jules Simon
et un «impérial» Lachaud.
Son programme : «J'ai toujours été l'avocat des pauvres,
je deviens le candidat du travail, je serai le député de la misère ! La misère !
Tant qu'il y aura un soldat, un bourreau, un prêtre, un gabelou, un rat-de-cave,
un sergent de ville cru sur serment, un fonctionnaire irresponsable,
un magistrat inamovible ; tant qu'il y aura tout cela à payer, peuple,
tu seras misérable !»

Jules Vallès, accusé de diviser le camp républicain par sa candidature est battu.
En octobre, voyage sur le champ de bataille de Waterloo pour le dictionnaire Larousse,
son article ne sera pas publié. 1870
Jules Vallès relance son journal La Rue. Ecrit à La Marseillaise.
La guerre contre la Prusse est déclarée. Jules Vallès « pacifiste » est arrêté.
En septembre la guerre est perdue, avec la prise de Sedan c'est la chute de l'Empire.
La République est proclamée le 4 septembre.
Vallès est opposant au « Gouvernement de la Défense nationale ».
Préparation à la journée révolutionnaire du 31 octobre.
1871-La Commune
6 janvier : Vallès est un des signataires de L'Affiche rougeproclamation
au peuple de Paris pour dénoncer «la trahison du gouvernement du 4 septembre»
et pour réclamer «la réquisition générale, le rationnement gratuit, l'attaque en masse».
Elle se terminait par : «Place au peuple ! Place à la Commune !».
Février : Jules Vallès fonde le Cri du Peuple. «La Sociale arrive, entendez-vous !
Elle arrive à pas de géant, apportant non la mort, mais le salut»
drapoboutonbio.gif18 mars - 28 mai : Commune de Paris
26 mars : élection de Jules Vallès à la Commune par 4 403 voix
sur 6467 votants du 15e arrondissement.
Durant la Commune, Jules Vallès intervient contre les arrestations arbitraires,
pour la liberté de la presse. Le Cri du Peuple(83 numéros du 23 février au 28 mai 1871)
fut,avec Le Père Duchêne, le journal le mieux vendu de cette période.
Vallès siégea d'abord à la commission de l'enseignement, puis à celle des relations
extérieures. Il appartint à la minorité opposée à la dictature d'un comité de salut public.
drapoboutonbio.gifDurant la Semaine sanglante 20 000 personnes seront fusillées par l'armée de Versailles.
Deux faux Vallès seront exécutés par méprise.
Vallès, menacé de mort, fuit Paris vers la Belgique et l'Angleterre 1872
Mort de la mère de Vallès.
Condamnation à la peine de mort par contumace le 14 juillet 1872
par le 6e conseil de guerre.
Fin 1872
Séjour à Lausanne où il écrit avec Bellenger,
un grand drame en 12 tableaux : La Commune de Paris. 1871-1880
Long exil à Londres 1875
Mort à Londres de Jeanne-Marie, la fille de Vallès,
âgée de quelques mois seulement.
Vallès écrit le premier volet du roman Vingtras, il ne paraîtra, en feuilleton
dans Le Sièclequ'en 1878, signé du pseudonyme La Chaussade. 1875-1880
Nombreux articles envoyé de Londres publiés à Paris sous pseudonymes.
Articles : La Rue à Londres. 1878
Vallès écrit Vingtras II(le futur Bachelier), qui paraît en feuilleton en 1879,
sous le pseudonyme de Jean La Rue. 1879
Reparution de son journal La Rue, dirigé depuis Londres (5 numéros) ;
première édition de L'Enfant. 1880-14 juillet
Avec l'amnistie Vallès rentre à Paris. Il a rencoçntré Séverine en Belgique.
Elle devient sa disciple et sa collaboratrice. Parution du roman Les Blouses. 1881
L'éditeur Charpentier publie L'Enfantet Le Bachelier, signés de Jules Vallès. 1882-1883
Grands articles du Tableaux de Paris 1883-1885
Jules Vallès relance et dirige Le Cri du Peuple drapoboutonbio.gif1885
Jules Vallès, épuisé par la maladie, meurt le 14 février.
Il est enterré au Père-Lachaise accompagné par des dizaines de milliers de
Parisiens et des survivants de la Commune.

 

rogerval.gif

Roger Bellet, Jules Vallès,Fayard.
Jules Vallès (1832-1885) aura été fidèle à son «serment» : il aura eu une vie prodigieusement remplie. Victime de son enfance, il n'a pas vécu en victime. Sans cesse, dans les moments dramatiques, qui n'ont pas manqué, et dans les autres, il a choisi sa vie. Il a mené une existence intense, toute de lutte - de lutte contre : contre son temps, contre ce qui va de soi, ce qui se pense et se dit, contre ce qui empêche un homme de se dire et de le dire aux autres. cette lutte contre ne pouvait aller , chez Vallès, sans un assentiment, une aspiration à autre chose ; sans une affirmation intèrieure, tacite et forte. Quand il combat l'enfance malheureuse, battue ou martyre, quand il dit non à la fatalité de ce sort-là, c'est parce qu'il croit avoir vu d'autres enfances et parce qu'il rêve d'autres enfances possibles. L'Enfantest un récit et une projection d'enfance et, Vallès l'a dit, surtout un combat pour le droit : pour les droits imprescriptibles de l'enfant, pour le droit de l'enfant au bonheur. Ce combat est une constante de la vie de Vallès : on le trouve, écrit, avant la Commune, pendant la Commune, après la Commune.
Roger Bellet

lemondeillustre.gifLe Monde Illustré,
21 février 1885
Obsèques de Vallès
Jules Vallès est mort le samedi 14 février. Né au Puy (Haute-Loire), le 11 juin 1832, il n'avait donc pas encore cinquante-deux ans. Le grand intérêt de cette vie fut la politique, et ce ne seront pourtant que les lettres qui en perpétueront la mémoire. Ecrivain de talent, Jules Vallès laisse une série de livres remarquables, pleins d'une verve mordante et amère qui lui assignent un bon rang parmi les littérateurs. Tour à tour collaborateur de la Revue Européenne, et de L'Epoque, il fonda La Rue, il passa au Figaroet à L'Evénement, et s'essaya au théâtre, mais sans succès. Après la proclamation de la Commune, il devint tout à fait en évidence. La dernière barricade prise, il réussit à se cacher dans Paris, jusqu'au jour où, grâce à un passeport, il se réfugia en Angleterre, en passant par la Belgique. De retour à Paris, après l'amnistie, il recommença à faire du journalisme politique. Grâce à son nom, Le Cri du peupleétait arrivé dans ces derniers temps à un certain tirage. L'enterrement de Jules Vallès a eu lieu le lundi 16 février à midi. Le corps a été porté au Père-Lachaise. Dix mille personnes environ se pressaient autour de la maison mortuaire, située boulevard St-Michel, 77. Sur le parcours quelques troubles se sont produitsà la vue de la couronne offerte par les socialistes allemands. Des altercations assez vives ont éclaté. L'apparition du cerceuil était salué par les cris de : « Vive la Commune ! Vive la révolution sociale ! Vive l'anarchie ! » Derrière le char prenaient place les membres de la famille, les citoyens Henri Rochefort, Révillon, Clovis Hugues, Laguerre et les membres de la Commune présents à Paris : Amouroux, Arnaud, Avrial, Champy, Cournet Dereure, Dupont, Clovis Eudes, Gérardin, Longuet, Malon, Marteret, Pottier, Régère, Urbain, Vaillant, Jourde, Vaillant, Viard, etc. Les délégations venaient ensuite. Sur le drap mortuaire, outre les couronnes nombreuses, on remarquait l'écharpe de membre de la Commune de Vallès, en soie rouge avec franges rouges. Au cimetière une foule considérable attendait le convoi. Sur la tombe, M. Rochefort a prononcé quelques mots. Après lui, plusieurs personnes ont parlé à tour de rôle et la foule s'est tranquillement écoulée.

buste-de-jules-valles.gif Buste de Jules Vallès au Père-Lachaise (66e division, 3e ligne), par le sculpteur Jean Carlus, inauguré le dimanche 9 février 1914.

Lire :
- Fabrice Dodon,
Adrien Faure,
Jules Vallès au Père-Lachaise,
Autour de Vallès,
numéro 26,
décembre 1998.

- Alain Dalotel,
Le Peuple et Vallès: ses funérailles,
Autour de Vallès,
numéro 33,
2003-2004.
«16 février 1885: les obsèques de Jules Vallès, le journaliste communard, révolté de toujours et "candidat des pauvres", jettent le trouble dans Paris. Et pourtant la police de la République opportuniste est quasi invisible ce jour-là. Le drapeau rouge est déployé, les cris séditieux se multiplient, des bagarres éclatent...»
• « [...] Jules Vallès, qui vient de succomber, encore dans la force de l'âge, fut au nombre des ennemis les plus acharnés de toutes les choses académiques.
Le titre qu'il ambitionnait — et qu'il conquit — était celui de général des réfractaires.
On a cité les vers qu'il avait écrits au bas d'une photographie de Thierry, l'artiste lyonnais :
Oui, c'est bien ma mine bourrue
Qui dans un salon ferait peur,
Mais qui peut-être dans la rue
Plairait à la foule en fureur.
Je suis l'ami du pauvre hère
Sans pain, sans abri, sans sommeil.
Dis-moi, comment as-tu pu faire
Mon portrait avec du soleil ?
Si je reproduis cette boutade, c'est qu'elle résume Vallès tout entier. Le sombre, c'était sa carrière.
On assure qu'il n'y a de nouveau en ce monde que ce qui a été oublié. L'affirmation a bien du vrai, ma foi ! A l'époque du romantisme fleurit une sorte de fatalisme. Le fatalisme genre Antony.
Celui-là se croyait destiner à semer les ruines tout autour de lui. Le fatalisme contemporain — celui que Jules Vallès représenta avec un talent exceptionnel — s'est voué au noir en se donnant pour mission de réparer toutes les injustices.
Paul de Saint-Victor, qui trouvait toujours le mot pittoresque, avait défini Vallès :
— Une tempête chronique.
Dans toutes ses oeuvres, en effet, le ciel ténébreux, le grondement de la foudre, le zigzag de la foudre sont en permanence.
Une certaine lassitude résulte pour le lecteur de cette monotonie monotonnante. Mais, certes, il ne fallait pas être un écrivain vulgaire pour résister, comme il l'a fait, à cette épreuve du lugubre forcé à perpétuité !
Je ne parle, bien entendu, qu'au point de vue littéraire.
Le terrible l'attirait. Il se complaisait dans la description des monstruosités, dans l'étude des difformités.
On a cru voir une pose dans ce parti pris d'assombrissement. On s'est trompé. Il était sincèrement entraîné par la pente de son esprit, par l'élan de son tempérament. Ce robuste - car c'était un fier gars que Vallès jeune - avait la compassion convaincue du rabougri. Il avait la haine des mièvreries salonnières, des conventions sociales.
Est-ce parce qu'il sentait que ses membres trapus faisaient craquer l'habit noir ? Est-ce parce qu'il se sentait, ce téméraire, de gauches timidité en face des exigences mondaines ?
Je me rappelle Vallès, sous l'Empire, s'en allant, dès qu'il pouvait s'assurer deux jours de vacances, s'installer là-haut, là-haut, par delà la forêt de Meudon, sur le plateau de Velizy, dans une auberge de rouliers et de bouviers : l'auberge de l'Hôtel-Dieu.
Ce refuge étrange qu'il avait choisi pour ses villégiatures était situé sur la route qui mène de Choisy-le-Roi à Versailles. Deux fois par semaine, les bestiaux qu'on menait du marché de bourg-la-Reine au marché de Poissy suivaient cette route par longues caravanes, défilant devant la porte du cabaret.
Naturellement, leurs conducteurs faisaient halte à l'aller comme au retour.
Je vis là Vallès, heureux, souriant, dans la salle enfumée, au milieu de trente ou quarante gaillards tenant le fouet d'une main, le verre de l'autre.
Il a, d'ailleurs, décrit lui-même l'auberge de ses préférences dans un des remarquables courriers qu'i donna à L'Opinion nationale.
Il n'y avait pas dans ce choix de prétentation à l'effet, puisque personne n'était là pour le regarder. Il y avait entraînement vers les humbles.
Un peu avant la chute de l'Empire, Vallès vint me parler de son désir de donner au Charivariquelques chroniques fantaisistes. Il était de ceux à qui l'on ouvre largement la porte, dès qu'ils se présentent.
— J'ai besoin de rire un peu, me disait-il.
— Riez.
— Seulement quand je ris, je montre toujours des dents si longues...
Il publia quelques feuilletons où les dents ne se firent pas menaçantes, où le rire se voila de mélancolie. Puis la catastrophe de septembre arriva. Et là commença la période militante de sa vie, qu'il est inutile de raconter.
Je ne le revis qu'en 1884. André Gill venait de devenir subitement fou. Je reçus un mot de Vallès. Il s'agissait d'obtenir pour le pauvre artiste une bourse immédiate à Charenton.
Je vous assure que, ce jour-là, personne n'aurait pu douter de la sincérité de l'émotion que Vallès témoignait. Il avait des larmes aux yeux. La bourse fut obtenue, cela allait de soi. Il vint me remercier et nous causâmes du passé. Vallès n'était pas encore atteint par la maladie terrible qui devait l'emporter si rapidement. Mais il devait en pressentir, sinon en sentir, les atteintes premières. Car il causait tristement, en homme qui ne compte plus sur un long avenir.
— Je n'ai pas fait, me disait-il en me parlant de ses travaux de romancier, la moitié de ce que j'aurais voulu faire.
— Vous avez le temps. Mettez-vous à une série nouvelle.
— Peuh ! A mon âge on n'emménage plus. On commence à déménager.
C'est que l'exil est dur, même aux plus robustes. On y vieillit double. Quoique Vallès eût trouvé à Londres bon accueil et situation relativement facile, il avait la nostalgie. Le brouillard anglais allait encore plus loin que lui dans la manière
noire. [...] »
Pierre Véron

Le Monde Illustré, 21 février 1885.
Dessin de M. de Haenen.

tomh.giffilet03.gif Tom Sayers, Les Saltimbanques, Jules Vallès Oeuvres, tome I, 1857-1860, texte établi, présenté et annoté par Roger Bellet, Bibliothèque de la Pléiade.

Tom Sayers
Le héros du combat le plus illustre qui ait été livré à coups de poing, avec la terre pour plancher et le ciel pour plafond, Tom Sayers est mort. Il n'avait que trente-neuf ans.
On se souvient de ce duel qui eut lieu à Fonborough le 17 avril 1860. L'Angleterre n'oubliera jamais ce jour-là ; il est inscrit dans les fastes de son histoire, tout comme est inscrit Waterloo.
Mais ce n'était pas la France, c'était l'Amérique qui se battait contre elle, ce matin de printemps. A travers l'Océan était venu disputer la ceinture des boxeurs un géant, un colosse, Heenan. [...]
Quelle bataille celle entre Heenan et Sayers !
Sur le terrain de Fonborough, de sept heures trente-cinq à dix heures moins le quart, ils combattirent sous le soleil du matin.
Suivant quelques-uns la victoire ne fut à personne, ou plutôt fut à tous deux. On coupa la corde qui formait l'arène, au moment où Heenan tenait Tom Sayers le cou contre elle, à la chancellerie, comme on dit en France ; sous un bras il serrait la tête, et de l'autre il frappait. La corde coupée, ils tombèrent. On les vit tous deux se relever, orgueilleux, vaillants, et ils trouvèrent encore la force de sauter par-dessus des barrières, comme des athlètes frais huilés. Heenan, cependant, était méconnaissable ; sa chair avait enflé sous le poing unique de Sayers ; il était hideux à voir. Le petit Tom avait la tête fraîche encore, et le lendemain il se promenait dans Londres.[...]
Sayers ne devait plus lutter ; on voulut qu'il restât sur ce grand souvenir. Il se fit entrepreneur de cirque. Cette existence nomade ne l'enrichit point, elle le tua ; les excès auxquels il se livra dans ses voyages déterminèrent dit-on sa maladie. Une chute qu'il fit il y a six mois l'aggrava. Au moment où il passait en voiture près de l'église Saint-Pancrace, un homme qui lui en voulait le menaça du geste à travers la rue, et insulta le lion malade. Sayers, oubliant qu'il n'avait plus ni vigueur, ni souffle, prit son élan, sauta à bas de la voiture, et il tomba. Cet accident compliqua son mal, et il ne fit que traîner depuis. Il est mort. [...]
Jules Vallès
L'Evénement, 1865

 

vigneron.gif 

Ancien élève du professeur de savate Pisseux, Lecour après avoir reçu une correction du boxeur anglais Owen Swift, eut l'idée de génie de combiner les deux techniques. Celle du pied, la française, celle du point l'anglaise. La boxe française, impeccable système d'attaque et de défense venait de naître. Lecour allait l'enseigner aussi bien à l'écrivain Théophile Gautier, qui lui sert pour sa réclame, qu'à Jules Vallès, autre grand écrivain, qui vendait même ses livres pour s'offrir des leçons.
F. et S. Laget,Sportissimo,éditions du Chêne, 1996.
Boxeurs et lutteurs, La Boxe anglaise, Les Saltimbanques, Jules Vallès, Oeuvres, tome I, 1857-1860, texte établi, présenté et annoté par Roger Bellet, Bibliothèque de la Pléiade.


marseille.gif

Boxeurs et lutteurs, La Boxe anglaise, Les Saltimbanques, Jules Vallès, Oeuvres, tome I, 1857-1860, texte établi, présenté et annoté par Roger Bellet, Bibliothèque de la Pléiade.

Boxeurs, lutteurs
En France, on a presque du dédain pour ceux qui parlent gymnase ou lutte, et - à part un très petit nombre d'artistes et d'écrivains célèbres, Paul Féval, Gustave Doré, Français et d'autres — la plupart de ceux qui travaillent de tête, comme dit le peuple, restent dans leur fauteuil plus souvent qu'ils ne vont dans les salles de boxe. Je ne partage pas ce dédain, et j'ai, pour ma part, un peu fréquenté les endroits où l'on s'exerce à diriger et à doubler sa force.
Les trois salles de ce genre les plus célèbres sont celles de Lecour, rue de l'Odéon, de Vigneron, à la Redoute et de Leboucher, passage Verdeau.
Lecour est à la fois le plus populaire et le plus distingué. [...] Le jeu de Lecour est pour ainsi dire sa propriété. Jusqu'à lui, on ne connaissait guère que le pirouettement marseillais, c'est-à-dire le jeu d'évolution à grand circuit, une espèce de danse où l'on atteignait du talon en tournoyant.
Lecour a serré les coudes, assis les reins, les jambes ; il regarde en face, ne perd pas de temps. A part le coup de poing circulaire, il n'a guère que coups droits, répétés terribles. Il ne dit pas : Elan, mais Détente. Ce n'est pas une fronde, c'est une épée. [...] A la violence de l'élan, il a consacré son coup de pied d'arrêt chassé, qu'il porte avec une incroyable énérgie ; malheureusement on joue gros jeu, et je n'oserais l'essayer, pour mon compte, qu'avec certains adversaires et sur certains terrains. [...]
Après Lecour, le plus célèbre est Vigneron, le superbe et solide Vigneron aux longues jambes et aux bras d'aciers.
Par son attitude seule et rien qu'en se mettant en garde, il tient à distance et en respect. Quand il se développe, il paraît grand comme le monde. On ne peut guère trouver d'adversaire plus beau, aussi adroit, plus fort. Et cependant, il est peut-être inférieur à Lecour, tout petit que soit ce Lecour, parce qu'avant d'arriver à la régularité puissante du jeu droit, Vigneron a passé par le jeu large, moitié parisien et marseillais. [...]
La salle Montesquieu a mis en relief les hommes de lutte, et transformé en héros quelques athlètes obscurs la veille et dont on sait aujourd'hui les noms : Arpin, Rabasson, Marseille, Dornier, Balandrin, Bonnet (de Lyon), Blas, rivoire, Leboeuf, Bernard, Anthelme, Carcassonne...
Le lutteur s'en va : Arpin est vieux ; il a perdu sa force, et c'en est fait de cette grande gloire. [...]

 

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Il reste comme lutteur de profession, sérieux et fort, Marseille ; mais Marseille se fait vieux : il a le front ridé, l'air sombre, le teint blême, il est maigre poilu, taciturne.
On peut dire de lui pourtant que c'est, parmi tous les lutteurs célèbres, celui qui a le plus d'âme: le mot est d'Arpin, je le tiens de lui. Tous ses collègues en force s'accordent à le répéter. Mais Marseille n'est pas même le propriétaire de la baraque où il travaille. il est en représentation chez les autres. Où finira-t-il ? [...]
Jules Vallès

La boxe anglaise
[...] On prononce volontiers, à propos de boxe et de coups de poing, le mot lourd de brutalité, comme on aime à parler de cruauté et de folie à propos des sportmen et des chevaux. [...] Ce n'est point pour casser les têtes, trouer les poitrines, donner des séances, que nous apprenons à tirer l'épée chez Dumesnil ou chez jacob, à faire du chausson chez Lecour et de la gymnastique chez Triat. Non ; c'est pour marcher dans la vie sans crainte et surtout sans aide. [...]
Jules Vallès

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« […] La fusillade s’assoupit ; il y a de longs silences. Le dimanche 28 mai, à midi, le dernier coup de canon fédéré part de la rue de Paris que les Versaillais ont prise. La pièce bourrée à double charge exhale le suprême soupir de la Commune de Paris […] ».
Prosper-Olivier Lissagaray,
Histoire de la Commune de 1871.

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Prosper-Olivier Lissagaray (1838-1901)
Journaliste et révolté, emprisonné sous le Second Empire, combattant de la Commune, exilé à Londres, proche d’Eléanor, la fille cadette de Karl Marx.
Après l’amnistie, il poursuit son combat pour les idées du socialisme. Engagé contre le Boulangisme, il se conscrera, les dernières de sa vie, à la réédition de son Histoire de la Commune de 1871.
René Bidouze, Lissagaray, la plume et l’épée, Les éditions ouvrières, 1991.


« […] La dernière barricade des journées de Mai est rue Ramponneau. Pendant un quart d’heure, un seul fédéré la défend. Trois fois il casse la hampe du drapeau versaillais arboré sur la barricade de la rue de Paris. Pour prix de son courage, le dernier soldat de la Commune réussit à s’échapper. […] ».
Prosper-Olivier Lissagaray,
Histoire de la Commune
de 1871.

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23 octobre 2010 6 23 /10 /octobre /2010 21:04

 

 

 

«Le Candidat de la Misère... Le Député des Fusillés»
Souvenirs sur Jules Vallès par Maximilien Gauthier,
Gavroche,numéro 39, mai 1945.

Il y a soixante ans le 14 février que Jules Vallès est mort, et pour la première fois depuis la libération la Semaine sanglante sera commémorée, dimanche, au Mur des Fédérés.
15 février 1885.Vallès repose sur le lit blanc. Les portes de la chambre mortuaire ont été ouvertes. L'escalier est plein de monde. Au pied du lit, on a disposé de grosses touffes d'immortelles rouges que Séverine distribuera en souvenir de lui, aux citoyens en redingote ou bourgeron venus saluer un dernier coup l'écrivain révolutionnaire.
Deux ouvriers ont déposé dans l'antichambre leurs trousses pleines d'outils. Ils entrent, la casquette à la main, et leurs yeux sont remplis de larmes. Ils tirent de dessous leur blouse un petit bouquet qu'ils posent, timidement, à côté des fleurs somptueuses; mais Séverine va mettre le petit bouquet à la place d'honneur: entre les mains, si blanches, de Vallès. Les deux compagnons éclatent en sanglots:
«Ah! citoyenne...»
Une vieille en bonnet s'avance:
«Savez-vous,dit-elle à Séverine, qu'il m'a donné un drapeau à tenir, le 26 mars 1871, jour de la proclamation de la Commune?»
Une mère pousse devant elle son petit gars:
«Va l'embrasser, va...» Une femme de cinquante ans, en tablier de marchande des Halles, bras nus, pleure à chaudes larmes et ne sait plus que répéter: «Il était bon, il était bon...»Un blousier de sept ans, petit, tout petit apprenti, est venu seul; après être allé poser ses lèvres sur le front de Vallès, il reste dans un coin, les yeux grands ouverts, à regarder, à regarder. Voici des collégiens en uniforme, des étudiants. Les uns font des gestes solennels, les autres s'inclinent. Des jeunes filles envoient des baisers. Et l'on entend la grande rumeur du peuple de Paris, en bas, qui se prépare à faire au Réfractaire les funérailles d'un roi.
Le lendemain, Eugène Pottier publiait sa chanson, dans le
Cri du Peuple:
Paris vient de lui dire adieu!
Le Paris des grandes journées,
Avec la parole de feu
Qui sort des foules spontanées.
Et cent mille hommes réveillés
Accompagnent au cimetière
Le Candidat de la Misère
Le Député des Fusillés.
C'est pourtant de celui-là que M. Francisque Sarcey n'a pas hésité à écrire: «En voilà un dont on peut dire assurément que la politique l'a perdu. Il avait reçu de la nature une imagination très vive, bien qu'un peu sombre, le secret des beaux adjectifs et le don des phrases sonores. S'il s'était contenté d'écrire sur les choses qu'il savait bien (et il est vrai qu'elles en assez petit nombre) des articles de journaux ou revues, il se serait fait une réputation incontestable parmi les gens de lettres, et il aurait pu comme un autre, vers la soixantième année, en dépit de ses paradoxes contre Homère, s'asseoir sur un des fauteils de l'Académie...»
Sarcey n'était nullement apte à comprendre un homme comme Vallès. Un jour, à Londres, où celui-ci était en exil, ils se rencontrent. Sarcey tend une main que Vallès refuse de serrer:
«Je croyais,proteste l'autre, que sur la terre étrangère tous les Français, quels que fussent leurs dissentiments politiques, étaient amis. Je le croyais d'autant mieux ici, que je ne me souviens pas d'avoir écrit un mot contre vous personnellement.
«Nous sommes tous solidaires, à la Commune»,
répondit Vallès.
Un qui l' a beaucoup mieux connu, c'est Charles Longuet:
« Et depuis quand les héros, je veux dire les hommes d'action, ne sont-ils plus ceux qui, mourant jeunes ou vieux, ont le mieux épuisé la coupe de la vie? L'histoire de tous les siècles, l'humanité toute entière proteste contre ce blasphème des littérateurs, aux époques décadentes où la poésie a divorcé d'avec l'action au point de ne plus même la comprendre. L'auteur deJacques Vingtras, lui, eût donné tout son bagage littéraire pour revivre la minute passagère où il avait cru saisir et tenir en sa main l'ombre fuyante de la société et de l'humanité qu'il concevait, le rêve de sa jeunesse et de sa maturité».
Ce que certains délicats ne pardonneront jamais à Jules Vallès c'est d'avoir pratiqué l'art de façon à s'y engager tout entier. Pour les écrivains de cette trempe-là, publier n'est pas un jeu, mais une responsabilité que l'on prend. Dès qu'il eut commencé à prêcher la révolte à coup de phrases sonores et de beaux adjectifs, il était prêt à descendre dans la rue et y descendit en effet. Voilà le scandale, et ce qui ne peut conduire à la réussite selon Sarcey. Mais laisser après soi la réputation d'un grand styliste qui fut aussi un honnête homme, c'est quelque chose qui a son prix.
Quand il fut question d'élever une statue à Proudhon, il protesta:
«Achetons ses bouquins et lisons-les, et faisons-les lire! Distribuons-les comme on distribue des armes.»
Bel hommage.
Il avait le souci de ne rien outrer et de ne pas mentir.
Sa mère, le lendemain du jour où elle avait entendu dire que Vallès était fusillé, avait pris le lit, et, au bout de deux mois était morte.
Par respect pour cette chère mémoire, il fut souvent tenté d'adoucir certaines scènes de
L'Enfant.Mais à Londres, dans la maison voisine de la sienne, était un petit martyr que sa mère, toujours ivre, frappait à tour de bras et qui poussait d'horribles cris.
C'est l'oreille pleine de ces clameurs du faible que travaillent les écriavains révolutionnaires. Ce ne sont pas eux qui exagèrent, mais le milieu et les gens.
Il prédisait l'impuissance des régimes totalitaires, fondés sur la terreur policière:
«On n'empoigne pas une clameur, on n'espionne pas l'océan.»
Mieux vaut rechercher un accord entre l'intelligence et le peuple, un compromis entre l'autorité et la bonté, le gouvernement et la liberté.
Il haïssait la pauvreté:
«Elle épuis les forts et corrompt les faibles. Quand on n'a pas dîné, on est bête et cruel.»
Mais il ajoutait:
«Prenez garde! Le pauvre ne se résignera pas toujours. Et il punira ceux qui l'humilient.»
Le peuple lui dona, le 18 mars, l'écharpe rouge; il la garda jusqu'au dernier jour. Avec dix-huit de ses compagnons, comme jadis Eustache de saint-Pierre à Edouard III, il offrit à M. Thiers sa tête pour sauver Paris du massacre.
M. Thiers refusa.
Aux yeux de beaucoup encore, c'est toujours Vallès le buveur de sang.
«J'ai la tête taillée à coups de serpe; les pommettes qui avancent et les mâchoires aussi, les dents aigües come celles d'un chien. J'ai aussi de la toupie, le teint jaune comme du buis. Mes yeux? des morceaux de charbon neuf...»
Où trouver un meilleur portrait de Vallès? Il est de lui.
Mais c'est un bon chien.
Il avait de l'esprit.
Pendant la Semaine sanglante, Vallès, serré de près, était allé demander asile à un «confrère» qui, au lieu de lui ouvrir immédiatement le coin le plus secret de sa maison, lui avait commencé un sermon en trois points sur l'inconcevable «imprudence» de sa conduite politique.
«Vous avez oublié, mon cher Vallès, qu'il y a des heures dans la vie des peuples où la plume fait plus de mal que les balles.
— Engagez-vous donc,
répondit Vallès, à me faire fusiller avec une plume, et je me rends.»
Il mourut à cinquant-trois ans, venant à peine de terminer
L'Insurgé.
L'Enfantest de 1879 et le Bachelierde 1881.
En 1871, rien de tout cela n'était accompli.
Nous l'avons échappé belle.

 

« […]
Dimanche 28 mai, 5 heures du matin.
Nous sommes à la barricade géante qui est au bas de la rue de Belleville, presque devant la salle Faviè. On a tiré au sort, avec le galonné qui m’a remplacé, à qui irait se coucher un instant.
J’ai eu le bon numéro, et je m’étire dans un vieux lit, au fond d’un appartement abandonné. J’ai mal dormi. Des vers qui mangeaient la vie du matelas m’ont tout à coup grouillé sur la peau - ils sont vraiment pressés !…
Je vais relayer le collègue.
J’ai plus lutté contre les confédérés que contre les Versailles, jusqu’à présent. Maintenant qu’il n’y a plus que ce faubourg de libre, et qu’il ne reste ni traîtres ni suspects à juger, la besogne est plus facile. Il s’agit seulement de tenir pour l’honneur, et d’aller se mettre près du drapeau, comme les officiers près du grand mât, quand le navire sombre.
M’y voici.
Nous répondons par le fusil et le canon au feu terrible dirigé contre nous.
Aux fenêtres de La Vielleuse, et de toutes les maisons de l’angle, les nôtres ont mis des paillasses, dont le ventre fume sous la trouée des projectiles.
De temps en temps, une tête fait Guignol sur une balustrade.
Touché !
Nous avons une pièce servie par des artlleurs silencieux, vaillants. L’un d’eux n’a pas plus de vingt ans, les cheveux couleur de blé, les prunelles couleur de bluet. il rougit comme une fille, quand on le complimente sur la justesse de son tir.
Un moment de calme.
« Un parlementaire, peut-être ?
— Pour nous demander de nous rendre.
— Nous rendre ! Laissez-le venir !…
— Vous voulez le faire prisonnier ?
— Pour qui donc nous prenez-vous? C’est réservé aux Versaillais, ces infamies-là! Mais ça me ferait plaisir de lui ficher le mot de Cambronne!»
On entend des cris vers la rue Rébeval.
« Seraient-ils venus par-derrière tandis que leur messager détournait l’attention ?… Vingtras, allez donc voir ! »
« Qui’y-a-t-il ?
— Il y a que voici un particulier qui est au milieu de nous, et qui refuse sa part d’ouvrage.
— Oui, je refuse… Je suis contre la guerre ! »
Et le bonhomme, quarante ans, barbe d’apôtre, aspect tranquille, s’avance vers moi et me dit :
« Oui, je suis pour la paix contre la guerre! Ni pour eux, ni pour vous… je vous défie de me forcer à me battre ! »
Mais ce raisonnement-là n’est pas du goût des fédérés.
« Tu crois donc qu’on n’aimerait mieux faire comme toi ! Tu te figures donc que c’est pour la rigolade qu’on échange des prunes ! Allons ! prends cette tabatière et éternue, ou je te fais renifler moi-même… et ferme!
— Je suis pour la paix contre la guerre !
— Sacré nom d’animal ! Veux-tu la tabatière… ou le tabac? »
Il a renaclé devant le tabac, et a suivi l’autre en traînant son flingot comme une béquille.
Le parlementaire s’éloigne.
« M…! » gueule encore le commandant, debout sur son estrade de pavés.
Soudain les croisés se dégarnissent, la digue s’effondre.
Le canonier blond a poussé un cri. Une balle l’a frappé au front, et a fait comme un œil noir entre ses deux yeux bleus.
« Perdus ! Sauve qui peut ! »
[…]
Jules Vallès, L’Insurgé

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23 octobre 2010 6 23 /10 /octobre /2010 21:03

 

« La jeunesse n’a qu’un temps… », chantent les amis de Jacques Vingtras dans Le Bachelier. Est-ce à dire que nous autres sommes devenus, ou peu s’en faut de « vieux vallésiens » ? des vallésiens rassis, confits, empoussiérés ? Certes nous ne comptons pas encore (trop) nos rides sur nos fronts chenus, ou pas tous, ou pas beaucoup, mais force est de constater que certains d’entre nous travaillent depuis des lustres et des décennies (sinon des siècles) sur l’œuvre de Vallès. Effet de specialité, dira-t-on, et de passion aussi : qui a découvert Vallès au fil de ses recherches ne peut qu’être tenté d’y revenir encore et encore ; nous trouvons à cette lecture un charme sans cesse renouvelé, si bien que… Sans doute. Mais ces effets de spécialité, qui groupent autour d’un écrivain une large bande d’amis et une petite équipe de recherche, peuvent à la longue avoir des conséquences perverses, que connaissent bien les universitaires : à trop regarder ensemble dans la même direction, on finit par ne plus percevoir que ce que suggère le point de vue dominant dans le groupe ou l’équipe… ce que beaucoup des Amis de Jules Vallès ont bien senti, en réclamant des signatures nouvelles pour la revue. On sait d’ailleurs depuis longtemps qu’un paradigme nouveau ne peut être construit, sur un sujet donné, que par un non-spécialiste, ou par quelqu’un de très jeune. D’où l’idée de remettre en perspective l’œuvre de Vallès par un croisement de regards — notre revue s’intitule désormais Autour de Vallès ; d’où ce numéro spécial « Jeunes vallésiens », issu d’une table ronde organisée à l’université de Saint-Étienne par l’association des Amis de Jules Vallès et l’UMR LIRE. Cette rencontre a permis de réunir des jeunes chercheurs pour présenter leurs travaux et discuter des interventions des uns et des autres : rencontre stimulante à tous égards, et tous ceux qui y ont participé (dont Mme Janine Bellet, que nous remercions tous…) en ont gardé un excellent souvenir. À vous de découvrir à présent ces « Jeunes vallésiens » : nous vous souhaitons autant de plaisir à les lire que nous avons eu à les écouter !
Hélène Millot et Corinne Saminadayar-Perrin
Coordinatrices de la table ronde « Jeunes vallésiens »

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23 octobre 2010 6 23 /10 /octobre /2010 21:02

 

L'Enfant de Jules Valles

Présentation de l'Enfant

Ce roman autobiographique de Jules Vallès est dédié "A tous ceux qui crevèrent d'ennui au collège ou qu'on fit pleurer dans la famille, qui, pendant leur enfance, furent tyrannisés par leurs maîtres ou rossés par leurs parents...."

Roman de Jules Vallès ( 1832-1885) . L'Enfant fut publié à Paris en feuilleton sous le titre de Jacques Vingtras et sous le pseudonyme de La Chaussade, en 1878, dans Le Siècle.

Le sous-titre l'Enfant et le nom de Vallès apparaîtront dans la troisième édition, en 1881.

L'Enfant est le premier volet de la trilogie de Jacques Vingtras. Les deux autres épisodes ont pour titre : Le bachelier et L'insurgé.

Le roman est découpé en vingt-cinq court chapitres.

Résumé du roman

Jacques, le narrateur, a au début du récit, 5 ans. Il est le fils d'une mère paysanne, injuste et sournoise, et d'un père professeur. Il raconte : "Ma mère dit qu'il ne faut pas gâter les enfants et me fouette tous les matins. Quand elle n'a pas le temps le matin, c'est pour midi et rarement plus tard que quatre heures". Jacques est triste et seul.

Heureusement la Famille comporte un certain nombre d'oncles et de tantes, des personnages plus agréables et plus sympathiques. Jacques tombe amoureux de ses cousines.

Après l'oppression maternelle, Jacques connaît l'oppression du collège : il y mange mal, et subit d'autres punitions . Les professeurs sont, eux, d'affreux pédants. L'un d'eux, un philosophe ridicule, prétend même apporter à Jacques les preuves de l'existence de Dieu.

Puis Jacques évoque la petite ville où se trouve son école et la toilette ridicule que sa mère lui oblige de porter. Heureusement les vacances sont synonymes de détente . Jacques y retrouve un semblant de liberté .

Son père est nommé à Saint-Etienne et toute la famille déménage avec lui. Le narrateur va découvrir de nouvelles personnes, plutôt sympathiques. Mais Il s'ennuie au lycée, ceci malgré la lecture de Robinson Crusoé.

Les vieilles habitudes maternelles resurgissent . Les repas sont toujours pénibles : il faut manger ce que l'on n'aime pas et laisser ce qu'on préfère. La famille épargne durement.

Un voyage au pays lui permet de goûter à nouveau à la liberté. Jacques se met également à imaginer des projets d'évasion. Mais il faut rentrer. La famille connaît alors un drame : l'infidélité du père qui cherche réconfort dans d'autres bras. Puis avant le départ vers Nantes, Jacques évoque ses souvenirs . Sa mère ne cesse de faire honte à son fils. Elle se montre également intraitable et cruelle envers les domestiques successives qu'elle exploite.

Louisette, la fille d'un ami de la famille meurt, victime des mauvais traitements infligés par son père. Jacques, lui, est un bon élève. Mais suite à une aventure avec Mme Devinol, on l'envoie à la pension Legnana, située à Paris. Mais il échoue dans ses études. Sa mère vient le chercher pour le ramener à Nantes. Ce retour est pour lui, une véritable délivrance. Il se réconcilie avec son père et annonce sa décision : il sera ouvrier.

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23 octobre 2010 6 23 /10 /octobre /2010 21:02

 

Jules Vallès par Gustave Courbet


Jules VALLES, journaliste et romancier né au Puy-en-Velay le 11 juin 1832 et décédé à Paris le 14 février 1885.
Oeuvres principales : L'Enfant (1879), Les Blouses (1881), Le Bachelier (1881), L'Insurgé (1886),...


Les textes présentés sur cette page, d'abord publiés dans divers journaux entre 1867 et 1869 (La Rue, Le Corsaire), sont extraits du recueil : Les Enfants du Peuple / Jules Vallès, préf. par Julien Lemer.-Paris : La Lanterne, 1879.- XXXIX-244 p. ; 19,5 cm.


texte établi d'après l'édition de 1879 sur un exemplaire de l'édition en fac-simile des éditions du Lérot (Tusson, 1987). 


Mazas : "Nous parlerons de la prison et point du prisonnier, non d'un coupable, mais d'un supplice. Je connais Mazas. Il y a de cela pas mal d'années, nous fûmes, quelques amis et moi, arrêtés. Ce n'était la faute de personne. Un pauvre garçon nous avait dénoncés comme complices de je ne sais quelle conspiration, et l'on nous conduisit en prison. Renseignements pris, le juge d'instruction reconnut que notre accusateur n'était qu'un fou. Depuis le collège où nous avions été ses camarades et où nous nous mettions quelquefois à dix pour le maintenir dans ses accès, il était en proie à des attaques d'épilepsie et de délire ; lui-même avoua sa folie : on nous relâcha. Mais nous avions passé là quelques semaines, et entendant parler ces jours-ci prison et prisonnier, il m'est revenu à la mémoire quelques-unes des sensations que j'éprouvai dans la cellule et entre les murs des promenoirs..."

Hernani : "Je m'étais posté au café même du théâtre, où le patron m'avait donné la meilleure place : il me voyait venir autrefois avec Gustave Planche, au temps où le pauvre homme commençait à souffrir du mal qui devait l'emporter et où je soutenais sur mon bras de vingt ans sa vieillesse précoce. J'aperçus, à deux tables plus loin, Toussenel qui venait aussi et qui est resté un habitué : ce bon Toussenel, toujours simple et modeste, en tenue d'officier retraité, chapeau de feutre mou, redingote boutonnée, moustache et barbiche blanches. Nous causâmes une minute du passé, mais une minute seulement ; il était sept heures et l'on allait jouer Hernani..."

L'Art populaire : "L'art, à mon sens, peut diriger les destinées d'un peuple. Il est l'inspirateur souverain des sentiments qui entraînent les défaites méritées ou les victoires justes. C'est à ceux qui s'occupent des choses de l'esprit qu'appartiennent la tâche et le pouvoir de faire un peuple libre. Mais l'art actuel n'en est pas là. Il est encore aristocrate à sa façon, faiseur de cérémonies, esclave d'une étiquette qui est à la fois une injure à l'ignorance de la foule et au caractère de l'artiste..."

Charles Baudelaire : "On me présenta à lui. Il clignota de la paupière comme un pigeon, se rengorgea et se pencha : - Monsieur, dit-il, quand j'avais la gale... Il prononça gale comme les incroyables disaient chaamant, et il s'arrêta. Il avait compté sur un effet et croyait le tenir tout entier avec son début singulier. Je lui répondis sans sourciller : - Êtes-vous guéri ?.."

Chers parents : "C'est le moment où vous discutez dans les familles, autour de la table et sur l'oreiller, l'avenir de vos enfants ! De tous ces moutards en tunique de collége et de ces garçons, frais bacheliers qui rôdent ces jours-ci à travers les rues, qu'allez-vous faire ? C'est la rentrée demain dans les lycées, bientôt dans les écoles ; l'heure est décisive et le moment grave, plus grave qu'on ne pense ! J'en ai tant connu de ces pauvres garçons qui ont mal fini parce qu'on les fit mal commencer ! Ce n'était point leur faute, mais celle des hommes qui, chargés de diriger leurs premiers pas, les jetèrent tout petits dans le chemin qui conduit tout de suite à la souffrance et plus tard quelquefois à la honte..."

Antony : "Jaloux du mari ! - C'est qu'il a tous les droits, le droit de tuer, - ce qui n'est rien, - mais le droit aussi d'aimer et d'être aimé, le scélérat ! Elle vous arrivera du foyer conjugal, indolente et pâlie, avec des taches violettes sous les yeux, la paupière lasse, et vous croirez lire sur le satin de sa peau le triomphe insolent de l'époux ! On se trompe souvent, toujours peut-être : elle est pâle parce qu'elle n'a pas dormi «en pensant à toi», parce qu'elle a veillé sa mère, parce qu'elle est souffrante aussi. Mais le spectre charnu du mari se dresse toujours menaçant entre eux deux, et, l'infâme qu'elle est, elle ne fait rien pour vous consoler, elle veut que l'on souffre encore et qu'on doute toujours ; elle aiguillonne votre amour avec la pointe de ce poignard..."

Les Criminels : "A la prison de Lille vient de mourir un vieillard qui était âgé de quatre-vingt-douze ans et qui en avait passé quarante-cinq dans les maisons centrales ou les bagnes. C'était un prisonnier excellent, modèle de douceur, esclave de la discipline. Il ne fut pas puni une fois, mis au cachot seulement une heure, dans le cours de ses innombrables incarcérations. Il s'est éteint, comme un sage, entre les bras de l'aumônier, en demandant à Dieu l'entrée au paradis, où il promettait de se conduire aussi bien que dans les maisons du gouvernement. J'ai connu encore - bien avant qu'on parlât du bon captif de Lille, - j'ai connu un homme qui avait fait juste cinquante ans de bagne.

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23 octobre 2010 6 23 /10 /octobre /2010 21:01

 

 



Jules Vallès



Journaliste et écrivain français,
membre de la Commune de Paris

1832-1885




Biographie de Jules Vallès


Né au Puy-en-Velay, Jules Vallès vit une enfance malheureuse, marquée par la pauvreté, entre un père instituteur intransigeant et une mère possessive et violente. Il devient un révolté permanent contre l'injustice et l'ordre établi. Alors qu'il est lycéen à Nantes, il prend part avec enthousiasme aux manifestations de la révolution de 1848.

Après avoir raté son baccalauréat, Jules Vallès mène à Paris, sous le second Empire, une vie de bohème et défend les idées révolutionnaires. En 1857, il publie son premier livre, "L'argent" et se fait remarquer par un article dans le Figaro, "Dimanche d'un jeune homme pauvre", qui lui ouvre des portes pour une activité de journaliste et de chroniqueur. Durant cette période, Jules Vallès fonde plusieurs journaux, dont "La Rue" et "le Peuple", et se bat pour la liberté de la presse. Il est emprisonné à plusieurs reprises et se présente sans succès aux élections législatives de 1869. Polémiste sans concession, il fait preuve d'une verve pleine de sensibilité et d'un enthousiasme passionné dans la défense des gens du peuple.

Jules Vallès est emprisonné comme pacifiste au début de la guerre de 1870. A sa libération, il s'engage dans l'Internationale et fait paraître "Le Cri du Peuple". Pendant la Commune de Paris (1871), Jules Vallès est élu dans le quinzième arrondissement et devient l'un des chefs de file de l'insurrection, siégeant à la commission de l'enseignement, puis à celle des relations extérieures. Favorable à la liberté d'expression, il fait partie de la minorité opposée à la dictature d'un comité de salut public. Il combat jusqu'à l'écrasement de la Commune ("La Semaine sanglante" où 20 000 insurgés sont fusillés) et parvient à s'enfuir en Angleterre.

Condamné à mort par contumace en 1872, Jules Vallès est contraint de rester réfugié à Londres où il vit dans la misère. Tout en envoyant de nombreux articles à Paris, publiés sous des pseudonymes, il met à profit son exil pour écrire son chef d'oeuvre, à la fois romanesque et autobiographique, plein de sensibilité, la trilogie "Jacques Vingtras" : "L'Enfant", "le Bachelier" et "l'Insurgé".

Amnistié par les lois de 1880, Jules Vallès ne retourne à Paris qu'en 1883. Il reprend ses activités de journaliste et fait à nouveau paraître "Le Cri du Peuple" pour y défendre avec passion la cause du prolétariat. Mort en 1885, épuisé par le diabète, il est accompagné au Père-Lachaise par presque cent mille personnes parmi lesquelles beaucoup d'anciens communards.


Principales oeuvres :

  • L'argent (1857)

  • Les réfractaires (recueil d'articles, 1866)

  • Un Gentilhomme (1869)

  • Les Enfants du Peuple (1879)

  • L'Enfant (1879)

  • Le Bachelier (1881)

  • Les Blouses (1881)

  • L'Insurgé (1886)

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23 octobre 2010 6 23 /10 /octobre /2010 21:00

 

 



Jules Vallès



Journaliste et écrivain français,
membre de la Commune de Paris

1832-1885




"J'ai toujours été l'avocat des pauvres, je deviens le candidat du travail, je serai le député de la misère ! La misère ! Tant qu'il y aura un soldat, un bourreau, un prêtre, un gabelou, un rat-de-cave, un sergent de ville cru sur serment, un fonctionnaire irresponsable, un magistrat inamovible ; tant qu'il y aura tout cela à payer, peuple, tu seras misérable !"
Jules Vallès - 1832-1885 - lors de l'élection législative de 1869

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23 octobre 2010 6 23 /10 /octobre /2010 20:59

 

 



Jules Vallès



Journaliste et écrivain français,
membre de la Commune de Paris

1832-1885




"J'ai toujours été l'avocat des pauvres, je deviens le candidat du travail, je serai le député de la misère ! La misère ! Tant qu'il y aura un soldat, un bourreau, un prêtre, un gabelou, un rat-de-cave, un sergent de ville cru sur serment, un fonctionnaire irresponsable, un magistrat inamovible ; tant qu'il y aura tout cela à payer, peuple, tu seras misérable !"
Jules Vallès - 1832-1885 - lors de l'élection législative de 1869

"Le Capital mourrait si, tous les matins, on ne graissait les rouages de ses machines avec de l'huile d'homme."
Jules Vallès - 1832-1885 - Jacques Vingtras

"Dans tout homme qui tient une plume... le bourgeois voit un inutile; dans chaque bourgeois, l'homme de lettres est un ennemi."
Jules Vallès - 1832-1885 - Les Réfractaires

"Il existe de par les chemins une race de gens qui, au lieu d'accepter une place que leur offrait le monde, ont voulu s'en faire un tout seul, à coup d'audace ou de talent."
Jules Vallès - 1832-1885 - Les Réfractaires

"Les gens disent: "il est intelligent", parce que vous êtes de leur avis."
Jules Vallès - 1832-1885 - Le bachelier

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